Les Etats membres s'étaient promis de définir cette semaine une réponse économique coordonnée face à la crise, après avoir chacun privilégié, dans un premier temps, des politiques nationales.

Mais ils ont été incapables de faire le moindre pas: mardi, les ministres des Finances ont renvoyé la balle à leurs dirigeants... qui ont demandé jeudi à l'issue d'un sommet aux mêmes ministres d'élaborer de nouvelles mesures d'ici 15 jours. Faute de consensus.

"Le sommet d'hier a recréé l'image des deux camps en Europe: le Nord contre le Sud", souligne Eric Maurice, de la Fondation Robert Schuman, interrogé par l'AFP.

Autrement dit, une opposition entre les pays aux finances les plus saines, plus à même de résister à la crise, et les Etats jugés plus laxistes, comme l'Italie et l'Espagne, susceptibles d'être attaqués sur leur dette et qui réclament une plus grande solidarité financière.

Leur idée, soutenue par Paris, de créer un "instrument" pour un emprunt commun aux 19 pays ayant adopté la monnaie unique --surnommé les "corona bonds"-- a été balayée jeudi par la chancelière allemande Angela Merkel et son homologue néerlandais Mark Rutte. Pas question pour eux d'assumer la dette de pays moins vertueux.

Les tensions sont aujourd'hui plus vives que jamais: le Premier ministre portugais Antonio Costa a critiqué la "mesquinerie récurrente" de La Haye, qui aurait suggéré d'enquêter sur le manque de marge budgétaire de certains pays européens.

"En temps de crise, la solidarité est difficile à mettre en place", remarque Eric Maurice, qui résume le débat ainsi: "Est-ce que l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche ou la Finlande sont sur une ligne: +On va réfléchir concrètement à ce qui est possible car il faut être efficace sur le moyen et long terme+. Ou sont-ils dans un refus de principe ?"

"Très pessimiste"

"La position de l'Allemagne c'est: 'On n'a pas besoin de tout sortir maintenant. Il faut se laisser de la réserve'. Ca peut s'entendre", estime Eric Maurice.

"Ce n'est pas comme si rien n'avait été fait", ajoute-t-il, citant le plan d'urgence de plusieurs centaines de milliards d'euros de la Banque centrale européenne ou encore la suspension des règles de discipline budgétaire de l'UE.

"Je ne vois pas trop comment on peut être plus au bord du gouffre qu'aujourd'hui", estime au contraire Anne-Laure Delatte, conseillère scientifique au Cepii, interrogée par l'AFP.

"Si on n'est pas capable, face à une situation comme celle-là, un choc exogène, d'avoir une réponse coordonnée et positive, alors à quoi sert l'Europe ? Sinon à faire un grand marché qui distribue plus de profits aux entreprises", ajoute-t-elle.

L'économiste veut croire qu'aux Pays-Bas et en Allemagne, les oppositions pourront "faire émerger une parole alternative: 'Attention, si on agit comme ça, c'est la fin de l'Europe'."

Mais elle se dit "très pessimiste" après le sommet de jeudi: "Tant qu'on n'aura pas d'institution supranationale capable de consensus, ça ne fonctionnera pas."

"L'heure est à la solidarité européenne. Si le continent n'est pas uni maintenant, le projet européen pourrait ne jamais se relever", abondent, dans une tribune dans le Guardian, l'historien Adam Tooze et l'économiste Moritz Schularick.

Tous deux craignent que l'Italie, pays européen le plus touché par le coronavirus, et dont la dette est l'une des plus élevées de l'UE, ne connaisse "une dépression économique en plus d'une catastrophe humanitaire" si elle n'est pas soutenue.

Un compromis pourrait peut-être se dessiner autour du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de secours de la zone euro, qui pourrait garantir des prêts aux pays qui le demandent, afin de rassurer les marchés.

Les Etats membres s'étaient promis de définir cette semaine une réponse économique coordonnée face à la crise, après avoir chacun privilégié, dans un premier temps, des politiques nationales.Mais ils ont été incapables de faire le moindre pas: mardi, les ministres des Finances ont renvoyé la balle à leurs dirigeants... qui ont demandé jeudi à l'issue d'un sommet aux mêmes ministres d'élaborer de nouvelles mesures d'ici 15 jours. Faute de consensus."Le sommet d'hier a recréé l'image des deux camps en Europe: le Nord contre le Sud", souligne Eric Maurice, de la Fondation Robert Schuman, interrogé par l'AFP.Autrement dit, une opposition entre les pays aux finances les plus saines, plus à même de résister à la crise, et les Etats jugés plus laxistes, comme l'Italie et l'Espagne, susceptibles d'être attaqués sur leur dette et qui réclament une plus grande solidarité financière.Leur idée, soutenue par Paris, de créer un "instrument" pour un emprunt commun aux 19 pays ayant adopté la monnaie unique --surnommé les "corona bonds"-- a été balayée jeudi par la chancelière allemande Angela Merkel et son homologue néerlandais Mark Rutte. Pas question pour eux d'assumer la dette de pays moins vertueux.Les tensions sont aujourd'hui plus vives que jamais: le Premier ministre portugais Antonio Costa a critiqué la "mesquinerie récurrente" de La Haye, qui aurait suggéré d'enquêter sur le manque de marge budgétaire de certains pays européens."En temps de crise, la solidarité est difficile à mettre en place", remarque Eric Maurice, qui résume le débat ainsi: "Est-ce que l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche ou la Finlande sont sur une ligne: +On va réfléchir concrètement à ce qui est possible car il faut être efficace sur le moyen et long terme+. Ou sont-ils dans un refus de principe ?""Très pessimiste""La position de l'Allemagne c'est: 'On n'a pas besoin de tout sortir maintenant. Il faut se laisser de la réserve'. Ca peut s'entendre", estime Eric Maurice."Ce n'est pas comme si rien n'avait été fait", ajoute-t-il, citant le plan d'urgence de plusieurs centaines de milliards d'euros de la Banque centrale européenne ou encore la suspension des règles de discipline budgétaire de l'UE."Je ne vois pas trop comment on peut être plus au bord du gouffre qu'aujourd'hui", estime au contraire Anne-Laure Delatte, conseillère scientifique au Cepii, interrogée par l'AFP."Si on n'est pas capable, face à une situation comme celle-là, un choc exogène, d'avoir une réponse coordonnée et positive, alors à quoi sert l'Europe ? Sinon à faire un grand marché qui distribue plus de profits aux entreprises", ajoute-t-elle.L'économiste veut croire qu'aux Pays-Bas et en Allemagne, les oppositions pourront "faire émerger une parole alternative: 'Attention, si on agit comme ça, c'est la fin de l'Europe'."Mais elle se dit "très pessimiste" après le sommet de jeudi: "Tant qu'on n'aura pas d'institution supranationale capable de consensus, ça ne fonctionnera pas.""L'heure est à la solidarité européenne. Si le continent n'est pas uni maintenant, le projet européen pourrait ne jamais se relever", abondent, dans une tribune dans le Guardian, l'historien Adam Tooze et l'économiste Moritz Schularick.Tous deux craignent que l'Italie, pays européen le plus touché par le coronavirus, et dont la dette est l'une des plus élevées de l'UE, ne connaisse "une dépression économique en plus d'une catastrophe humanitaire" si elle n'est pas soutenue.Un compromis pourrait peut-être se dessiner autour du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de secours de la zone euro, qui pourrait garantir des prêts aux pays qui le demandent, afin de rassurer les marchés.