C'est bien de prendre des mesures, encore faut-il les prendre sur des bases saines et solides. Or, on sait que notre appareil statistique laisse parfois à désirer, à la fois en termes de quantité d'informations produites, et de délai pour que celles-ci soient accessibles lorsque nous en avons besoin.
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C'est bien de prendre des mesures, encore faut-il les prendre sur des bases saines et solides. Or, on sait que notre appareil statistique laisse parfois à désirer, à la fois en termes de quantité d'informations produites, et de délai pour que celles-ci soient accessibles lorsque nous en avons besoin.C'est ce que l'économiste Philippe Defeyt rappelle dans une note qu'il vient de publier (voir son site : http://www.iddweb.eu/).Un exemple : pour prendre les bonnes mesures sur la protection du personnel et des occupants des maisons de repos, encore faudrait-il connaître le nombre de personnes concernées. Or, nous ne le savons pas avec précision.Qui travaille en maison de repos ?"Si, à la demande, il est facile d'obtenir les statistiques de l'ONSS qui donnent l'emploi salarié (privé et public) pour les maisons de repos et de soins et les maisons de repos (respectivement codes NACE 87.101 et 87.301), une rapide investigation (...) montre que cette source sous-estime l'emploi du secteur", observe Philippe Defeyt qui compare ces statistiques officielles avec d'autres enquêtes comme le rapport de Belfius sur les maisons de retraite ou, pour la Wallonie, le rapport bisannuel de l'AVIQ (Agence pour la qualité de vie). Alors que l'ONSS mentionne un emploi dans le secteur qui tournerait autour de 92.000 personnes, on serait plutôt, indique Philippe Defeyt, à 120.000. "L'explication des écarts est plus que probablement à trouver dans la méthodologie de classement NACE (classement des diverses activités économiques, NDLR) qui assigne à une entreprise ou une administration le code NACE de l'activité la plus importante1. Or des maisons de repos peuvent dépendre d'une entité privée ou publique dont elles ne constituent pas nécessairement l'activité principale".Le même genre de problème se rencontre dans l'estimation des résidents. "Au 1er janvier 2018, il y avait en Wallonie 35.495 personnes de 60 ans et plus répertoriées comme vivant en ménage collectif, catégorie qui dépasse les seules maisons de repos (et de soins) puisqu'il y a aussi les prisons, les communautés religieuses, etc. Or, à cette même date, il y avait 49.077 lits agrées (dans les maisons de repos)". Quand on sait la difficulté pour obtenir une place en maison de repos, il est évident qu'il n'y a pas 15.000 lits inoccupés...Ce n'est qu'un exemple. Nous ignorons aussi "comment se répartit le chômage temporaire version "corona" et quel est donc le pourcentage de chômeurs temporaires par secteur économique fin mars-début avril", note l'économiste namurois, qui souligne par ailleurs le retard de publication parfois important que nous avons sur des statistiques essentielles. Les dates de publication, à tout le moins pour le grand public, du détail des faillites, des chiffres des investissements, des statistiques d'emploi de l'ONSS etc... peuvent avoir un décalage de trois ou quatre mois. Déconfiner les statsEt puis il y a également des données que nous n'avons pas : nous ignorons le nombre de transfert de chômeur de la catégorie "salarié" vers indépendant pu le nombre de bénéficiaires de revenus d'insertion....Bref, alors que nous avons besoin plus encore aujourd'hui qu'hier d'un poste de pilotage en ordre de marche, il serait judicieux d'améliorer notre appareil statistique. "Il faut accélérer la production des informations socio-économiques nécessaires pour un meilleur pilotage de la crise et, pour certaines d'entre elles, intégrer des informations pas nécessairement accessibles ou produites en temps normal, conclut Philippe Defeyt. Il le faut à la fois pour améliorer le suivi macro-économique, alimenter la gestion budgétaire et mieux comprendre et évaluer la crise sociale".Certes, ajoute-t-il, "tout indique que les autorités concernées ont déjà commencé à adapter les dispositifs statistiques. Reste dès lors à assurer transparence et accessibilité de ces "nouvelles" données, qui elles ne peuvent être confinées".