L'attribution du prix Nobel de la Paix au plan alimentaire mondial (PAM) a surpris. Elle a certes permis au comité qui en décide d'éviter les habituelles controverses. Jadis, la récompense était allée à Barack Obama dès son élection, ce qui ne l'avait pas empêché de maintenir et d'engager les Etats-Unis dans de nombreuses guerres, parfois évitables. L'attribuer aujourd'hui à Donald Trump, isolationniste notoire qui retire des troupes américaines de certains pays, aurait été critiqué vu le caractère plus que controversé de l'actuel occupant de la Maison-Blanche. Greta Thunberg, dont l'action est du reste étrangère à la question de la paix, ne fait pas d...

L'attribution du prix Nobel de la Paix au plan alimentaire mondial (PAM) a surpris. Elle a certes permis au comité qui en décide d'éviter les habituelles controverses. Jadis, la récompense était allée à Barack Obama dès son élection, ce qui ne l'avait pas empêché de maintenir et d'engager les Etats-Unis dans de nombreuses guerres, parfois évitables. L'attribuer aujourd'hui à Donald Trump, isolationniste notoire qui retire des troupes américaines de certains pays, aurait été critiqué vu le caractère plus que controversé de l'actuel occupant de la Maison-Blanche. Greta Thunberg, dont l'action est du reste étrangère à la question de la paix, ne fait pas davantage l'unanimité. Certes, le lien entre la paix et le PAM n'est pas beaucoup plus évident qu'entre la paix et l'environnement. Reste que l'action du PAM, qui sauve des millions de vies chaque année, méritait assurément d'être récompensée d'une manière ou d'une autre. A l'occasion de l'attribution du prix, on apprend que l'organisation constate une augmentation sensible des besoins de la population mondiale, pour une raison qui n'était pas nécessairement évidente : il s'agit des conséquences du confinement imposé à peu près partout, d'une manière plus ou moins dure selon le cas. Alors que la faim dans le monde avait beaucoup régressé ces dernières décennies, elle repart désormais à la hausse. Le lockdown a pesé sur l'économie, non seulement dans les pays dits riches mais aussi dans tous les autres ; d'aucuns parlent de quelque 120 millions de personnes de plus exposées à la famine, et l'on redoute qu'une partie n'y survive pas. En ruinant des entreprises, en envoyant des millions de travailleurs au chômage, en retardant ou en empêchant le transport de vivres, le confinement a appauvri tout le monde. Voici une nouvelle approche des conséquences, non pas du virus responsable de la pandémie, mais des mesures prises pour y faire face par la plupart des gouvernements, qui ont en cela imité la dictature chinoise. Dans le triste calcul du nombre de victimes causées par le Covid-19, on avait sans doute tendance à oublier cette conséquence indirecte de la mise sous cloche. Certains ont cru bon d'opposer santé et économie pour justifier le confinement. Aujourd'hui, les résultats comparés des mesures décidées dans les pays qui ont imposé un arrêt dur (dont la Belgique) et dans ceux qui se sont montrés plus souples (la Suède, la Corée et Hongkong, entre autres) paraît montrer que les premiers ont saccagé l'économie en pure perte, les victimes directes du virus étant plutôt plus nombreuses dans ces Etats. Et il ne faudrait surtout pas oublier que la santé des populations est toujours meilleure dans les pays prospères. Aujourd'hui, on constate que sur le plan mondial, les mesures de mise à l'arrêt ont sans doute causé bien davantage de victimes que la pandémie elle-même. Voilà donc une raison de plus de cesser de ruiner les populations en les empêchant de vivre normalement. C'est aussi un nouveau motif de douter de l'efficacité de l'action étatique en général : en l'espèce, elle semble avoir été des plus nuisibles. La santé est sans doute une chose trop importante pour être confiée aux politiques et aux administrations.