Jamais les Belges n'ont été, en moyenne, aussi riches. En décembre dernier, les actifs financiers détenus par les particuliers ont atteint un niveau record de 1.465,7 milliards d'euros, soit 56 milliards de plus qu'un an auparavant. La hausse s'explique en partie par la bonne tenue des marchés financiers qui a gonflé les portefeuilles d'actions. Mais elle s'explique aussi par un surcroît d'épargne et donc par l'arrivée d'argent frais.
...

Jamais les Belges n'ont été, en moyenne, aussi riches. En décembre dernier, les actifs financiers détenus par les particuliers ont atteint un niveau record de 1.465,7 milliards d'euros, soit 56 milliards de plus qu'un an auparavant. La hausse s'explique en partie par la bonne tenue des marchés financiers qui a gonflé les portefeuilles d'actions. Mais elle s'explique aussi par un surcroît d'épargne et donc par l'arrivée d'argent frais. Car si une partie de la population est atteinte de plein fouet par le virus et ses effets économiques, une autre ne l'est pas. C'est vrai partout. Selon l'agence de notation Moody's, le surplus d'épargne des ménages qui a été engendré par le Covid dans les pays développés atteindrait 5.400 milliards de dollars, dont près de 2.000 milliards pour les seuls Etats-Unis, et cela sans même tenir compte du plan américain de 1.900 milliards de dollars qui vient de démarrer. Ces 5.400 milliards de dollars représentent 6% du PIB mondial, et ce n'est, soulignons- le une fois encore, que le surplus d'épargne emmagasiné par rapport à ce que mettent les ménages de côté en période normale. Qui en a profité? Essentiellement le tiers des ménages les plus riches, qui sont ceux qui ont bénéficié de la protection des revenus mise en place par les pouvoirs publics et qui ont réduit leurs dépenses non essentielles, ne pouvant plus aller au restaurant, à l'opéra, en voyage comme ils en avaient l'habitude lors des années précédentes. Certes, une part de l'argent a été investie en Bourse ou en immobilier. Mais une autre grande partie se trouve simplement sur des comptes en banque. Certains diront que cet argent "dort" sur les comptes bancaires, ce que nous nous garderons d'affirmer car l'expression fait bondir les banquiers, à bon droit. L'argent déposé en banque ne "dort" pas, en effet. Il est réutilisé par les banques pour octroyer des prêts et donc, faire tourner l'économie. Néanmoins, on dira que cet argent sommeille car - frilosité des banques ou absence de projets réellement disruptifs? - la plupart des prêts consentis par les banques vont dans des secteurs relativement peu risqués mais aussi peu générateurs de dynamisme, comme le marché immobilier de seconde main ou les emprunts d'Etat. La grande question est donc de savoir comment ces 5.400 milliards seront utilisés. Et comment on évitera un double écueil. Le premier obstacle pourrait provenir des Etats, qui pourraient considérer cette manne comme un montant devant obligatoirement servir à renflouer directement les caisses de l'Etat, soit en poussant les épargnants à acheter des obligations, soit en rehaussant l'impôt. Ce serait une répression financière 2.0. qui absorberait l'argent mais ne poserait aucun jalon pour la relance. Le second écueil pourrait provenir des épargnants eux-mêmes. Le risque est qu'ils considèrent ce surplus d'épargne comme une augmentation de leur patrimoine et non comme de l'argent lié à une consommation différée. Ces 5.400 milliards sont en effet les montants qui n'ont pas été dépensés dans les théâtres, les cinémas, les restaurants les agences de voyages, les bars... Pour redresser ces secteurs en très grande difficulté aujourd'hui, il convient donc d'orienter ces moyens en priorité vers ces activités sinistrées. Si seulement un tiers de l'argent accumulé en surplus était dépensé, nous dit Moody's, la croissance mondiale augmenterait de 2% pendant deux ans. On pourrait donc imaginer mettre en place des incitants pour encourager la consommation, plus spécialement dans les activités sinistrées. Mais le plus important, surtout, est de ne prendre aucune mesure qui pourrait refroidir l'ardeur de millions de consommateurs frustrés. Car aujourd'hui, ces consommateurs n'attendent qu'une chose: pouvoir consommer à nouveau et donc faire repartir les activités les plus pénalisées par le confinement. Il ne faudrait pas les décourager.