A la surprise générale, le 23 juin, une majorité de Britanniques, du moins parmi ceux qui ne se sont pas abstenus, s'est prononcée en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne. Depuis, les marchés n'en finissent pas de digérer la nouvelle, le pays est menacé de scission, le monde politique d'outre-Manche vit une crise profonde, la construction européenne n'a jamais paru aussi fragile, ni l'avenir aussi incertain.
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A la surprise générale, le 23 juin, une majorité de Britanniques, du moins parmi ceux qui ne se sont pas abstenus, s'est prononcée en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne. Depuis, les marchés n'en finissent pas de digérer la nouvelle, le pays est menacé de scission, le monde politique d'outre-Manche vit une crise profonde, la construction européenne n'a jamais paru aussi fragile, ni l'avenir aussi incertain. Après cette victoire des tenants du Brexit, quatre scénarios, au moins, sont envisageables. Ce premier point, prôné par l'ancien maire de Londres Boris Johnson, leader des partisans du Brexit, est que le Royaume-Uni devienne membre de l'Espace économique européen (EEE). Une formalité relativement aisée, si les trois autres membres, l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein, l'acceptent dans ce club de partenaires ultra-privilégiés de l'Union européenne. Les membres de l'EEE bénéficient, tout comme les Etats membres de l'UE, de la libre circulation des biens, des personnes, des services, des capitaux. Il n'y a pratiquement plus de droits de douane. Les banques de la City continueraient donc à avoir un passeport européen pour opérer sans problème, à partir de Londres, sur tout le marché de l'Union. Mais ce statut souffre, pour le Royaume-Uni, d'un inconvénient majeur. Ce serait en effet un pied de nez à tous ceux qui ont voté " l'exit " par peur de l'immigration : un membre de l'EEE accepte en effet la libre circulation des personnes. Le Royaume-Uni, tout en continuant à contribuer partiellement au budget de l'Union (c'est une des conditions pour faire partie de l'EEE), se verrait imposer les directives européennes dans quantité de domaines (et notamment... la libre circulation des personnes et l'immigration) sans plus avoir le droit de peser sur la rédaction de la réglementation européenne. Deux : le Royaume-Uni pourrait négocier un arrangement à la carte, un accord bilatéral avec l'UE, comme la Suisse, le Canada, la Corée du Sud, la Turquie et 54 autres pays. Avantage : une grande souplesse et la possibilité de tenir compte des désirs de l'électeur britannique. Mais il a deux énormes points noirs : la City perd son passeport européen, et ces négociations seront longues et douloureuses. Il a fallu en effet près de 10 ans pour boucler l'accord avec la Suisse ! Trois : reprendre le standard de l'OMC, qui règle les échanges internationaux entre pays dans le monde. C'est le plus petit commun dénominateur. Cela place le Royaume-Uni au rang de simple partenaire commercial non privilégié de l'Union. Avec une certitude : les droits de douane vont fuser. Le directeur général de l'OMC, Roberto Azevedo a prévenu : si le Royaume-Uni opte pour cette voie, les exportateurs britanniques risquent de devoir payer chaque année 5,6 milliards de livres en droit de douane, vers les 27 pays de l'Union et vers les 58 pays partenaires... Une facture que Londres devra payer non seulement s'il opte pour ce statut non privilégié, mais aussi s'il choisit plutôt le premier ou le deuxième scénario, pendant le temps où, exclu de l'Union européenne, il négocierait avec elle un nouveau modus vivendi. On comprend donc mieux que Londres ne soit pas pressé de notifier sa sortie à la Commission. Mais voilà que, dans les chancelleries européennes, surgit un quatrième scénario : celui du " on reste malgré tout ". Le choc économique et financier qui résulterait d'un Brexit, la crise sociale et constitutionnelle qui s'ensuivrait (avec la volonté de l'Ecosse de faire bande à part), l'isolement du pays sur la carte internationale, etc. Une série d'arguments plaident, urbi et orbi, pour que l'on ne rejette pas cette hypothèse. Angela Merkel, Charles Michel, etc., en appellent au calme et ne veulent surtout pas précipiter le divorce. Et si finalement, le Royaume-Uni restait dans l'Union européenne ? En attendant de voir si un rabibochage est encore possible, nous sommes déjà à l'heure des premiers comptes. En cas de sortie, qui serait désavantagé, ou avantagé ? Quels seraient les impacts sur les citoyens, les entrepreneurs, les consommateurs ? Notre dossier paru dans le Trends Tendances de cette semaine pour y voir (un peu) plus clair dans ce brouillard très londonien, disponible en librairie et en version numérique.