Le début d'année incite aux bonnes résolutions. Nous allons donc fermer les yeux, souffler un bon coup et promettre que ce que nous avons vécu le 22 décembre ne se reproduira plus. Au cours du Codeco du 22 décembre, on s'en souvient, le gouvernement avait décidé de fermer quatre jours plus tard cinémas et salles de spectacle pour une période indéterminée. Il s'était fait matraquer par une bonne partie de l'opinion, les virologues et le Conseil d'Etat. Condamné par ce dernier, le gouvernement avait rétropédalé, annulé ces fermetures, pour revenir à la situation du 3 décembre. Celle où l'on avait décidé - pour éviter au bourgmestre d'Anvers Bart De Wever de devoir décider lui-même d'annuler une grande Saint-Nicolas organisée un peu témérairement en ces temps de pandémie ...

Le début d'année incite aux bonnes résolutions. Nous allons donc fermer les yeux, souffler un bon coup et promettre que ce que nous avons vécu le 22 décembre ne se reproduira plus. Au cours du Codeco du 22 décembre, on s'en souvient, le gouvernement avait décidé de fermer quatre jours plus tard cinémas et salles de spectacle pour une période indéterminée. Il s'était fait matraquer par une bonne partie de l'opinion, les virologues et le Conseil d'Etat. Condamné par ce dernier, le gouvernement avait rétropédalé, annulé ces fermetures, pour revenir à la situation du 3 décembre. Celle où l'on avait décidé - pour éviter au bourgmestre d'Anvers Bart De Wever de devoir décider lui-même d'annuler une grande Saint-Nicolas organisée un peu témérairement en ces temps de pandémie au Sportpaleis - de limiter l'ouverture des théâtres et des cinémas avec des jauges de 50 ou 200 places. Tout cela vous paraît abscons? Ça l'est. Il suffit d'écouter la réaction de l'humoriste Bruno Coppens sur les "codéconneries" pour saisir le désespoir, dont l'humour est la politesse, qui étreignait les acteurs d'un secteur qui lutte depuis deux ans pour sa survie. Décider de fermer théâtres et cinémas à la veille du Nouvel An était incompréhensible. Incompréhensible car aucun des épidémiologistes n'avait demandé de fermer le secteur culturel. Incompréhensible parce qu'aucune différence n'était faite entre grandes et petites salles, entre salles équipées d'extracteur d'air et salles non équipées... Incompréhensible, car les lieux de culte, les musées, les restaurants restaient ouverts. Incompréhensibles, enfin, parce que la fonction des pouvoirs publics n'est pas d'asséner des coups de massue, mais de donner, surtout lorsque les circonstances sont difficiles, de la visibilité pour que chacun puisse s'organiser au mieux. On n'organise pas un concert de Stromae en trois jours. Cet épisode est l'expression ultime du mal qui ronge ce pays: cette incapacité à poser de manière concertée les bons choix devant des problèmes difficiles. Le gouvernement décidait-il de fermer la culture parce qu'il n'osait pas fermer à nouveau cafés et restaurants? Beaucoup ont eu cette impression. Certes, nous savons analyser un problème. Mais lorsqu'il s'agit, sur le terrain politique, de prendre des mesures pratiques, cela se fait au terme d'un marchandage au mieux inopérant, au pire, incompréhensible et irritant. Et tout cela ronge un peu plus le lien, pourtant crucial en démocratie, entre l'opinion publique et les gouvernants. La philosophe Hannah Arendt rappelait que le pouvoir en politique "correspond à l'aptitude de l'homme à agir de manière concertée". Chez nous, le pouvoir s'éloigne à mesure de l'incapacité à prendre ensemble des décisions raisonnées. Incapacité que l'on retrouve partout. Faut-il rappeler la non-décision, prise également fin décembre, sur la sortie du nucléaire (on confirme la sortie du nucléaire pour 2025 mais on envisage quand même la prolongation de deux centrales)? Ou l'incapacité, pointée par le gouverneur de la Banque nationale Pierre Wunsch dans l'entretien qu'il nous a accordé et que vous retrouverez dans ce numéro, de respecter nos promesses budgétaires? "Ces 10 dernières années, rappelle Pierre Wunsch, notre pays n'a tenu ses engagements qu'une seule fois." Dans un pays où l'Etat est émietté entre de nombreuses tendances politiques réparties dans de nombreux niveaux de pouvoir, contenter tout le monde revient à ne mécontenter personne, donc à ne pas décider. Rien n'est donc fait, et face à cette impuissance, la confiance entre politique et citoyens s'étiole. S'il y a une bonne résolution à prendre en 2022, c'est donc d'arrêter ces "codeconnades" et de s'engager à réaliser ce que l'on a promis. De le promettre, le jurer et le cracher.