L'épisode résume à lui seul le ridicule et l'irrationalité de ce qui vient de se passer sur le climat. En annonçant son retrait de l'accord de Paris sur le climat, qui vise, en réduisant la consommation des énergies fossiles, à contenir le réchauffement climatique " bien en dessous de 2% ", le président américain s'est inutilement distingué.
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L'épisode résume à lui seul le ridicule et l'irrationalité de ce qui vient de se passer sur le climat. En annonçant son retrait de l'accord de Paris sur le climat, qui vise, en réduisant la consommation des énergies fossiles, à contenir le réchauffement climatique " bien en dessous de 2% ", le président américain s'est inutilement distingué. Sans se lancer dans de grands raisonnements économiques, il est facile de comprendre que si les Etats-Unis consommeront peut-être un peu plus de charbon grâce à l'administration Trump, ils ne recréeront pas les centaines de milliers d'emplois perdus dans l'industrie minière, fortement automatisée depuis des décennies. Par contre, ils perdront sans doute une belle opportunité de soutenir le développement du secteur des nouvelles énergies, secteur qui lui est porteur des emplois et des investissements de demain. Comme le soulignait une étude de Citigroup, peu importe que l'on fasse une croix sur l'objectif des 2 % en continuant à consommer les énergies fossiles ou qu'au contraire on investisse dans les énergies vertes pour faire chuter la température mondiale : pour le monde, la facture énergétique totale (consommation et investissements) d'ici à 2060 tournera de toute façon aux alentours de 190.000 milliards de dollars. En revanche, les effets indirects seront très différents. La poursuite dans un monde carboné coûterait (en ouragans, inondations, problèmes de santé, perte de rendements, etc.) 72.000 milliards de dollars à l'économie mondiale, alors qu'un monde " décarboné " lui apporterait 44.000 milliards de plus (en innovation, rentabilité, absence de destruction, etc.). L'enjeu est donc asymétrique : si l'on fait le pari de " décarboner " le monde, on risque seulement de dépenser quelques milliards de trop dans de mauvais équipements. Si nous poursuivons en revanche avec le mix énergétique actuel, nous risquons de déclencher un processus climatique irréversible et catastrophique, au sens littéral du terme. C'est une telle évidence que les objectifs de la conférence de Paris sont soutenus par 194 pays et la plupart des grands groupes mondiaux (américains compris), et spécialement par des énergéticiens comme Total ou Exxon Mobil. Ce n'est pas de la charité, ni de la naïveté. C'est la volonté de trouver de nouveaux marchés en préservant notre civilisation. Economiquement, diplomatiquement, politiquement irrationnelle, la décision de Donald Trump témoigne, comme le souligne l'économiste et éditorialiste au New York Times Paul Krugman, de la vision du monde particulière du président américain. Pour lui, aucun problème, aussi grave soit-il, ne peut être résolu par une action collective. C'est ainsi que l'on pensait l'économie avant Adam Smith : il n'y a forcément pas de coopération possible entre nations, puisque si je gagne quelque chose, je le prends forcément à quelqu'un, et si ce quelqu'un gagne quelque chose, c'est qu'il me l'a forcément pris. Mais depuis, les économistes ont eu quelques idées un peu plus fines. Ne ricanons pas trop haut. Ce type de raisonnement a parfois prévalu également en Europe. Il explique en partie la victoire du Brexit ou la grande difficulté que nous avons à terminer la construction de la zone euro. Chacun désire recevoir immédiatement en retour un montant d'avantages similaire à ce qu'il a consenti. Et si ce n'est pas le cas, il est tenté de quitter la partie. Il y a toutefois une leçon que l'on doit garder à l'esprit si l'on est tenté par de telles réactions. C'est que, quelles que soient ses convictions, on est toujours rattrapé par la réalité. En Sicile, Donald Trump a fait cavalier seul, mais dans une voiturette... électrique. Le monde ne l'attendra pas pour aller de l'avant.