Officialisée en 1977 par l'ONU, la Journée internationale des droits des femmes symbolise la lutte menée par les ouvrières et les suffragettes du début du siècle dernier pour l'amélioration des conditions de travail et l'obtention du droit de vote. Pourquoi le 8 mars ? Cette date est associée au premier jour de la révolution russe initiée par les femmes en 1917.
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Officialisée en 1977 par l'ONU, la Journée internationale des droits des femmes symbolise la lutte menée par les ouvrières et les suffragettes du début du siècle dernier pour l'amélioration des conditions de travail et l'obtention du droit de vote. Pourquoi le 8 mars ? Cette date est associée au premier jour de la révolution russe initiée par les femmes en 1917.L'Allemagne est une république fédérale dans laquelle les jours fériés varient d'un Land à l'autre. Aujourd'hui, les Berlinois·e·s ne se rendront pas au travail. Fin janvier, les élus se sont entendus sur la date du 8 mars pour instaurer un nouveau jour férié. Après un débat de plusieurs mois, ils ont souhaité lancer un signal fort pour l'égalité des sexes. Toutefois, même si Berlin compte moins de jours fériés que d'autres Länder, cette décision a fait grogner Jan Eder, le directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie, qui estime qu'elle pourrait coûter 160 millions d'euros à l'économie locale.La consécration du 8 mars par Berlin est une bonne chose, certes, mais n'oublions pas que l'égalité femmes-hommes nécessite une mobilisation chaque jour de l'année. Ne soyons pas dupes non plus des marques qui dégainent des slogans publicitaires et des promotions spéciales (comprenez : sexistes) pour la Journée de la femme (sic) afin de se donner bonne conscience ou faire le buzz pour doper les ventes. Le 8 mars n'est pas une fête (commerciale). Les femmes ne veulent ni cadeaux ni réductions, mais des droits effectifs et des salaires égaux.En termes d'égalité, Christine Lagarde incarne le progrès. Ministre française de l'Économie de 2007 à 2011, elle est la première femme à occuper ce poste dans un pays du G8. Après la nomination successive de dix hommes, elle devient en 2011 la première directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) hors périodes d'intérim. Elle est reconduite dans ses fonctions en 2016. En marge du 8 mars, celle qui a su briser le plafond de verre a abordé la place des femmes au sein de l'économie dans un entretien avec The Guardian.Si elle se réjouit du succès des actions de l'ère post-Weinstein, elle tient toutefois à envisager la lutte contre le harcèlement sexuel dans le cadre d'une problématique plus large : "La violence à l'égard des femmes demeure un problème de taille, et pas seulement dans les pays à faible revenu. Il faut en débattre et la combattre." Par ailleurs, elle redoute un retour de flamme de la campagne #MeToo et craint que des entreprises n'embauchent pas certaines candidates compte tenu du risque potentiel, parce qu'elles assimilent les femmes à une source de problèmes. Depuis qu'elle a pris les rênes de l'organisation basée à Washington, Christine Lagarde oeuvre pour que les femmes jouent un rôle clé dans l'économie. Un message qui a suivi un lent cheminement. Elle explique ainsi au quotidien britannique que 88% des pays disposaient d'une constitution ou de lois incluant des restrictions à l'encontre des femmes au travail : "Certains interdisent encore aux femmes d'occuper des emplois spécifiques. Dans 59 pays, le harcèlement sexuel au travail ne tombe pas sous le coup d'une loi et, dans 18 pays, les femmes n'ont pas le droit de travailler librement."Heureusement, le changement semble à l'ordre du jour. La Française cite une étude du FMI qui indique que les banques seraient plus stables si elles comptaient davantage de femmes dans leur conseil d'administration. "Nous avons observé que plus les femmes sont représentées, plus les réserves de capitaux des banques sont importantes, plus le nombre de prêts non productifs est réduit et plus les indices de risques sont faibles. Il n'existe pas de lien de causalité, mais bien une étroite corrélation", commente-t-elle.Les recherches récentes du FMI font également ressortir que l'égalité des sexes sur le lieu de travail a un impact plus positif qu'on ne le pensait au départ. Les femmes apportent de nouvelles compétences et contribuent à accroître la productivité. Dans les pays les moins bien classés en termes d'égalité des sexes, comme la Turquie ou l'Arabie saoudite, l'économie nationale pourrait faire un bond de 35% s'ils abandonnaient les lois discriminatoires et tiraient profit des compétences que la gent féminine a à offrir. Pour Christine Lagarde, l'autonomisation des femmes signifie "une croissance plus forte, une réduction des inégalités, une amélioration de la vigueur de l'économie et un pays plus diversifié, axé sur les exportations".Elle précise en outre que le FMI a commencé à faire pression sur les pays membres pour les inciter à mettre en oeuvre des politiques d'autonomisation des femmes. L'institution internationale a ainsi exhorté l'Inde à améliorer ses transports pour faciliter l'accès des femmes au travail et demandé au Maroc de modifier ses lois en matière d'héritage.Il existe également une marge de progression dans les pays développés d'après cette fine tacticienne, qui insiste sur la nécessité pour la France et l'Allemagne de taxer séparément plutôt que conjointement les hommes et les femmes faisant partie du même ménage. Dans le même ordre d'idées, elle souligne l'écart de rémunération de 16% entre les deux sexes dans les pays riches membres de l'OCDE, tout en annonçant que la "minuscule" inégalité salariale au sein du FMI est en train d'être résorbée. Selon elle, l'Autriche qui modifie sa législation fiscale, et le Japon, qui joint le geste à la parole en augmentant le budget dédié aux garderies pour permettre aux femmes de travailler sans se sentir coupables, font figure de bons élèves parmi les pays développés.Si elle ne se sent pas personnellement victime de sexisme, elle constate néanmoins que les femmes côtoient une majorité d'hommes dans les réunions qu'elle préside et que l'attention de ceux-ci s'amenuise lorsque l'une d'entre elles prend la parole.Et Christine Lagarde de conclure : "Le féminisme n'est pas l'apanage des femmes." En effet, les disparités et les violences faites aux femmes constituent un problème de société. Il s'agit de sortir de cette logique binaire pour parvenir à une véritable coopération entre les deux sexes. Qui ne souhaite pas que les droits des femmes soient égaux à ceux des hommes ? Car c'est ça être féministe. Ni plus ni moins.