Dépeindre Bart De Wever en Premier ministre de l'ombre, c'est l'un des jeux favoris de l'opposition. Et le contrôle budgétaire de ce printemps ne va pas la calmer. Une bonne partie de l'effort proviendra en effet de la sécurité sociale, comme l'avait réclamé le président de la N-VA. Ses partenaires avaient contesté l'approche mais au final ils ont consenti à une réduction des dépenses sociales à hauteur 454 millions d'euros : poursuite de la réforme des pensions, retour au travail des malades de longue durée, sous-utilisation du budget des soins de santé, durcissement des conditions du crédit-temps, etc. Tous les secteurs de la sécurité sociale sont mis à contribution.
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Dépeindre Bart De Wever en Premier ministre de l'ombre, c'est l'un des jeux favoris de l'opposition. Et le contrôle budgétaire de ce printemps ne va pas la calmer. Une bonne partie de l'effort proviendra en effet de la sécurité sociale, comme l'avait réclamé le président de la N-VA. Ses partenaires avaient contesté l'approche mais au final ils ont consenti à une réduction des dépenses sociales à hauteur 454 millions d'euros : poursuite de la réforme des pensions, retour au travail des malades de longue durée, sous-utilisation du budget des soins de santé, durcissement des conditions du crédit-temps, etc. Tous les secteurs de la sécurité sociale sont mis à contribution. Bart De Wever ne voulait pas entendre parler de hausse de la fiscalité et, si les tableaux officiels affichent 569 millions de recettes fiscales supplémentaires, celles-ci résultent de mesures simplement anticipées (les accises sur le diesel et le tabac augmenteront dès cette année au lieu d'attendre 2017) ou réintégrées dans le budget malgré les réserves du Comité de monitoring (Fonds immobiliers institutionnels) et de la Commission européenne (taxe Diamant). On y ajoute 65 millions de recettes supplémentaires grâce aux suites des Panama Papers, alors qu'on peine à voir jusqu'ici un quelconque effet budgétaire des précédentes révélations médiatiques mondiales sur l'évasion fiscale... Le gouvernement a aussi décidé d'anticiper sur la sortie de crise de Belfius en inscrivant un dividende intérimaire de 75 millions d'euros (ce qui double le dividende total de la banque à partir de l'an prochain). Notons que les projections budgétaires prévoient ce dividende intérimaire jusqu'en 2019, ce qui laisse penser que le gouvernement n'a pas l'intention de vendre la banque publique durant la législature. Le contrôle budgétaire à peine achevé, Bart De Wever a clamé qu'il faudrait au moins 3 milliards d'euros d'efforts supplémentaires. Et, à nouveau, Charles Michel s'aligne en maintenant l'objectif de retour à l'équilibre structurel pour 2018. Pour atteindre cet objectif, compte tenu du retard sur la trajectoire d'assainissement pris en 2014 et 2015, il faudra en effet dégager 6 milliards d'euros les deux prochaines années pour rester dans les clous, d'après une récente estimation du Bureau du Plan. Bref, au rayon "économies", les choses sérieuses vont donc seulement commencer. Dans ces conditions, il n'est pas certain que la Belgique parvienne à convaincre la Commission européenne du sérieux de sa stratégie budgétaire. D'autant qu'elle remet dans son épure des mesures comme le redesign de l'administration fédérale (qui doit rapporter 100 millions cette année et 650 en 2019) pour lequel aucun élément précis n'a encore été mis sur la table. En outre, elle intensifie des règles de prudence budgétaire, dont le rendement dans le budget initial était déjà jugé " optimiste" par la Cour des comptes. "La prudence imposerait de revoir l'objectif de sous-utilisation des crédits de 874 à à 650 millions", écrivait-elle. Le gouvernement n'en tient pas compte et ajoute au contraire une économie de 260 millions grâce au "renforcement de la prudence budgétaire" et de 110 millions en sous-utilisation des crédits de soins de santé. Comment faire passer la pilule auprès des instances européennes ? En démontrant que ces dispositions accompagnent des réformes structurelles maintes fois réclamées. Cela avait marché l'an dernier avec la réforme des pensions, cela pourrait être le cas cette fois avec la flexibilité du marché du travail (annualisation du temps de travail, réforme des heures supplémentaires), déjà bien amorcée par le ministre de l'Emploi Kris Peeters, et la réforme de l'impôt des sociétés annoncée pour cet été.