Après le 9/11 aux États-Unis, après Madrid en 2004, après Londres en 2005 et Paris l'an dernier, c'était au tour de Bruxelles mardi dernier. Ce que certains prédisaient déjà depuis un certain temps est arrivé: la capitale de la Belgique et de l'Europe a désormais aussi dû faire face à un attentat terroriste. Cette dernière horreur s'inscrit dans une série d'événements qui se produisent depuis près de quinze ans dans le monde occidental. Mais aussi en dehors, car des pays comme l'Indonésie, le Nigeria et la Côte d'Ivoire ont tout autant eu à souffrir d'attentats perpétrés par des fondamentalistes musulmans.
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Après le 9/11 aux États-Unis, après Madrid en 2004, après Londres en 2005 et Paris l'an dernier, c'était au tour de Bruxelles mardi dernier. Ce que certains prédisaient déjà depuis un certain temps est arrivé: la capitale de la Belgique et de l'Europe a désormais aussi dû faire face à un attentat terroriste. Cette dernière horreur s'inscrit dans une série d'événements qui se produisent depuis près de quinze ans dans le monde occidental. Mais aussi en dehors, car des pays comme l'Indonésie, le Nigeria et la Côte d'Ivoire ont tout autant eu à souffrir d'attentats perpétrés par des fondamentalistes musulmans.Les attentats les plus récents - Paris et Bruxelles - sont directement liés à la guerre au Moyen-Orient. On n'a pas encore tous les éléments au sujet de l'identité des auteurs des attentats de Zaventem et de la station de métro Maelbeek, mais l'État islamique (EI) a revendiqué ces actions, tout comme celles de Paris l'an dernier. Le conflit qui se déroule à des milliers de kilomètres de l'Europe s'est exporté ici en partie parce que des centaines, si pas des milliers de musulmans de nos contrées sont partis en Syrie au cours des dernières années pour combattre dans les rangs de l'EI. Ils peuvent apparemment revenir souvent et sans trop de problèmes en Europe, et provoquer un bain de sang.L'EI occupe une zone à cheval sur l'Irak et la Syrie qui se trouve à la frontière avec la Turquie et à un jet de pierre de l'Europe. En Libye aussi, une partie de la région côtière est aux mains de Daech. Ce cancer politique au Moyen-Orient et au nord de l'Afrique ne disparaîtra pas rapidement et résulte en partie des politiques désastreuses des États-Unis et de l'Union européenne dans la région.Après les attentats du 9/11, des conseillers néoconservateurs ont murmuré à l'oreille du président américain George W. Bush: chassons un certain nombre de dictateurs au Moyen-Orient et remplaçons-les par des régimes démocratiques selon le modèle occidental. Il en a été autrement. L'Irak, premier objectif des États-Unis, est tombé dans le chaos. Mais les néoconservateurs, aux USA et en Europe, n'ont pas appris la leçon, trop obsédés qu'ils étaient par leurs lubies idéologiques.Après le Printemps arabe de 2011, une nouvelle opportunité s'est présentée de se débarrasser de certains dictateurs et d'instaurer une démocratie libérale à l'occidentale, ont-ils pensé. Et à nouveau, le résultat a été le chaos. En Libye, le président Kadhafi fut écarté, surtout sous l'impulsion du Président français de l'époque Nicolas Sarkozy, qui avait encore un oeuf à peler avec l'homme (Khadafi avait soutenu financièrement la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007, mais cela ne pouvait pas se savoir). La Libye est depuis lors un failed state. Après cela, le président syrien Bachar Al-Assad devait également être déchu. Nouvel échec. Le résultat a été le même qu'en Libye: le chaos une fois de plus. Les dirigeants occidentaux n'ont apparemment toujours pas compris que les droits de l'Homme et les élections démocratiques ne sont pas des produits d'exportation.Paradoxalement, un certain nombre d'États du Golfe - l'Arabie Saoudite et le Qatar en tête - se sont joints aux puissances occidentales qui voyaient dans le Printemps arabe une sorte de révolution démocratique. L'Arabie saoudite et compagnie ont vu dans la déstabilisation de la région une opportunité d'étendre leur puissance. Notamment en mettant le feu aux tensions entre sunnites (l'Arabie Saoudite et les autres États du Golfe) et chiites (sous la direction de l'Iran). Les pays du Golfe ont soutenu toutes sortes de groupements djihadistes en Irak et en Syrie, qu'ils n'ont plus pu contrôler au fil du temps. L'EI en est l'incarnation. Simultanément, toutes sortes de jeunes fondamentalistes ont été attirés vers l'Irak et la Syrie par le chant des sirènes de Daech. Ils ont servi de chair à canon dans la région, mais également, dans un certain sens, à leur retour en Europe.Le fait que ces djihadistes ont subi un lavage de cerveau dans leur pays de naissance européen n'est pas sans lien avec la politique perfide que l'Arabie Saoudite mène depuis des décennies. Il est de notoriété publique que, depuis des années, de l'argent transite massivement entre l'Arabie saoudite et les mosquées salafistes en Europe. Pour mémoire, le salafisme est un des courants les plus radicaux de l'Islam. En outre, les communautés étrangères en Europe sont submergées par la propagande salafiste, et les chaînes satellites y contribuent.Par ailleurs, le fondamentalisme musulman peut facilement prendre racine dans certaines villes européennes - Bruxelles, Paris, Londres - du fait que les musulmans y vivent en communauté fermée. On peut même dire que des communautés parallèles fermées y sont nées, et dans lesquelles il y a clairement de la sympathie et du soutien pour les djihadistes. Sinon, comment quelqu'un comme Salah Abdeslam aurait-il pu rester aussi longtemps sous les radars ?Les hommes politiques locaux portent une énorme responsabilité dans l'émergence d'une telle communauté parallèle dans certains quartiers de Bruxelles. Certainement du côté de la gauche. Des communes comme Molenbeek devaient devenir une expérience multiculturelle. Mais à cause d'une politique du laissez-faire et du refus d'instaurer une politique d'intégration, ces quartiers sont rapidement devenus un cocktail explosif où la petite et la grande criminalité prospèrent en symbiose avec un islamisme radical qui a pu y prendre racine facilement. Les habitants d'origine étrangère qui n'ont pas voulu y prendre part sont partis. Et les politiciens locaux ont regardé ailleurs pour des raisons électorales. Le secteur bien subsidié des travailleurs sociaux, qui devaient officiellement y promouvoir l'intégration, a vendu une histoire pour se sentir bien, alors que la réalité était toute autre.Le journaliste hollandais Arthur Van Amerongen qui dans son livre "Un quartier pourri", il y a dix ans déjà, mettait en garde contre le djihadisme à Molenbeek devait se taire. Le politicien Luckas Vander Taelen - membre de Groen et donc au-dessus de tout soupçon - n'était plus le bienvenu sur la liste électorale en 2012, après ses critiques sur le mauvais comportement de jeunes habitants d'origine étrangère dans sa propre commune de Forest. Le procédé était connu: celui qui critiquait la situation dans certains quartiers était taxé de racisme ou de crypto-nazisme fanatique. Maintenant, on paie l'addition de cette non-politique catastrophique.