"A Westminster, nous clamons: nous sommes frustrés, nous sommes en colère. Vous avez abandonné les entreprises britanniques. Vous vous êtes concentrés sur les petits phrases mais pas sur le fond. La tactique, pas la stratégie. La politique, pas la prospérité".

C'est par ce véritable réquisitoire, extraordinaire venant d'un responsable du patronat d'habitude des plus sobres, qu'Adam Marshall a ouvert jeudi matin la conférence annuelle des Chambres de commerce britanniques (BCC) organisée à Londres à deux pas, coïncidence, du Parlement britannique.

Le ton acerbe de M. Marshall tranche avec les remarques introductives souvent convenues de ce type de rencontres où les représentants des milieux d'affaires échangent des amabilités et écoutent sagement les interventions de quelques responsables politiques.

Mais son discours intervient au lendemain d'une nouvelle soirée extraordinaire sur le Brexit à la Chambre des Communes, où les députés ont rejeté un par un les huit scénarios alternatifs à l'accord de sortie conclu par leur Première ministre Theresa May avec les dirigeants des 27 autres pays de l'UE - un accord que les députés ont rejeté par deux fois depuis le début de l'année.

"Cela fait trois ans qu'on tourne en rond", a fustigé M. Marshall pour qualifier les circonvolutions, hésitations et divisions de la classe politique britannique à propos du Brexit que les Britanniques ont réclamé lors du référendum du 23 juin 2016. "Le résultat, c'est que les entreprises et les communautés de tout le Royaume-Uni ne savent toujours pas quand on y sera - et encore moins ce qu'il se passera", s'est désolé le représentant des entreprises.

- L'automobile en première ligne -

L'investissement est en panne dans le pays depuis une bonne année maintenant, faute de clarté sur le Brexit initialement prévu le 29 mars mais désormais retardé et plongé dans les limbes.

Un des secteurs les plus touchés est l'industrie automobile. Près de 8 voitures sur 10 produites dans le pays sont en effet destinées à l'exportation - dont la moitié pour l'UE -, et cette activité paie déjà cette indécision.

"Nous avons désespérément besoin que le Parlement se mette d'accord pour restaurer la stabilité, afin de pouvoir refonder la confiance et permettre à notre activité d'être prospère", a prévenu Mike Hawes, le directeur général de l'Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT), dans un communiqué au ton particulièrement alarmiste.

Comme la plupart des secteurs d'activité, l'industrie automobile craint plus que tout un Brexit sans accord avec l'UE et souligne que l'incertitude prolongée "a déjà paralysé l'investissement, coûté des emplois et endommagé notre réputation mondiale".

Il y a urgence car les chiffres ne sont pas bons: la production de voitures a chuté de 15,3% en février sur un an, à 123.203 véhicules - le neuvième mois consécutif de repli -, un recul lié notamment à une demande plus faible en Asie et en Europe.

Plusieurs annonces des constructeurs japonais très présents dans le pays ont marqué les esprits dernièrement. Nissan a renoncé à produire un crossover dans son usine géante de Sunderland (nord-est de l'Angleterre) et Honda a annoncé la fermeture en 2021 de son usine de Swindon (sud-ouest de l'Angleterre), même s'il n'a pas évoqué le Brexit. A l'inverse, Toyota a annoncé qu'il allait fabriquer une nouvelle voiture hybride pour son partenaire Suzuki au Royaume-Uni.

Signe de la gravité du moment, la principale organisation patronale britannique CBI et la confédération syndicale TUC avaient publié la semaine dernière un communiqué commun - initiative rarissime - pour alerter sur une situation d'"urgence nationale".

"Le drame, la confusion et l'incertitude totale entourant le Brexit se sont aggravés hier soir", a constaté pour sa part jeudi matin l'analyste financier Lukman Otunuga, de FXTM, en commentant un nouveau repli de la livre sterling.

"A Westminster, nous clamons: nous sommes frustrés, nous sommes en colère. Vous avez abandonné les entreprises britanniques. Vous vous êtes concentrés sur les petits phrases mais pas sur le fond. La tactique, pas la stratégie. La politique, pas la prospérité". C'est par ce véritable réquisitoire, extraordinaire venant d'un responsable du patronat d'habitude des plus sobres, qu'Adam Marshall a ouvert jeudi matin la conférence annuelle des Chambres de commerce britanniques (BCC) organisée à Londres à deux pas, coïncidence, du Parlement britannique. Le ton acerbe de M. Marshall tranche avec les remarques introductives souvent convenues de ce type de rencontres où les représentants des milieux d'affaires échangent des amabilités et écoutent sagement les interventions de quelques responsables politiques. Mais son discours intervient au lendemain d'une nouvelle soirée extraordinaire sur le Brexit à la Chambre des Communes, où les députés ont rejeté un par un les huit scénarios alternatifs à l'accord de sortie conclu par leur Première ministre Theresa May avec les dirigeants des 27 autres pays de l'UE - un accord que les députés ont rejeté par deux fois depuis le début de l'année."Cela fait trois ans qu'on tourne en rond", a fustigé M. Marshall pour qualifier les circonvolutions, hésitations et divisions de la classe politique britannique à propos du Brexit que les Britanniques ont réclamé lors du référendum du 23 juin 2016. "Le résultat, c'est que les entreprises et les communautés de tout le Royaume-Uni ne savent toujours pas quand on y sera - et encore moins ce qu'il se passera", s'est désolé le représentant des entreprises. - L'automobile en première ligne -L'investissement est en panne dans le pays depuis une bonne année maintenant, faute de clarté sur le Brexit initialement prévu le 29 mars mais désormais retardé et plongé dans les limbes. Un des secteurs les plus touchés est l'industrie automobile. Près de 8 voitures sur 10 produites dans le pays sont en effet destinées à l'exportation - dont la moitié pour l'UE -, et cette activité paie déjà cette indécision. "Nous avons désespérément besoin que le Parlement se mette d'accord pour restaurer la stabilité, afin de pouvoir refonder la confiance et permettre à notre activité d'être prospère", a prévenu Mike Hawes, le directeur général de l'Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT), dans un communiqué au ton particulièrement alarmiste.Comme la plupart des secteurs d'activité, l'industrie automobile craint plus que tout un Brexit sans accord avec l'UE et souligne que l'incertitude prolongée "a déjà paralysé l'investissement, coûté des emplois et endommagé notre réputation mondiale".Il y a urgence car les chiffres ne sont pas bons: la production de voitures a chuté de 15,3% en février sur un an, à 123.203 véhicules - le neuvième mois consécutif de repli -, un recul lié notamment à une demande plus faible en Asie et en Europe.Plusieurs annonces des constructeurs japonais très présents dans le pays ont marqué les esprits dernièrement. Nissan a renoncé à produire un crossover dans son usine géante de Sunderland (nord-est de l'Angleterre) et Honda a annoncé la fermeture en 2021 de son usine de Swindon (sud-ouest de l'Angleterre), même s'il n'a pas évoqué le Brexit. A l'inverse, Toyota a annoncé qu'il allait fabriquer une nouvelle voiture hybride pour son partenaire Suzuki au Royaume-Uni. Signe de la gravité du moment, la principale organisation patronale britannique CBI et la confédération syndicale TUC avaient publié la semaine dernière un communiqué commun - initiative rarissime - pour alerter sur une situation d'"urgence nationale". "Le drame, la confusion et l'incertitude totale entourant le Brexit se sont aggravés hier soir", a constaté pour sa part jeudi matin l'analyste financier Lukman Otunuga, de FXTM, en commentant un nouveau repli de la livre sterling.