On peut comprendre que David Cameron, brillamment élu Premier ministre avant le référendum, ait présenté sa démission après la victoire des partisans du Brexit. Il avait pris position contre celui-ci et il ne pouvait, à ce poste, ni mener une politique contraire à l'opinion exprimée par son peuple, ni mener les opérations de sortie du Royaume-Uni de l'UE. C'est pourtant ce que fit celle qui lui succéda, Theresa May. Opposante, certes tiède, au Brexit, elle annonça directement sa volonté de le mettre en place. Elle commença par un pari presque entièrement raté, en convoquant des élections législatives anticipées. Disposant, avant celles-ci, d'une large majorité conquise par son prédécesseur, elle échoua lamentablement lors des élections de juin 2017 : le parti conservateur perdit sa majorité et Theresa May ne dut son maintien au pouvoir qu'à l'appui, empoisonné, des unionistes nord-irlandais. Or, c'est précisément sur l'Irlande du Nord que toutes ses tentatives d'un accord avec les Européens échouèrent.

Ceux qui crurent voir en elle une nouvelle Margareth Thatcher ne purent qu'être profondément déçus. L'erreur de casting commise par les conservateurs anglais est pour beaucoup dans la multiplication des échecs de leur politique pendant trois ans. Il est vrai que l'opposition d'un parti travailliste flirtant de plus en plus avec l'extrême gauche n'a rien fait pour rendre à la classe politique anglaise un minimum de sens des intérêts du pays.

Mais le comportement des Européens est tout aussi regrettable. Pendant plus de trois ans, on a l'impression que les dirigeants des 27 n'ont eu qu'une seule idée en tête : essayer de montrer que toute velléité de quitter l'Union européenne est une erreur et faire payer très cher aux Britanniques leur décision pour éviter que d'autres pays suivent la même voie.

La démocratie a ses défauts, mais on ne peut à la fois se prétendre un dirigeant partisan de ce système et nier la volonté populaire lorsqu'elle s'exprime. Certes, certains pays européens ont dans le passé fait primer " l'idée européenne " sur le choix de leur population. On se souvient ainsi du référendum français du 29 mai 2005, rejetant le Traité de Lisbonne. Deux ans plus tard, le président Sarkozy accepta néanmoins un " nouveau " traité reprenant les mêmes principes, avec quelques modifications cosmétiques, sans consulter à nouveau la population française.

Il n'existe pas, en Europe, une conscience " nationale " européenne mais chacun profite du marché unique.

C'est que, décidément, les dirigeants européens traitent la " construction européenne " comme un véritable dogme, qu'il n'est permis de contester sous aucun prétexte, même si des majorités s'expriment pour la remettre en cause. Pourtant, s'il est permis d'entrer dans l'Union, il doit aussi être autorisé d'en sortir et l'on voit mal ce qui, mieux qu'un vote populaire, pourrait être exigé des pays qui ne partagent pas les choix politiques tendant vers une Europe fédérale.

Il est incontestable que, dans ses premières décennies, l'UE a apporté d'énormes progrès aux pays qui la composaient, en créant sur son territoire une vraie zone de paix, et aussi l'application du principe de libre-échange. Il est beaucoup plus douteux qu'il ait été indispensable d'y ajouter une Europe politique, sociale et fiscale, accumulant de multiples réglementations uniformisées sans que cela soit souhaité par les populations. Lorsqu' Emmanuel Macron regrette que les Européens " oublient " qu'ils sont d'abord une communauté, avant d'être un marché, il ne dit pas la vérité. Il n'existe pas, en Europe, une conscience " nationale " européenne mais chacun profite du marché unique.

C'est pourquoi on peut trouver particulièrement dommage que pendant plus de trois ans, les Européens aient réellement tout fait pour torpiller la volonté britannique de réaliser le Brexit, avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui : une situation incertaine et un risque, qui n'a pas disparu, de Brexit sans accord, particulièrement coûteux pour tout le monde. N'aurait-il pas valu mieux proposer aux Britanniques ce qu'ils ont toujours voulu en réalité : les laisser sortir de l'Europe politique, mais maintenir une vaste zone de libre- échange qui est dans l'intérêt de tous ?