Crispin Tickell, AFP
Crispin Tickell © AFP

La sortie de l'Union européenne? "Je pense que c'est une catastrophe. Un échec de la politique étrangère" du Royaume-Uni, dit M. Tickell, 86 ans, à l'AFP.

"La politique étrangère britannique a fait l'objet d'un vote de gens qui n'y connaissent rien, et probablement animés par un genre d'aversion pour les étrangers", peste ce témoin privilégié de la construction européenne.

Crispin était en poste à l'ambassade britannique à Paris quand les Français bloquèrent, dans les années soixante, la tentative du Royaume-Uni de rejoindre la Communauté économique européenne. Il fut ensuite l'assistant des trois négociateurs qui ont travaillé sur l'accord d'adhésion du pays en 1973.

Contrairement à ce qu'affirment certains Brexiters, selon qui le caractère politique de l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE n'était pas prévu au départ, M. Tickell soutient le contraire.

"Il était évident que nous allions dans cette direction, vers des Etats-Unis d'Europe. Mais ça ne voulait pas dire que nous allions abandonner notre souveraineté", dit-il.

A l'époque, se souvient-il dans son appartement londonien rempli de livres, il y avait ce sentiment que les Britanniques s'engageaient dans "ce qui serait le plus grand bloc commercial du monde", une entité partageant "nos valeurs, notre mentalité".

Mais aussi "que nous serions bien plus efficaces alors que le Commonwealth déclinait petit à petit, et que le Royaume-Uni perdait en influence".

UE et sérieux

Rejoindre le projet européen, "comme (le Premier ministre d'alors) Ted Heath l'avait très bien compris, nous donnait une position bien plus forte".

"Ce que nous n'avons pas réussi à faire, c'est en tirer avantage, réaliser ce que nous aurions pu faire", ajoute-t-il.

Présents dans de nombreuses réunions de négociations, Crispin Tickell assure que son pays était parvenu à un bon accord. Mais le problème, enchaîne-t-il, c'est que "certains dirigeants britanniques n'ont jamais traité le sujet sérieusement".

"Il y a tellement de choses que nous aurions pu faire sans nous retirer" de l'UE, se désole-t-il.

Après 36 ans de bons et loyaux services, il a quitté le Foreign Office pour conseiller les Premiers ministres John Major et Tony Blair sur les questions environnementales.

Il est aujourd'hui toujours en contact avec le gouvernement via le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, dont le père Stanley, est un vieil ami, et la mère, Charlotte Johnson Wahl, a peint un portrait de lui et de son épouse, accroché dans son appartement.

L'ancien diplomate craint qu'une fois le divorce d'avec l'UE prononcé, le rôle du Royaume-Uni sur la scène internationale ne devienne "moindre".

"Il suffit de voir de quelle manière les Américains ne nous prennent plus autant au sérieux qu'avant", argumente-t-il.

Le seul espoir selon lui est que les négociations avec Bruxelles s'avèrent insatisfaisantes. "Nous pourrions alors décider qu'il est dans notre intérêt de rester", dit-il.

La sortie de l'Union européenne? "Je pense que c'est une catastrophe. Un échec de la politique étrangère" du Royaume-Uni, dit M. Tickell, 86 ans, à l'AFP."La politique étrangère britannique a fait l'objet d'un vote de gens qui n'y connaissent rien, et probablement animés par un genre d'aversion pour les étrangers", peste ce témoin privilégié de la construction européenne.Crispin était en poste à l'ambassade britannique à Paris quand les Français bloquèrent, dans les années soixante, la tentative du Royaume-Uni de rejoindre la Communauté économique européenne. Il fut ensuite l'assistant des trois négociateurs qui ont travaillé sur l'accord d'adhésion du pays en 1973.Contrairement à ce qu'affirment certains Brexiters, selon qui le caractère politique de l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE n'était pas prévu au départ, M. Tickell soutient le contraire."Il était évident que nous allions dans cette direction, vers des Etats-Unis d'Europe. Mais ça ne voulait pas dire que nous allions abandonner notre souveraineté", dit-il.A l'époque, se souvient-il dans son appartement londonien rempli de livres, il y avait ce sentiment que les Britanniques s'engageaient dans "ce qui serait le plus grand bloc commercial du monde", une entité partageant "nos valeurs, notre mentalité".Mais aussi "que nous serions bien plus efficaces alors que le Commonwealth déclinait petit à petit, et que le Royaume-Uni perdait en influence".Rejoindre le projet européen, "comme (le Premier ministre d'alors) Ted Heath l'avait très bien compris, nous donnait une position bien plus forte"."Ce que nous n'avons pas réussi à faire, c'est en tirer avantage, réaliser ce que nous aurions pu faire", ajoute-t-il.Présents dans de nombreuses réunions de négociations, Crispin Tickell assure que son pays était parvenu à un bon accord. Mais le problème, enchaîne-t-il, c'est que "certains dirigeants britanniques n'ont jamais traité le sujet sérieusement"."Il y a tellement de choses que nous aurions pu faire sans nous retirer" de l'UE, se désole-t-il.Après 36 ans de bons et loyaux services, il a quitté le Foreign Office pour conseiller les Premiers ministres John Major et Tony Blair sur les questions environnementales.Il est aujourd'hui toujours en contact avec le gouvernement via le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, dont le père Stanley, est un vieil ami, et la mère, Charlotte Johnson Wahl, a peint un portrait de lui et de son épouse, accroché dans son appartement.L'ancien diplomate craint qu'une fois le divorce d'avec l'UE prononcé, le rôle du Royaume-Uni sur la scène internationale ne devienne "moindre"."Il suffit de voir de quelle manière les Américains ne nous prennent plus autant au sérieux qu'avant", argumente-t-il.Le seul espoir selon lui est que les négociations avec Bruxelles s'avèrent insatisfaisantes. "Nous pourrions alors décider qu'il est dans notre intérêt de rester", dit-il.