A quelques jours du 29 mars, qui était la date annoncée depuis deux ans du départ britannique, les dirigeants européens ont accordé une première rallonge aux Britanniques, moins longue que celle demandée par la Première ministre britannique Theresa May.

Le nouveau rejet de l'accord de retrait vendredi par son parlement a fixé de facto la nouvelle échéance couperet au 12 avril, avec un champ de possibilités désormais réduit.

"Si le parlement britannique ne vote pas en faveur de l'accord de retrait dans les prochains jours, il ne restera plus que deux options: partir sans accord ou demander une prorogation plus longue", a expliqué Michel Barnier.

"Ce serait la responsabilité du gouvernement britannique de choisir entre ces deux options", a ajouté le négociateur européen, lors d'une conférence organisée par le think tank EPC à Bruxelles

Mais "une telle extension comporterait des risques importants pour l'UE, d'où la nécessité d'une justification solide", a-t-il aussi insisté.

Selon lui, seuls trois scénarios pourraient justifier un tel report aux yeux des Européens: l'organisation d'un nouveau référendum, de nouvelles élections générales ou la recherche d'un consensus au sein de la classe politique britannique sur la future relation.

Ligne rouge

"Une longue prolongation a un coût, pas seulement pour les entreprises ou le monde politique de l'UE, mais elle a aussi un coût pour le Royaume-Uni", a averti M. Barnier, ajoutant que l'UE devra comparer ces coûts avec ceux d'une absence d'accord.

Les Européens se sont fixé une ligne rouge: si le Royaume-Uni veut rester au-delà des élections européennes, entre le 23 et 26 mai, il devra y participer.

Dans le même temps, les Européens ne cachent pas leur réticence à devoir composer plus longtemps au sein des institutions de l'UE avec un Royaume-Uni sur le départ. "Le Royaume-Uni pourrait poser un risque à notre autonomie de décision", a résumé Michel Barnier.

L'eurodéputé britannique Nigel Farage, ancien patron des indépendantistes de UKIP et chantre du Brexit, s'est récemment fait l'écho, avec sa harangue habituelle, de l'inconfort qui saisit certains de ses collègues, lors d'un débat au Parlement européen.

"Voulez-vous vraiment me revoir ici?", leur a-t-il lancé, provocateur.

La nouvelle date butoir du Brexit, le 12 avril, ne relève pas du hasard. Il s'agit de la date limite offerte par la législation britannique pour annoncer si le pays prend part aux élections européennes.

"Dommageable"

Une participation britannique imposerait des difficultés supplémentaires à un processus déjà compliqué.

L'obligation juridique de participer aux élections si le Brexit n'est pas encore effectif fait consensus à Bruxelles.

Si le gouvernement britannique ne s'y pliait pas, il s'exposerait à des poursuites devant la justice européenne, que pourraient lancer la Commission, d'autres Etats membres, voire même de simples citoyens s'estimant lésés, selon le service juridique du Parlement européen.

A l'inverse, des avocats britanniques ont argumenté dans le quotidien The Times que l'obligation pouvait être surmontée sans changer les traités de l'UE, par un accord entre l'UE et le Royaume-Uni. Même une simple décision des dirigeants réunis en Conseil européen suffirait selon eux.

Chez les dirigeants européens, il n'y a guère que Donald Tusk pour exprimer à voix haute une volonté claire de voir les Britanniques participer au scrutin de la fin mai.

"Nous devrions être ouverts à une longue prolongation si le Royaume-Uni souhaite repenser sa stratégie sur le Brexit, ce qui signifie bien sûr la participation du Royaume-Uni aux élections", a-t-il plaidé la semaine passée à Strasbourg devant le Parlement européen.

"On a entendu des voix dire que ce serait dommageable ou gênant pour certains d'entre vous. Permettez-moi d'être clair: une telle pensée est inacceptable", a-t-il poursuivi.