M. Juncker s'est entretenu avec Boris Johnson, alors que celui-ci a commencé la journée sur un sérieux revers: son allié, le parti nord-irlandais DUP, a rejeté "en l'état" son compromis sur l'accord de divorce, négocié fébrilement depuis plusieurs jours à Bruxelles.

Londres et l'UE espèrent pouvoir sceller cet accord au sommet européen qui s'ouvre jeudi après-midi, en théorie le dernier avant la date prévue du Brexit le 31 octobre.

"Avant le sommet, chaque heure, (chaque) minute compte. Nous voulons un accord", a déclaré la porte-parole de la Commission Mina Andreeva en annonçant le coup de téléphone entre les deux responsables.

Un porte-parole de Downing Street a dit que la conversation s'inscrivait dans "les discussions en cours pour garantir un accord".

A moins de cinq heures de l'ouverture du sommet, un haut responsable européen indiquait qu'aucun texte juridique n'avait pour l'instant été mis à la disposition des diplomates. En guise d'analyse de la situation, il se contentait d'un: "Peut-être que nous aurons un accord, peut-être pas".

Il n'est pas prévu que des négociations aient lieu pendant le sommet.

Le Conseil s'ouvrira sur le Brexit, avec l'espoir pour les 27, une fois la question traitée, de pouvoir se concentrer sur d'autres sujets pressants, comme la politique étrangère ou le futur budget de l'UE. Boris Johnson aura l'occasion de s'adresser à ses homologues européens, avant que ceux-ci poursuivent la réunion à 27.

Douche nord-irlandaise

Les négociateurs européens et britanniques ont travaillé d'arrache-pied, pour leur deuxième nuit d'affilée.

Mais même s'il décroche un accord, Boris Johnson aura la délicate mission de faire passer celui-ci au Parlement britannique, où il n'a plus de majorité, et devra semble-t-il compter sans le soutien du DUP, qui fait partie d'une coalition parlementaire avec son Parti conservateur.

Ce parti unioniste nord-irlandais a douché l'optimisme en déclarant qu'il ne pouvait pas "soutenir ce qui est proposé sur les questions des douanes et du consentement (de l'exécutif nord-irlandais au projet de Brexit). Il a également regretté "un manque de clarté sur la TVA", à savoir le régime de taxe qui sera appliqué en Irlande du Nord.

Le petit parti, qui compte 10 députés à la Chambre des Communes, affirme cependant qu'il "continuera à travailler avec le gouvernement pour parvenir à un accord raisonnable qui fonctionne pour l'Irlande du Nord et protège l'intégrité économique et constitutionnelle du Royaume-Uni".

En l'absence d'accord au sommet, Boris Johnson sera contraint par une loi votée le mois dernier au Parlement britannique de demander à Bruxelles un report, alors qu'il s'était engagé à une sortie britannique de l'UE "coûte que coûte" le 31 octobre.

"Nous sommes sur une meilleure voie mais pas encore au but", n'a pu que constater jeudi matin la chancelière allemande Angela Merkel.

Les pourparlers entre Londres et Bruxelles ont porté sur plusieurs questions sensibles: la manière d'éviter le retour d'une frontière entre l'Irlande, membre de l'UE, et l'Irlande du Nord, partie du Royaume-Uni, afin de préserver la paix sur l'île tout en permettant des contrôles douaniers, le droit de regard accordé aux autorités nord-irlandaises sur l'accord de divorce, ou encore la relation future.

Reflet du regain d'incertitude autour des négociations, la livre sterling reculait face à l'euro jeudi matin.

Les derniers développements sur le Brexit ont créé un flottement autour de l'organisation du sommet. Le déroulé de la réunion n'a été publié que jeudi matin.

Après le Brexit, les chefs d'Etat et de gouvernement doivent évoquer la situation en Turquie et revenir en particulier sur la réponse européenne à l'offensive d'Ankara contre les milices kurdes dans le nord-est de la Syrie. Ils aborderont également la question de l'élargissement de l'UE à la Macédoine du Nord et l'Albanie, avant de se lancer dans la question budgétaire vendredi.