Avec le pire projet budgétaire des Etats de la zone euro pour l'an prochain, la Belgique a reçu un sérieux carton jaune de la Commission européenne. Nous sommes en effet le seul pays dont la dette publique augmente, puisqu'il est prévu qu'elle passe de 105,3% du PIB cette année à 108,2% l'an prochain. Une hausse due sans doute en partie à celle des taux, qui peu à peu va augmenter les charges d'intérêt, mais surtout à notre incapacité à faire des économies structurelles. La hausse des dépenses publiques l'an prochain devrait augmenter le déficit de 0,8%. Entretien avec Bernard Keppenne, le chief economist de CBC Banque.
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Avec le pire projet budgétaire des Etats de la zone euro pour l'an prochain, la Belgique a reçu un sérieux carton jaune de la Commission européenne. Nous sommes en effet le seul pays dont la dette publique augmente, puisqu'il est prévu qu'elle passe de 105,3% du PIB cette année à 108,2% l'an prochain. Une hausse due sans doute en partie à celle des taux, qui peu à peu va augmenter les charges d'intérêt, mais surtout à notre incapacité à faire des économies structurelles. La hausse des dépenses publiques l'an prochain devrait augmenter le déficit de 0,8%. Entretien avec Bernard Keppenne, le chief economist de CBC Banque.Pourquoi sommes-nous un aussi mauvais élève ?Il y a deux raisons. Tout d'abord, nous avons laissé complètement filer le déficit budgétaire cette année-ci. Avec deux points noirs soulignés par la Commission européenne : l'indexation des allocations sociales et des salaires des fonctionnaires, qui ont un effet direct sur le budget. Et les mesures de soutien dans le cadre de la crise énergétique qui ne sont pas suffisamment ciblées. Les mesures qui avaient été prises dans le cadre de la pandémie avaient déjà aggravé le déficit et le gouvernement n'avait pas pris de nouvelles mesures d'économie. Le gouverneur de la Banque nationale Pierre Wunsch n'arrête d'ailleurs pas depuis deux ans de taper sur la table pour dire qu'il y a désormais une véritable problématique des finances publiques en Belgique et qu'il faut prendre le problème à bras le corps. Or aujourd'hui, nous n'avons fait que l'aggraver.L'effort que nous devons faire pour stabiliser la dette a été évalué à 7% du PIB. C'est énorme !C'est en effet ce qui a été avancé, si nous tenons compte du fait que le déficit en 2023 sera de 5,8%,. Je ne mentionne même pas les problèmes de chiffres (le déficit serait de 6,1% s, comme l'ancienne secrétaire d'Etat au budget l'avait acté, si on tient compte de l'impact de la baisse de la TVA sur l'énergie mais sans les mesures compensatoires non encore décidées, NDLR). Si nous voulons revenir dans les clous ces prochaines années, c'est-à-dire à un déficit de 3%, et au vu du dérapage pour l'an prochain qui a l'air d'être acté aujourd'hui, nous pourrions en effet devoir réaliser un effort aussi élevé. Nous avons l'impression que depuis des décennies il nous est structurellement impossible de faire des efforts budgétaires. Nous avons des gouvernements de coalition, et malheureusement, dans ce cadre, nous n'avons jamais eu la volonté de réduire le déficit. Le système politique belge en porte les conséquences. Mais la France se fait aussi taper sur les doigts par le FMI et la Commission s'inquiète aussi. Nous ne sommes donc pas les seuls. Mais nous nous rendons compte que la structure même de l'Etat, avec la régionalisation, a un impact extrêmement lourd sur le budget. Nous n'avons jamais eu une vraie réforme de l'État pour réduire cet impact et nous n'avons pas profité des années économiquement favorables pour mener ces réformes.Quelle devrait être la priorité du gouvernement ?Réduire les dépenses de l'Etat fédéral, c'est-à-dire repenser ses priorités, réaliser le grand projet de réforme fiscale annoncé, et réformer les pensions, qui est également un de nos grands défis budgétaires. Il s'agit donc d'une remise en cause fondamentale de l'intervention de l'Etat et du modèle étatique que nous voulons avoir. Nous ne pouvons continuer à augmenter le budget et intervenir sans discernement. C'est le gros point d'interrogation. Si nous continuons à prendre des mesures non ciblées, nous avons un impact discriminant pour la société, car elles favorisent les ménages à hauts revenus, ce qui est économiquement et socialement absurde, car cela a un coup disproportionné. En outre, plus je consomme, plus j'ai une grosse voiture, plus j'en profite. C'est également absurde d'un point de vue climatique. Il fait absolument arrêter de baisser la TVA. Je ne comprends pas comment un gouvernement continue à prendre ce genre de mesure.Nous sommes protégés par la zone euro, mais les marchés pourraient finalement réagir à ce dérapage ?Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle, mais les marchés n'ont absolument pas réagi à l'arrivée de l'extrême-droite au pouvoir en Italie. La position de l'actuel gouvernement italien ne provoque aucune tension. La mauvaise nouvelle est que cela n'incite pas les gouvernements à bouger. Or en 2023, les règles budgétaires européennes, qui avaient été temporairement levées, vont être remises en application. La Commission devra absolument rappeler à l'ordre les Etats qui ne respectent pas leurs engagements et leur mettre une pression importante.