Ces prévisions pourraient provoquer de nouvelles tensions entre l'exécutif européen et la coalition populiste au pouvoir en Italie, après un premier bras de fer fin 2018 entre Rome et Bruxelles. Mais à moins de trois semaines du scrutin européen, la Commission se garde pour l'instant de se montrer trop critique à l'égard du gouvernement italien, alliance de la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

Dans ses prévisions de printemps, l'exécutif européen table, pour l'ensemble de la zone euro, sur une hausse du Produit intérieur brut (PIB) de 1,2% en 2019 et 1,5% en 2020, après 1,9% en 2018.

Ces chiffres sont en légère baisse par rapport aux dernières projections publiées début février, le contexte étant aujourd'hui un peu plus marqué par des incertitudes sur le commerce mondial et l'éventualité d'un "Brexit sans accord".

Le chômage devrait quant à lui poursuivre son recul en 2019 avec un taux de 7,7%, puis de 7,3% en 2020. Il était à 8,2% en 2018.

Le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, ne s'est pas déclaré surpris par les prévisions de Bruxelles.

"Je ne vois aucune nouveauté", a-t-il affirmé lors d'un point presse à Paris où il participait à un forum sur la dette, rappelant qu'il prévoyait depuis fin mars une croissance quasi nulle pour cette année.

- Partenaires inquiets -

Parmi les 19 pays ayant adopté la monnaie unique, l'Italie apparaît clairement comme le mauvais élève, qu'il s'agisse de sa croissance, de son déficit public, ou de sa dette, déjà à un niveau record.

Elle est quasiment le seul membre de la zone euro à afficher des taux de croissance anticipés sous 1% pour 2019 et 2020: à peine 0,1% cette année, puis 0,7% l'an prochain --contre respectivement 0,2% et 0,8% anticipé à Rome.

Autre singularité, l'Allemagne devrait présenter une croissance à seulement 0,5% en 2019 --avant de repartir à 1,5% en 2020-- en raison, selon le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, "de la faiblesse dans l'industrie manufacturière, en particulier le secteur automobile".

Conséquence de la faible croissance en Italie, son déficit public devrait, selon la Commission, atteindre 2,5% du PIB en 2019, puis 3,5% en 2020. Des niveaux bien plus problématiques que ceux annoncés par le gouvernement: 2,4% cette année, réduit à 2,1% en 2020.

Quant à la dette publique, elle devrait grimper à des niveaux records: 133,7% en 2019, puis 135,2% du PIB, contre 132,2% l'an passé.

Le niveau d'endettement de l'Italie est le deuxième de la zone euro, après la Grèce, bien au-dessus du plafond de 60% du PIB établi par les règles européennes.

Et la politique d'expansion engagée par l'Italie, qui a renoué avec la croissance début 2019 après un semestre de récession en 2018, inquiète les partenaires de la péninsule.

- "Zone euro en danger" -

Dans un entretien au quotidien La Stampa, le chancelier conservateur autrichien, Sebastian Kurz, a encore estimé lundi que l'Italie risquait de mettre "toute la zone euro en danger" si l'UE ne durcissait pas ses règles en matière d'endettement public excessif.

Bruxelles n'a cessé d'appeler ces derniers mois Rome à agir pour réduire son énorme dette publique et respecter les règles européennes.

Fin 2018, l'Italie et la Commission s'étaient livrées à un long bras de fer sur le niveau du déficit italien, avant de s'entendre sur un déficit public de 2,04% du PIB.

Ce seuil sera finalement largement dépassé, mais en pleine campagne européenne, Bruxelles semble pour l'instant ménager Rome.

"Ce n'est pas aujourd'hui que nous allons traiter de la question de la conformité" du budget italien avec les règles européennes, a affirmé mardi M. Moscovici, qui renvoie pour cela à "début juin", c'est-à-dire après le scrutin européen, moment de ses traditionnelles recommandations aux pays de la zone euro.

Ce rendez-vous, où des sanctions pourraient alors être évoquées, est particulièrement attendu.

Dans une moindre mesure, la situation de la France devrait aussi être observée de près: son déficit devrait atteindre 3,1% en 2019, c'est-à-dire au-delà du fameux seuil de 3% des règles européennes, puis 2,2% en 2020.

La croissance devrait y atteindre 1,3% en 2019, puis 1,5% en 2020.