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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

17/10/18 à 11:19 - Mise à jour à 11:51

Avec la sombre affaire Khashoggi, l'Arabie saoudite est boycottée pour la première fois par des hommes d'affaires

Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien, a disparu depuis plusieurs jours. Comme il était très critique à l'égard de son gouvernement, la presse internationale estime qu'il a été assassiné et dépecé par un commando saoudien. L'Arabie saoudite dément toute implication et estime qu'elle n'est pour rien pour dans la disparition de ce journaliste, mais les services spéciaux étrangers n'en croient pas un seul mot. En attendant, l'Arabie saoudite est boycottée pour la première fois par des hommes d'affaires, nous dit Amid Faljaoui, notre chroniqueur économique.

Avec la sombre affaire Khashoggi, l'Arabie saoudite est boycottée pour la première fois par des hommes d'affaires

© AFP

La vie d'un journaliste ne vaut pas plus qu'une autre vie mais elle n'en vaut pas moins non plus.

C'est ce que découvre le prince héritier d'Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salman que la presse internationale surnomme MBS.

Au départ, ce jeune prince a plu avec son style jeune et souriant. N'est-ce pas lui qui a permis aux saoudiennes de pouvoir enfin conduire une voiture et donc déposer elles-mêmes leurs enfants à l'école ou aller de manière autonome à leur travail ?

N'est-ce pas lui encore qui a fait la cour aux patrons du monde entier pour démontrer que son pays avait compris que l'ère du pétrole n'avait qu'un temps et qu'il comptait sur eux pour l'aider à diversifier l'économie de son pays ?

Tout cela avait plu aux investisseurs internationaux et ces derniers avaient jusqu'à présent fermé les yeux sur les échecs de ce jeune prince.

En effet, n'est-ce pas lui qui a entrainé son pays dans une guerre inutile avec le Yemen? Guerre qui non seulement a déjà coûté des milliers de vies humaines mais se transforme aussi en bourbier vietnamien pour l'Arabie saoudite.

C'est aussi le même prince qui a pris la décision d'imposer un embargo à l'encontre de son petit voisin le Qatar. C'est de nouveau ce même prince qui a séquestré le premier ministre libanais Saad Harari en lui intimant l'ordre d'enregistrer un message vidéo dans lequel il annonçait sa démission avant de le libérer deux semaines plus tard.

Et c'est ce même prince héritier saoudien qui sous prétexte de lutter contre la corruption dans son pays a enfermé une bonne centaine d'hommes d'affaires au Ritz Carlton de Ryad.

Bref, le passif de ce jeune prince était déjà lourd mais les investisseurs fermaient encore les yeux sur tous ces dérapages, pour utiliser un euphémisme.

Mais depuis quelques jours, le prince héritier a compris qu'il avait perdu la partie à cause d'un journaliste saoudien, Jamal Khashoggi. Ce journaliste était critique à l'encontre de son propre pays et il avait choisi de quitter son pays pour des raisons de sécurité et d'écrire pour le fameux Washington Post.

Mais lors d'un séjour de ce journaliste au consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul en Turquie, les services secrets saoudiens ont profité de sa présence dans le consulat pour le tuer et le découper en morceaux avant de sortir son corps démantelé de ce même consulat.

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Affaire Jamal Khashoggi: les investisseurs ont compris qu'il était trop tôt pour investir en Arabie Saoudite, le droit n'y est pas respecté. Et le business sans le droit, c'est le Far West!

En tout cas, selon la presse internationale, les services secrets américains et turcs sont tous d'avis que c'est ce qui s'est hélas passé en réalité dans ce consulat.

L'histoire a choqué les parlementaires américains et même les partisans de l'Arabie Saoudite demandent des comptes au prince héritier. D'autres demandent qu'on lui retire le commandement de son pays au vu de cet assassinat.

De son côté, l'Arabie saoudite dément toute implication dans la disparition de ce journaliste que plus personne n'a revu depuis le 2 octobre.

Mais selon les dernières informations distillées par la presse internationale, on se dirigerait vers une solution diplomatique pour permettre à l'Arabie Saoudite de ne pas perdre la face.

Autrement dit, ce pays, via une soi-disant enquête indépendante, arriverait à la conclusion que l'élimination brutale et atroce de ce journaliste était le fait de services spéciaux saoudiens qui auraient fait du zèle et qui auraient donc agi de leur plein gré et donc à l'insu des autorités officielles saoudiennes.

Donald Trump a réagi en disant que si tout ce scénario devait se vérifier, il considérerait cela comme très grave. Mais il a aussi déjà annoncé qu'il n'interdirait pas les ventes d'armes à l'Arabie Saoudite, car dit-il si ce n'est pas les Etats-Unis qui vendent ces armes, ce seront les Russes ou les Chinois.

En attendant, le monde du business se montre plus décent que la Maison Blanche, et la plupart des grands patrons qui étaient invités à un énorme séminaire d'investissement en Arabie Saoudite ont annulé leur présence.

La Bourse de Ryad tremble encore et les investisseurs ont compris qu'il était trop tôt pour investir en Arabie Saoudite, le droit n'y est pas respecté. Et le business sans le droit, c'est le Far West!

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