L'énormité de la gabegie financière de nos pouvoirs publics est telle que le matraquage fiscal subi par les contribuables n'empêche pas les administrations de se plaindre continuellement qu'elles " manquent de moyens " et, surtout, que le " trou " de la sécurité sociale ne cesse de s'approfondir.

Lorsqu'il y a une différence notable entre les recettes et les dépenses, on peut envisager deux hypothèses : réduire les dépenses ou augmenter les recettes. Mais bien sûr, les pouvoirs publics, quels que soient les partis aux commandes, sont dirigés par des politiciens qui, par nature, n'aiment pas que soit réduit leur champ d'action. Cela signifie que les recettes augmentent toujours et qu'aucun plan sérieux de véritables économies n'est jamais mis sur pied.

Avec un peu plus de logique, le même raisonnement est suivi par les syndicats qui, comme tout lobby, réclament plus d'argent pour favoriser les revendications de leurs salariés. Le syndicat socialiste FGTB, en particulier, vient d'émettre une proposition consistant à ajouter à tous les impôts et les cotisations que les contribuables paient déjà, une " contribution sociale généralisée " (CSG), sur le modèle français, pourtant très peu efficace.

Il s'agirait, pour le syndicat socialiste, de prélever une nouvelle cotisation, au taux de 2% sur tous les bénéfices des sociétés, sur tous les revenus professionnels excédant environ 3.000 euros par mois, sur les revenus mobiliers, les revenus immobiliers, le tout à l'exception des allocations sociales, mais y compris les rentes de pension des deuxième et troisième piliers. En somme, fidèle à son rôle de groupe de pression, le syndicat propose un second impôt sur le revenu, qui s'ajouterait au premier, tout en exonérant la plus grande partie de ses propres affiliés, qui gagnent essentiellement des revenus du travail inférieurs au plancher proposé, ou des allocations sociales.

Comme l'essentiel des dépenses provient des pensions, on pourrait envisager de faire beaucoup plus dépendre le niveau des retraites de l'âge à partir duquel elles sont prises.

Si l'on considère que la dernière tranche des revenus, qui concerne pratiquement tous les revenus professionnels qui seraient visés par cette CSG, est imposée en Belgique à 50%, soit en moyenne 54% si l'on tient compte des centimes additionnels communaux, cela porterait l'imposition de ces revenus du travail à 56%. Quant aux revenus mobiliers, ils subiraient un précompte de 32% au lieu de 30% tandis que les taux d'impôt des sociétés, déjà parmi les plus élevés d'Europe, ils deviendraient eux aussi franchement dissuasifs.

On se dira peut-être qu'au point où en sont les contribuables belges, un nouveau prélèvement de 2% peut paraître modeste. C'est oublier que, lorsqu'on propose un nouvel impôt, on affiche en général d'abord un " prix d'appel ", pour essayer de faire passer sa proposition. Ainsi, lorsque la CSG a été introduite en France, il y a une petite trentaine d'années, le taux était de 1,1% seulement. Par la suite, il fut allègrement multiplié, pour atteindre aujourd'hui les 9,2%, soit plus de huit fois plus...

On comprend bien sûr que le syndicat, comme tout le monde, veuille " faire payer les autres ". Il reste attaché, parce que beaucoup de ses adhérents en vivent, au système d'Etat providence, qui, pourtant, est pratiquement partout en perdition.

Si l'on veut que le système soit viable, il existe pourtant d'autres solutions. La plus ambitieuse serait de ramener la sécurité sociale à ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : un système d'assurance couvrant seulement les plus nécessiteux, et dans la mesure du minimum vital, le reste étant laissé au libre choix des assurés, qui pourraient se couvrir ou non au-delà de ce minimum, auprès d'entreprises privées, contre les différents risques de l'existence.

Comme l'essentiel des dépenses provient des pensions, on pourrait également envisager, avec l'espérance de vie qui s'allonge heureusement au fil des années, faire beaucoup plus dépendre le niveau des retraites de l'âge à partir duquel elles sont prises.

En clair, il faudrait inciter les futurs retraités à travailler plus longtemps pour gagner davantage. Aujourd'hui déjà, il n'y a plus assez d'actifs pour soutenir les régimes de retraite et d'autres allocations ; la logique est d'augmenter le nombre des actifs. Ce n'est évidemment pas en les surchargeant encore de cotisations supplémentaires qu'on y arrivera.