Le réal brésilien entraîne dans sa chute le cours du café, qui a atteint son plus bas niveau en 12 ans. Ce pays d'Amérique latine, premier producteur et exportateur mondial de café, voit s'intensifier la pression vendeuse sur les prix des futures (contrats à terme) à New York parallèlement à la plongée du réal, tandis que les Brésiliens sont appelés aux urnes dans le cadre d'élections présidentielles controversées (les 7 et 28 octobre).
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Le réal brésilien entraîne dans sa chute le cours du café, qui a atteint son plus bas niveau en 12 ans. Ce pays d'Amérique latine, premier producteur et exportateur mondial de café, voit s'intensifier la pression vendeuse sur les prix des futures (contrats à terme) à New York parallèlement à la plongée du réal, tandis que les Brésiliens sont appelés aux urnes dans le cadre d'élections présidentielles controversées (les 7 et 28 octobre). Outre la déroute des marchés émergents, le pessimisme des Brésiliens face à la poursuite des réformes budgétaires par un nouveau gouvernement et la perte de confiance des consommateurs ont pesé sur la devise nationale, qui a chuté de plus de 20 % depuis le début de l'année pour s'établir à 4,2 réals pour un dollar. Le cours du café arabica, le grain de qualité supérieure apprécié pour sa douceur et sa palette aromatique, a également baissé de plus de 20 %, fluctuant autour d'un dollar la livre au cours des dernières semaines. Le café et le réal brésilien ont toujours été étroitement liés car ce produit de base se négocie dans la devise américaine. Un réal plus bas encourage les agriculteurs et les exportateurs brésiliens à vendre plus de café et à maximiser leurs rendements. Les caféiculteurs brésiliens viennent d'engranger une récolte record qui fait son entrée sur les marchés internationaux. De nombreux spéculateurs et fonds spéculatifs, conscients du lien entre le café et le réal brésilien, achètent ou vendent du café en fonction des variations de la devise brésilienne. Le sucre, autre produit de base dont le Brésil est l'un des principaux exportateurs, est également corrélé à la monnaie. La faiblesse du réal et l'augmentation de la production dans d'autres grands pays producteurs comme l'Inde ont fait reculer le cours du sucre de 27 % depuis le début de l'année. " Les hedge funds se sont mis à vendre ce produit de base avec le recul du réal, déclare Carlos Mera, analyste chez Rabobank. Et ils ont continué à parier contre le café à mesure que la devise a poursuivi sa chute. Les net shorts, c'est-à-dire la différence entre les paris spéculatifs haussiers et baissiers, ont poursuivi leur progression l'année dernière et battent des records. Les investisseurs sur le marché du café devront surveiller les résultats des élections présidentielles, car celles-ci seront déterminantes pour le sort de la monnaie du pays. " En attendant l'issue des élections, le réal devrait rester volatil et pourrait fléchir davantage ", estime Ilya Gofshteyn, stratège macro chez Standard Chartered. Le réal pourrait chuter à 4,40 voire 4,50 pour un dollar si le candidat de la gauche brésilienne Fernando Haddad - successeur désigné de l'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva - ou un autre homme de gauche, Ciro Gomes, remporte le scrutin, ajoute Ilya Gofshteyn. Si le politicien d'extrême droite Jair Bolsonaro conserve son avance, le réal pourrait en revanche se renforcer, estime-t-il. " C'est binaire ", juge Alberto Ramos, spécialiste de l'économie latino-américaine chez Goldman Sachs. L'incertitude quant à l'impact du scrutin sur la monnaie est double, étant donné le peu de visibilité sur le vainqueur des élections et la volonté de celui-ci de mettre en oeuvre une réforme fiscale. Par Emiko Terazono.