"La politique commerciale de Donald Trump a apporté peu d'avantages tangibles à l'économie américaine tout en sapant le système commercial multilatéral, en déstabilisant les alliances avec les partenaires commerciaux des États-Unis et en créant un climat d'incertitude inédit", résume Eswar Prasad, professeur à Cornell University.

Le déficit commercial chronique des Etats-Unis, que Donald Trump avait promis de réduire, s'est creusé sous sa présidence - celui avec la Chine, sa cible privilégiée, a certes baissé, mais les importations depuis le Canada ou le Mexique se sont envolées. Les hausses des droits de douane ont "protégé les producteurs américains", selon Gianluca Orefice, professeur à l'université Paris-Dauphine. Mais elles ont aussi "augmenté les coûts de production" dans l'industrie, révélant la dépendance américaine à l'égard des fournisseurs chinois.

- Casser sans construire -

S'il n'a pas bouleversé la structure de l'économie américaine, Donald Trump a en revanche bousculé, pour longtemps, la diplomatie économique internationale. "Sa politique a été très préjudiciable à l'Europe, à l'Organisation mondiale du commerce, ce qui sera difficile à réparer", relève Edward Alden, expert au Council on Foreign relations.

"Donald Trump a montré qu'il était capable de casser, mais incapable de construire", confirme Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII). "Quand on voit ce qu'il a obtenu de la Chine, on est tenté de se dire: tout ça pour ça?".

La trêve conclue en janvier dans la guerre commerciale entre les deux géants laisse sans solution des points de friction majeurs, autour de la propriété intellectuelle et des transferts forcés de technologies. A force de "déclarations erratiques" et de "décisions unilatérales", les États-Unis sont désormais "perçus comme un partenaire commercial peu digne de confiance", ajoute Eswar Prasad.

Ce qui a conduit certains pays à les contourner pour conclure des accords commerciaux bilatéraux et régionaux. Par exemple dans la zone Asie-Pacifique, où la Chine s'emploie à fédérer autour d'un vaste accord de libre-échange, après que les Etats-Unis se sont retirés en 2017 d'un grand pacte commercial dans la région.

Le président américain, en homme d'affaires, cherche le "deal" ou le rapport de forces entre deux ou trois parties, et goûte peu les fastidieuses négociations multipartites. Ainsi dans ses rapports avec les Européens, Donald Trump a-t-il souvent ignoré la Commission européenne, en charge du commerce, préférant vitupérer contre les berlines allemandes, ou contre une taxe française sur les grands groupes tech.

- Rapport de forces -

Conséquence après quatre ans: "un affaiblissement du système commercial multilatéral (...) incarné par l'OMC, que les États-Unis ont contribué à mettre en place" avec l'ambition d'établir une règle du jeu universelle pour les échanges de biens et services, estime Eswar Prasad.

Au crédit du milliardaire américain, Edward Alden retient toutefois la "renégociation" de l'Alena (l'Accord de libre-échange nord-américain, avec le Canada et le Mexique). Pascal Lamy, ancien patron de cette institution, reconnaît à Donald Trump le mérite d'avoir "popularisé" la nécessité de réformer l'OMC, afin de faire accepter à la Chine "un durcissement des règles". Sébastien Jean estime, lui, que ses coups de boutoir "ont modifié le rapport de forces" avec Pékin.

Sous son influence, "l'Union européenne change elle-même son approche", comme le montre l'exemple du géant des télécoms Huawei, banni par Washington et désormais également par de nombreux pays européens.

Pour les Européens, une présidence Biden "signerait un retour à plus de courtoisie", souligne l'institut de réflexion européen Bruegel.

Mais "les différences entre Trump et Biden sur le commerce sont moins importantes que sur de nombreuses autres questions", juge Edward Alden.

Vicky Redwood, chercheuse à Capital Economics, souligne que la politique d'endiguement économique de la Chine, qui a commencé sous Barack Obama, fait l'objet d'un consensus bipartisan à Washington. Selon elle, Trump ou pas Trump, "la guerre commerciale était inévitable".

"La politique commerciale de Donald Trump a apporté peu d'avantages tangibles à l'économie américaine tout en sapant le système commercial multilatéral, en déstabilisant les alliances avec les partenaires commerciaux des États-Unis et en créant un climat d'incertitude inédit", résume Eswar Prasad, professeur à Cornell University.Le déficit commercial chronique des Etats-Unis, que Donald Trump avait promis de réduire, s'est creusé sous sa présidence - celui avec la Chine, sa cible privilégiée, a certes baissé, mais les importations depuis le Canada ou le Mexique se sont envolées. Les hausses des droits de douane ont "protégé les producteurs américains", selon Gianluca Orefice, professeur à l'université Paris-Dauphine. Mais elles ont aussi "augmenté les coûts de production" dans l'industrie, révélant la dépendance américaine à l'égard des fournisseurs chinois.- Casser sans construire -S'il n'a pas bouleversé la structure de l'économie américaine, Donald Trump a en revanche bousculé, pour longtemps, la diplomatie économique internationale. "Sa politique a été très préjudiciable à l'Europe, à l'Organisation mondiale du commerce, ce qui sera difficile à réparer", relève Edward Alden, expert au Council on Foreign relations. "Donald Trump a montré qu'il était capable de casser, mais incapable de construire", confirme Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII). "Quand on voit ce qu'il a obtenu de la Chine, on est tenté de se dire: tout ça pour ça?".La trêve conclue en janvier dans la guerre commerciale entre les deux géants laisse sans solution des points de friction majeurs, autour de la propriété intellectuelle et des transferts forcés de technologies. A force de "déclarations erratiques" et de "décisions unilatérales", les États-Unis sont désormais "perçus comme un partenaire commercial peu digne de confiance", ajoute Eswar Prasad. Ce qui a conduit certains pays à les contourner pour conclure des accords commerciaux bilatéraux et régionaux. Par exemple dans la zone Asie-Pacifique, où la Chine s'emploie à fédérer autour d'un vaste accord de libre-échange, après que les Etats-Unis se sont retirés en 2017 d'un grand pacte commercial dans la région.Le président américain, en homme d'affaires, cherche le "deal" ou le rapport de forces entre deux ou trois parties, et goûte peu les fastidieuses négociations multipartites. Ainsi dans ses rapports avec les Européens, Donald Trump a-t-il souvent ignoré la Commission européenne, en charge du commerce, préférant vitupérer contre les berlines allemandes, ou contre une taxe française sur les grands groupes tech.- Rapport de forces -Conséquence après quatre ans: "un affaiblissement du système commercial multilatéral (...) incarné par l'OMC, que les États-Unis ont contribué à mettre en place" avec l'ambition d'établir une règle du jeu universelle pour les échanges de biens et services, estime Eswar Prasad.Au crédit du milliardaire américain, Edward Alden retient toutefois la "renégociation" de l'Alena (l'Accord de libre-échange nord-américain, avec le Canada et le Mexique). Pascal Lamy, ancien patron de cette institution, reconnaît à Donald Trump le mérite d'avoir "popularisé" la nécessité de réformer l'OMC, afin de faire accepter à la Chine "un durcissement des règles". Sébastien Jean estime, lui, que ses coups de boutoir "ont modifié le rapport de forces" avec Pékin.Sous son influence, "l'Union européenne change elle-même son approche", comme le montre l'exemple du géant des télécoms Huawei, banni par Washington et désormais également par de nombreux pays européens. Pour les Européens, une présidence Biden "signerait un retour à plus de courtoisie", souligne l'institut de réflexion européen Bruegel. Mais "les différences entre Trump et Biden sur le commerce sont moins importantes que sur de nombreuses autres questions", juge Edward Alden.Vicky Redwood, chercheuse à Capital Economics, souligne que la politique d'endiguement économique de la Chine, qui a commencé sous Barack Obama, fait l'objet d'un consensus bipartisan à Washington. Selon elle, Trump ou pas Trump, "la guerre commerciale était inévitable".