Le cortège de la manifestation s'est élancé sur le coup de 11h00 depuis le siège de la Confédération européenne des syndicats, situé à proximité de la gare du Nord à Bruxelles, en direction du Boulevard de l'Empereur et du Mont des Arts. La manifestation a pris fin vers 12h30, à l'issue des deux discours et les manifestants se sont séparés dans le calme. Si la manifestation était bruyante, avec beaucoup de pétards, elle s'est déroulée sans incident, selon Ilse Van de Keere, porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles.

Les syndicats ont aussi manifesté contre les factures d'énergie élevées, les attaques contre l'indexation des salaires et la criminalisation des actions syndicales. Les militants entendent ainsi dénoncer notamment la condamnation de 17 syndicalistes, dont le président de la FGTB Thierry Bodson, pour avoir bloqué un viaduc sur l'E40 à Liège il y a cinq ans.

"Il n'y a pas de démocratie sans contre-pouvoir", a martelé lundi le président de la FGTB, Thierry Bodson, à l'occasion de cette manifestation nationale. Devant une foule de plusieurs centaines de manifestants, les responsables des deux organisations ont rappelé leur attachement aux droits syndicaux. "Aujourd'hui, il s'agit d'une grève pour le droit de faire grève. La façon dont les choses se passent me rappelle la petite phrase 'je ne suis pas raciste mais...' La FEB (Fédération des entreprises des Belgique) n'est pas contre le droit de grève mais...", a illustré Thierry Bodson.

"Il n'y a pas de démocratie sans contre-pouvoir"

"A Liège, des gilets jaunes qui étaient en train de réfléchir sur les réseaux sociaux à une éventuelle action de blocage d'un site de stockage pétrolier ont reçu une ordonnance les interdisant d'approcher du site, avant même qu'ils aient fait quoi que ce soit", s'est offusqué le président de la FGTB.

Pour rappel, l'intéressé a récemment été condamné, avec une quinzaine d'autres militants, pour entrave méchante à la circulation après avoir bloqué le viaduc de Cheratte, près de Liège, sur l'autoroute E40 en octobre 2015.

"Si on touche à l'indexation automatique, ce serait une véritable déclaration de guerre!"

Thierry Bodson, président de la FGTB

"Qu'en sera-t-il des agriculteurs qui mènent des blocages avec leurs tracteurs, des jeunes qui se mobilisent pour le climat ? Le fonctionnement d'une démocratie, ce n'est pas qu'aller voter tous les cinq ans", a-t-il fustigé.

Au niveau des salaires et du pouvoir d'achat, Thierry Bodson a demandé "une augmentation des salaires en brut et une augmentation des allocations, avec la suppression du statut de cohabitant légal."

Il a également insisté sur l'importance de l'indexation automatique. "Si on touche à l'indexation automatique, ce serait une véritable déclaration de guerre!" La secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska a, elle aussi, rappelé que les "droits syndicaux doivent être garantis en droit mais aussi en pratique".

Thierry Bodson, président de la FGTB., BELGA
Thierry Bodson, président de la FGTB. © BELGA

"Négocier collectivement suppose de pouvoir établir un rapport de force via des grèves et des manifestations. Sans cela, il n'y a que des supplications collectives." Opposée, comme la FGTB, à la loi sur la norme salariale, la responsable du syndicat chrétien considère que celle-ci contribue à "refuser aux travailleurs la reconnaissance de ce qu'ils apportent à leur entreprise."

Parmi les fédérations patronales visées, celle des titres-services a été mentionnée par les deux présidents. "Il est indécent que la fédération patronale des titres-services bloque aujourd'hui totalement les négociations sur le salaire", a déploré la secrétaire générale de la CSC.

"Je suis là car on voit que tout augmente, sauf nos salaires", a confié à Belga, Abygaelle, une manifestante et travailleuse des titres-services à Charleroi. "Je travaille pour 12,30 euros de l'heure et j'ai déjà atteint mon maximum. C'est trop peu pour vivre décemment, surtout qu'il y a très peu de temps-plein disponibles dans mon secteur." Gilberte, une retraitée carolo de 68 ans, issue du même secteur, était venue "soutenir les jeunes et montrer que les retraités subissent les mêmes choses que les actifs." Après 33 ans d'une carrière débutée à 16 ans, sa retraite de 1.200 euros l'oblige "à surveiller de près sa consommation de gaz et électricité".

"Je travaille pour 12,30 euros de l'heure et j'ai déjà atteint mon maximum. C'est trop peu pour vivre décemment, surtout qu'il y a très peu de temps-plein disponibles dans mon secteur."

Abygaelle, travailleuse des titres-services

"Totalement irresponsable" (FEB)

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) estime, de son côté, qu'il est "totalement irresponsable de réunir autant de monde en pleine quatrième vague de coronavirus, alors que les mesures sanitaires ont précisément pour objectif de réduire les contacts entre les personnes."

La Feb dit ne pas comprendre l'action menée par les syndicats : "À l'heure où nous sommes confrontés à une poussée d'inflation sans précédent et à une quatrième vague de la pandémie de coronavirus, nous ne comprenons pas que les syndicats choisissent d'organiser une manifestation de masse et de repartir en guerre contre la norme salariale qui protège notre compétitivité et nos emplois. La mise à l'arrêt du pays par des actions et des manifestations ne fait que compliquer la reprise économique et n'aide personne", laisse-t-elle entendre par voie de communiqué. La FEB dit respecter l'autonomie syndicale d'organiser des actions collectives, ainsi que la liberté d'association et d'expression qui s'applique à tous les citoyens et organisations. L'organisation d'employeurs souligne toutefois, sur la base de la jurisprudence et des accords (inter)nationaux, que le droit de grève n'est pas absolu. "Aucun droit n'est d'ailleurs absolu".

BELGA
© BELGA

Cette manifestation, "dans les circonstances actuelles, c'est ignorer complètement la réalité", déplore la FEB. " Les dernières décennies ont clairement montré que la combinaison de taux d'inflation élevés et du système d'indexation automatique des salaires constitue un cocktail particulièrement explosif. Après 1974 (crise pétrolière), 1982 (dévaluation), 1996 (loi sur la norme salariale) et 2008-2010 (crise financière), nous nous trouvons à nouveau aujourd'hui dans une situation dangereuse où la spirale auto-renforcée et néfaste salaires-prix (une forte inflation entraîne une forte indexation des salaires, qui entraîne à son tour une inflation plus élevée, et ainsi de suite) menace d'apparaître."

Si les syndicats veulent mettre fin à la norme salariale et préfèrent des négociations salariales totalement libres, les employeurs n'y voient aucune objection.

FEB

La FEB tient à rappeler qu'elle a appelé la semaine dernière les partenaires sociaux et le gouvernement à examiner à court terme les mesures possibles pour briser cette spirale infernale salaires-prix et à voir quels mécanismes d'ajustement provisoires peuvent être utilisés, comme le prévoit la loi de 1996. "Notre réponse à ces actions syndicales est très claire. Elles sont totalement injustifiées en termes de timing et leur message nie les problèmes. Si les syndicats veulent mettre fin à la norme salariale et préfèrent des négociations salariales totalement libres, les employeurs n'y voient aucune objection. Il faut donc choisir entre la loi sur la norme salariale et l'indexation ou pas de loi sur la norme salariale et pas d'indexation non plus. Au lieu de nier les problèmes et de les reporter comme par le passé, nous appelons les syndicats à engager un dialogue afin d'éviter une crise de compétitivité. Mieux vaut prévenir que guérir", conclut Pieter Timmermans, CEO de la FEB, dans son communiqué.

Voka, le réseau d'entreprises flamand, a également réagi en rappelant la "forte pression" à laquelle sont "soumises les entreprises en raison des quarantaines liées à la pandémie et de la forte indexation des salaires qui s'annonce". "Grâce à notre indexation automatique, unique au monde, nous essayons de protéger les salariés et les bénéficiaires d'allocations contre les chocs de prix externes. Mais bien sûr, ces chocs de prix ne disparaissent pas pour autant, mais sont principalement supportés par les entreprises. Si la pression sur les entreprises devient trop forte, cela a un effet néfaste sur l'emploi et les investissements."

Ecolo soutient les revendications

Côté politique, le groupe fédéral Ecolo dit entendre et soutenir ces revendications. Pour Ecolo, la liberté d'action collective et de négociation dans de bonnes conditions est primordiale car elle permet une meilleure répartition des richesses produites. Sur le fond du dossier, la députée fédérale Ecolo, Cécile Cornet, rappelle que même s'il faut aller encore un pas plus loin pour le pouvoir d'achat, la Vivaldi a pris des mesures pour diminuer la facture énergétique des ménage et augmenter le salaire minimum.

"Outre cela, l'indexation des salaires est un socle sur lequel la concertation sociale repose et qui ne peut en aucun cas être remise en question", précise Cécile Cornet. Concernant la loi de '96, la députée fédérale rappelle la volonté d'Ecolo de réformer celle-ci. Parmi les propositions émises : l'intégration d'autres éléments que le salaire dans la notion de compétitivité, le changement du mode de calcul de celui-ci (aides à l'emploi, marge de sécurité,...) tout en veillant à la solidarité entre les travailleurs.

Le cortège de la manifestation s'est élancé sur le coup de 11h00 depuis le siège de la Confédération européenne des syndicats, situé à proximité de la gare du Nord à Bruxelles, en direction du Boulevard de l'Empereur et du Mont des Arts. La manifestation a pris fin vers 12h30, à l'issue des deux discours et les manifestants se sont séparés dans le calme. Si la manifestation était bruyante, avec beaucoup de pétards, elle s'est déroulée sans incident, selon Ilse Van de Keere, porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles.Les syndicats ont aussi manifesté contre les factures d'énergie élevées, les attaques contre l'indexation des salaires et la criminalisation des actions syndicales. Les militants entendent ainsi dénoncer notamment la condamnation de 17 syndicalistes, dont le président de la FGTB Thierry Bodson, pour avoir bloqué un viaduc sur l'E40 à Liège il y a cinq ans."Il n'y a pas de démocratie sans contre-pouvoir", a martelé lundi le président de la FGTB, Thierry Bodson, à l'occasion de cette manifestation nationale. Devant une foule de plusieurs centaines de manifestants, les responsables des deux organisations ont rappelé leur attachement aux droits syndicaux. "Aujourd'hui, il s'agit d'une grève pour le droit de faire grève. La façon dont les choses se passent me rappelle la petite phrase 'je ne suis pas raciste mais...' La FEB (Fédération des entreprises des Belgique) n'est pas contre le droit de grève mais...", a illustré Thierry Bodson."A Liège, des gilets jaunes qui étaient en train de réfléchir sur les réseaux sociaux à une éventuelle action de blocage d'un site de stockage pétrolier ont reçu une ordonnance les interdisant d'approcher du site, avant même qu'ils aient fait quoi que ce soit", s'est offusqué le président de la FGTB. Pour rappel, l'intéressé a récemment été condamné, avec une quinzaine d'autres militants, pour entrave méchante à la circulation après avoir bloqué le viaduc de Cheratte, près de Liège, sur l'autoroute E40 en octobre 2015. "Qu'en sera-t-il des agriculteurs qui mènent des blocages avec leurs tracteurs, des jeunes qui se mobilisent pour le climat ? Le fonctionnement d'une démocratie, ce n'est pas qu'aller voter tous les cinq ans", a-t-il fustigé. Au niveau des salaires et du pouvoir d'achat, Thierry Bodson a demandé "une augmentation des salaires en brut et une augmentation des allocations, avec la suppression du statut de cohabitant légal." Il a également insisté sur l'importance de l'indexation automatique. "Si on touche à l'indexation automatique, ce serait une véritable déclaration de guerre!" La secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska a, elle aussi, rappelé que les "droits syndicaux doivent être garantis en droit mais aussi en pratique"."Négocier collectivement suppose de pouvoir établir un rapport de force via des grèves et des manifestations. Sans cela, il n'y a que des supplications collectives." Opposée, comme la FGTB, à la loi sur la norme salariale, la responsable du syndicat chrétien considère que celle-ci contribue à "refuser aux travailleurs la reconnaissance de ce qu'ils apportent à leur entreprise."Parmi les fédérations patronales visées, celle des titres-services a été mentionnée par les deux présidents. "Il est indécent que la fédération patronale des titres-services bloque aujourd'hui totalement les négociations sur le salaire", a déploré la secrétaire générale de la CSC. "Je suis là car on voit que tout augmente, sauf nos salaires", a confié à Belga, Abygaelle, une manifestante et travailleuse des titres-services à Charleroi. "Je travaille pour 12,30 euros de l'heure et j'ai déjà atteint mon maximum. C'est trop peu pour vivre décemment, surtout qu'il y a très peu de temps-plein disponibles dans mon secteur." Gilberte, une retraitée carolo de 68 ans, issue du même secteur, était venue "soutenir les jeunes et montrer que les retraités subissent les mêmes choses que les actifs." Après 33 ans d'une carrière débutée à 16 ans, sa retraite de 1.200 euros l'oblige "à surveiller de près sa consommation de gaz et électricité".La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) estime, de son côté, qu'il est "totalement irresponsable de réunir autant de monde en pleine quatrième vague de coronavirus, alors que les mesures sanitaires ont précisément pour objectif de réduire les contacts entre les personnes."La Feb dit ne pas comprendre l'action menée par les syndicats : "À l'heure où nous sommes confrontés à une poussée d'inflation sans précédent et à une quatrième vague de la pandémie de coronavirus, nous ne comprenons pas que les syndicats choisissent d'organiser une manifestation de masse et de repartir en guerre contre la norme salariale qui protège notre compétitivité et nos emplois. La mise à l'arrêt du pays par des actions et des manifestations ne fait que compliquer la reprise économique et n'aide personne", laisse-t-elle entendre par voie de communiqué. La FEB dit respecter l'autonomie syndicale d'organiser des actions collectives, ainsi que la liberté d'association et d'expression qui s'applique à tous les citoyens et organisations. L'organisation d'employeurs souligne toutefois, sur la base de la jurisprudence et des accords (inter)nationaux, que le droit de grève n'est pas absolu. "Aucun droit n'est d'ailleurs absolu". Cette manifestation, "dans les circonstances actuelles, c'est ignorer complètement la réalité", déplore la FEB. " Les dernières décennies ont clairement montré que la combinaison de taux d'inflation élevés et du système d'indexation automatique des salaires constitue un cocktail particulièrement explosif. Après 1974 (crise pétrolière), 1982 (dévaluation), 1996 (loi sur la norme salariale) et 2008-2010 (crise financière), nous nous trouvons à nouveau aujourd'hui dans une situation dangereuse où la spirale auto-renforcée et néfaste salaires-prix (une forte inflation entraîne une forte indexation des salaires, qui entraîne à son tour une inflation plus élevée, et ainsi de suite) menace d'apparaître." La FEB tient à rappeler qu'elle a appelé la semaine dernière les partenaires sociaux et le gouvernement à examiner à court terme les mesures possibles pour briser cette spirale infernale salaires-prix et à voir quels mécanismes d'ajustement provisoires peuvent être utilisés, comme le prévoit la loi de 1996. "Notre réponse à ces actions syndicales est très claire. Elles sont totalement injustifiées en termes de timing et leur message nie les problèmes. Si les syndicats veulent mettre fin à la norme salariale et préfèrent des négociations salariales totalement libres, les employeurs n'y voient aucune objection. Il faut donc choisir entre la loi sur la norme salariale et l'indexation ou pas de loi sur la norme salariale et pas d'indexation non plus. Au lieu de nier les problèmes et de les reporter comme par le passé, nous appelons les syndicats à engager un dialogue afin d'éviter une crise de compétitivité. Mieux vaut prévenir que guérir", conclut Pieter Timmermans, CEO de la FEB, dans son communiqué.Voka, le réseau d'entreprises flamand, a également réagi en rappelant la "forte pression" à laquelle sont "soumises les entreprises en raison des quarantaines liées à la pandémie et de la forte indexation des salaires qui s'annonce". "Grâce à notre indexation automatique, unique au monde, nous essayons de protéger les salariés et les bénéficiaires d'allocations contre les chocs de prix externes. Mais bien sûr, ces chocs de prix ne disparaissent pas pour autant, mais sont principalement supportés par les entreprises. Si la pression sur les entreprises devient trop forte, cela a un effet néfaste sur l'emploi et les investissements." Côté politique, le groupe fédéral Ecolo dit entendre et soutenir ces revendications. Pour Ecolo, la liberté d'action collective et de négociation dans de bonnes conditions est primordiale car elle permet une meilleure répartition des richesses produites. Sur le fond du dossier, la députée fédérale Ecolo, Cécile Cornet, rappelle que même s'il faut aller encore un pas plus loin pour le pouvoir d'achat, la Vivaldi a pris des mesures pour diminuer la facture énergétique des ménage et augmenter le salaire minimum."Outre cela, l'indexation des salaires est un socle sur lequel la concertation sociale repose et qui ne peut en aucun cas être remise en question", précise Cécile Cornet. Concernant la loi de '96, la députée fédérale rappelle la volonté d'Ecolo de réformer celle-ci. Parmi les propositions émises : l'intégration d'autres éléments que le salaire dans la notion de compétitivité, le changement du mode de calcul de celui-ci (aides à l'emploi, marge de sécurité,...) tout en veillant à la solidarité entre les travailleurs.