Pendant 50 ans, le sucre européen a vécu sous le régime des quotas. Des quotas de plus en plus réduits et qui ont conduit à une forte rationalisation du secteur. En Belgique, six sucreries ont fermé ces 10 dernières années et il n'en subsiste désormais plus que trois. Mais l'Europe a décidé de libéraliser cette activité et les quotas ont officiellement disparu lors de la campagne sucrière de 2017.
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Pendant 50 ans, le sucre européen a vécu sous le régime des quotas. Des quotas de plus en plus réduits et qui ont conduit à une forte rationalisation du secteur. En Belgique, six sucreries ont fermé ces 10 dernières années et il n'en subsiste désormais plus que trois. Mais l'Europe a décidé de libéraliser cette activité et les quotas ont officiellement disparu lors de la campagne sucrière de 2017. Cela a donné des idées à quelques producteurs betteraviers. Lors de la Foire agricole de Libramont 2016, ils ont imaginé créer leur propre usine. Ils ont approfondi la chose avec l'aide du bureau de conseil Innovity et ont décidé de passer à l'action. Une quatrième sucrerie belge devrait bientôt voir le jour, sur un terrain de 25 ha à Feluy. Un événement, car on n'avait plus construit de sucrerie en Europe depuis... 1993 et la sucrerie de Fontenoy, près de Tournai. L'entreprise s'organisera sous la forme d'une coopérative dans laquelle 1.800 agriculteurs se sont déjà déclarés prêts à investir. " La formule étonne mais elle est très courante dans ce secteur, précise Jean- François Gosse, managing director d'Innovity. Plus de 25 % du sucre européen est fabriqué par des coopératives pures, et si on ajoute les coopératives mixtes - avec des partenaires divers, y compris sur les marchés boursiers -, on atteint les deux tiers de la production européenne. " A Feluy, on opte pour la formule mixte : les producteurs-coopérateurs apporteraient 55 millions, la SRIW (bras financier de la Wallonie) 30 millions et d'autres partenaires - stratégiques plutôt que financiers - 15 millions. Cela nous fait un capital de 100 millions d'euros, pour un investissement total estimé à 330 millions. Séduit par le projet, le ministre wallon de l'Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR), a promis 7,6 millions en prime à l'investissement et 5 autres millions pourraient venir via les départements de l'Agriculture et de l'Energie. Pour le solde, la coopérative aura recours à l'emprunt auprès de la Banque européenne d'investissement et des grands acteurs belges. L'objectif est de débuter les travaux en 2019 afin que la sucrerie soit opérationnelle pour la campagne sucrière 2021-2022. L'usine devrait occuper une petite centaine de personnes. Quelle rentabilité peut-elle trouver, face à des concurrents qui ont amorti leurs installations depuis longtemps ? La question se pose d'autant plus que les prix ont chuté avec la fin des quotas. Les coopérateurs misent sur la modernité de leur outil, plus productif, moins énergivore et offrant une meilleure valorisation de la pulpe de betterave. " L'usine n'a pas vocation à accumuler des profits mais à fournir une rémunération équitable aux producteurs ", ajoute Jean-François Gosse. Il est par ailleurs convaincu qu'elle ne nuira pas à la rentabilité des sucreries existantes en Belgique, que les betteraviers wallons ont d'ailleurs bien l'intention de continuer à approvisionner. " Nos terres agricoles offrent les meilleurs rendements en Europe pour la betterave sucrière, poursuit le patron d'Innovity. Nous invitons à planter plus de betteraves. Mais sans gigantisme non plus : notre ambition se limite à remobiliser la moitié des cultures betteravières abandonnées depuis 2000 du fait de la diminution des quotas. " L'usine de Feluy sera de taille moyenne avec une production envisagée de 260.000 t/an, soit environ un quart de la production actuelle en Belgique.