Les chiffres donnent le vertige: le PIB des Etats-Unis, publié jeudi, a chuté de 32,9% au deuxième trimestre, en rythme annualisé, marquant l'entrée officielle de la première économie mondiale en récession.
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Les chiffres donnent le vertige: le PIB des Etats-Unis, publié jeudi, a chuté de 32,9% au deuxième trimestre, en rythme annualisé, marquant l'entrée officielle de la première économie mondiale en récession.L'Allemagne, première économie européenne, a dévoilé un plongeon historique de 10,1% de son PIB au deuxième trimestre et le Mexique une chute de 17,3%, la plus forte de son histoire. Attention toutefois à ne pas comparer hâtivement: l'évolution américaine en rythme annualisé compare le PIB à celui du trimestre précédent, et projette l'évolution sur l'année entière à ce rythme, ce qui tend à amplifier les variations. Par rapport au deuxième trimestre 2019, la baisse est de 9,5%."Le PIB est le rétroviseur, il nous indique le creux de la vague, le trou noir de la crise", déclare à l'AFP Ludovic Subran, chef économiste d'Allianz.Outre la lourde récession américaine, les nouvelles demandes hebdomadaires d'allocations chômage ont augmenté à 1,43 million la semaine dernière dans le pays.Côté entreprises, la rafale de résultats financiers publiés jeudi faisait tanguer les marchés boursiers et pétroliers mondiaux, Paris lâchant à la clôture 2,13%, Francfort 3,45% et Londres 2,31%. Wall Street présentait des indices plus contrastés à la mi-séance.Les représentantes de la "vieille économie" - industrielle, gourmande en énergie, dépendante des échanges marchands physiques - ressortent ébranlées, alors que les mastodontes américains de le tech (Apple, Alphabet, Facebook et Amazon) doivent dévoiler dans quelques heures leurs propres bilans.Derniers grands groupes français à avoir publié leurs comptes en fin de journée jeudi, L'Oréal, Lagardère et Saint-Gobain ont affiché respectivement une dégringolade du bénéfice net de 21,7% et des pertes nettes de 481 millions d'euros et 434 millions d'euros, des malheurs en bonne partie liés à la pandémie.- "Sans précédent" -Un peu plus tôt, les compagnies pétrolières ont révisé à la baisse la valeur de leurs actifs, pour cause d'effondrement des cours du brut et de la demande. Avec pour conséquence des pertes abyssales au deuxième trimestre, de 8,4 milliards de dollars pour Total, de 18,1 milliards de dollars pour l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell.L'aéronautique paye également un tribut écrasant à la crise.L'avionneur européen Airbus a accusé une perte nette de 1,9 milliard d'euros au premier semestre. Son grand rival Boeing a perdu 2,4 milliards de dollars au deuxième trimestre. Air France-KLM a de son côté déploré 2,6 milliards d'euros de pertes au deuxième trimestre.L'industrie automobile a aussi calé. Le constructeur français Renault a subi au premier semestre la perte nette la plus lourde de son histoire, 7,3 milliards d'euros, plombé par son partenaire japonais Nissan et des dépréciations d'actifs. L'allemand Volkswagen a, lui, annoncé une perte avant impôts de 1,4 milliard d'euros au premier semestre.Côté ferroviaire, la SNCF a subi une perte de 2,4 milliards d'euros tandis que l'allemande Deutsche Bahn connait la pire crise de son histoire avec une perte de 3,7 milliards."La situation est sans précédent, elle n'est pas sans appel", a tempéré le directeur général de Renault Luca de Meo. Mais la normalisation sera lente, et l'automobile comme le transport aérien, portés à bout de bras par les Etats, sont confrontés aux préoccupations environnementales accrues.- "Crise darwinienne" -Dans l'industrie, des poids lourds ont également livré des bilans moroses: le sidérurgiste ArcelorMittal a enregistré une perte nette de 559 millions de dollars au deuxième trimestre. L'agroalimentaire résistait un peu mieux. Le géant suisse Nestlé a publié un bénéfice net semestriel en hausse de 18,3%.Dans la tech, le sud-coréen Samsung, leader mondial des téléphones portables et des cartes mémoires, a vu son bénéfice net trimestriel bondir de 7,3%.D'autres entreprises s'en sortaient, à l'instar du groupe de messageries américain UPS, profitant de la hausse du nombre de colis commandés, ou Procter & Gamble, capitalisant sur la demande accrue pour les produits de nettoyage."Cette crise est très darwinienne, elle affecte les pays et secteurs très différemment", avec un impact "à double détente", avertit M. Subran. Après le premier choc sur l'activité, "des secteurs déjà fragilisés en termes de rentabilité vont avoir à s'ajuster à un changement d'environnement plus lent".Cependant, "cette crise a révélé de vrais relais de croissance: l'économie de la connaissance et du savoir, l'économie digitale" et la vente en ligne mais "on parle de quelques entreprises", nuance l'économiste.