Rejoindre l'atoll de Tetiaroa, 13 îlots de sable et de corail, relève déjà de l'exploit. Les gros bateaux ne franchissent pas le chenal étriqué creusé dans la barrière de corail, et les marchandises doivent être transbordées sur des petites embarcations qui doivent profiter d'une grosse vague pour s'engager dans la brèche. En tahitien, l'endroit s'appelle " qui se tient à distance ". Il faut donc s'y rendre en avion, un Britten-Norman bimoteurs Rolls Royce cinq places - et c'est une chance car le survol de 20 minutes depuis Tahiti est un premier régal. La descente sur le motu Onetahi figure aisément la fascination de l'acteur pour ces paysages au milieu desquels il a vécu deux décennies. On a beau venir de Bora-Bora, qui honore toujours son surnom de Perle du Pacifique, la descente sur la carte postale qu'on croirait retouchée est bluffante. A travers les eaux translucides, nuancées du bleu saphir au turquoise en passant par toute la palette azuréenne, on aperçoit requins, dauphins, raies et toute une pêche durable et miraculeuse puisque les eaux polynésiennes sont parmi les plus propres du monde. Plus tard, en bordure de la frange coralienne, masque et tuba offrent de frayer avec les plus exotiques espèces d'une exceptionnelle biodiversité marine.
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Rejoindre l'atoll de Tetiaroa, 13 îlots de sable et de corail, relève déjà de l'exploit. Les gros bateaux ne franchissent pas le chenal étriqué creusé dans la barrière de corail, et les marchandises doivent être transbordées sur des petites embarcations qui doivent profiter d'une grosse vague pour s'engager dans la brèche. En tahitien, l'endroit s'appelle " qui se tient à distance ". Il faut donc s'y rendre en avion, un Britten-Norman bimoteurs Rolls Royce cinq places - et c'est une chance car le survol de 20 minutes depuis Tahiti est un premier régal. La descente sur le motu Onetahi figure aisément la fascination de l'acteur pour ces paysages au milieu desquels il a vécu deux décennies. On a beau venir de Bora-Bora, qui honore toujours son surnom de Perle du Pacifique, la descente sur la carte postale qu'on croirait retouchée est bluffante. A travers les eaux translucides, nuancées du bleu saphir au turquoise en passant par toute la palette azuréenne, on aperçoit requins, dauphins, raies et toute une pêche durable et miraculeuse puisque les eaux polynésiennes sont parmi les plus propres du monde. Plus tard, en bordure de la frange coralienne, masque et tuba offrent de frayer avec les plus exotiques espèces d'une exceptionnelle biodiversité marine. Une fois prisonniers divins du lagon, on comprend pourquoi Pomaré V, le dernier roi de Tahiti, a choisi cet îlet pour résidence secondaire. Les chefs de tribus et leurs femmes s'adonnaient à des cures de ha'aporia, blanchiment de peau et engraissement. Onetahi était alors appelée " île de la transgression " car les nombreux tabous constitutifs de la société polynésienne y étaient largement bafoués. Pourtant, la visite du motu, proposée une fois les bagages posés dans une villa dont la piscine privée s'efface sur la lagune, prend très vite des allures d'échappée en terre inconnue. Le guide Tihani ravive avec enthousiasme la culture polynésienne - et c'est nécessaire car, à part aux Marquises et aux Tuamotu, elle est l'une des plus atrophiées d'Océanie, disparue à 95 %. " L'atoll est devenu un centre d'études et de référence pour les universités du monde entier, explique notre guide Thierry. On y croise des écologistes, des ingénieurs marins, des spécialistes en acidification des océans. Cette façon de protéger l'environnement rejoint notre culture : la nature est notre souffle vital. " Le jeune homme touche son coeur quand il parle du mana - l'âme polynésienne qui traverse l'univers. Il sent ses vibrations rien qu'en cueillant un taro, ce tubercule endémique qu'on retrouve dans le ragoût, en salade, frit ou gratiné, ou lorsqu'il arrache une racine de kava dont l'infusion rend, disons, euphorique. Car l'art culinaire raconte aussi l'histoire des peuples. La diète polynésienne est fameuse. " Poisson pour le phosphore et l'oméga 3, détaille Thierry. Taro pour l'énergie. Coco et banane pour le calcium. Cochon, chien et poulet pour les protéines. Les colonisateurs et les missionnaires avaient très peur car nous étions très grands et très forts ! " Tandis qu'on traverse un ancien village construit sur le corail brisé, notre guide nous conte le " Las Vegas polynésien " du temps des rois. Mais aussi les rites, la façon de manger, l'endroit où marcher, comment bien composer avec la nature et respecter les tabous. Puis, comment les légendes et la langue ont survécu aux missionnaires qui interdisaient de parler tahitien et étouffaient toute manifestation culturelle locale. Entre une forêt de mangrove et une futaie de cocotiers, il se fait scientifique, passionné par les modes de dispersion des végétaux qui fabriquent nos écosystèmes. Apiculteur pour expliquer combien l'absence de nuisance permet aux abeilles de polliniser pacifiquement, au point qu'on rentre dans les ruches sans protection pour récolter un miel d'une qualité exceptionnelle. Puis il démontre en temps réel l'art du tissage des feuilles de pandanus dont il est le champion de l'archipel de la Société. Le lendemain, Thierry tente de faire encore mieux en nous embarquant dans son Ultimate Tour. Tahuna Iti, l'île aux oiseaux, évoque un Jurrasic Park. Cris rauques, chants mélodieux, trilles lancinantes ou sifflements aigus que notre guide trie jusqu'à nous brosser la carte ornithologique complète des îles du Vent. Sanctuaire de centaines d'espèces indigènes, le motu cache aussi des ruines de marae (temples) sous sa dense végétation. D'un îlot à l'autre, Thierry marche sur la pointe des pieds, soulève chaque branchage, regarde sous les souches, scrute le sommet des arbres. Nous l'imitons, devenons explorateurs d'un biotope originel - le mana inspiré de Tuhani en plus. Nous repérons des nids enfouis dans le sable, croisons des crabes cocotiers dont les pinces géantes brisent aisément les noix. Les autres îlets ne sont accessibles que sous condition et avec un guide. Vierges de pollution et de prédateur, ils accueillent la plus grande variété de tortues marines au monde et dissimulent, sous des lianes et des palmiers auxquels on ne touche pas, des vestiges archéologiques, tikis et sites réservés au culte. Le sentiment de frôler un territoire sacré est entretenu par les légendes rapportées par les guides. Car le paradis selon Brando est surtout un espace voué à la nature. La privacité organisée de l'île et le service en villa rendent possible un séjour sans croiser un autre humain, sauf à rejoindre les quelques espaces communs et manifester sa volonté de rencontrer les artisans de ce jardin des délices. Côté cuisine, c'est le chef Guy Martin (Grand Véfour, restaurant tri-étoilé à Paris) qui inspire la cuisine de Bertrand Jeanson qu'on peut déguster à toute heure - pas d'horaire au paradis. L'homme n'hésite pas à importer quelques produits de la métropole qu'il associe aux éléments du cru pour offrir une gastronomie de luxe d'autant plus appréciée qu'elle est all inclusive, comme la carte des vins. D'ailleurs, ici, on dit plutôt all exclusive, en impliquant les services d'un majordome et d'un personnel aussi charmant que discret, un soin quotidien au spa niché dans les arbres, des cours de pilates ou de yoga, des tours de lagon et des parties de pêche (on relâche la prise, bien entendu) en yacht ou en pirogue à balancier. Car le vrai défi du projet The Brando, après avoir affronté le scepticisme des écologistes qui ont dénoncé les fosses où l'acteur enfouissait ses déchets, c'est celui du challenge énergétique posé par la star. Marlon rêvait d'un royaume autosuffisant, non polluant, qui respecte une nature répertoriée jusqu'à la mauvaise herbe, refusait de couper un seul arbre et planchait sur un système de climatisation alimenté par l'eau de mer. Il avait déjà bâti son hôtel, 14 minuscules farés sans climatisation ni électricité et invité des scientifiques à étudier la faune et la flore sur terre et sur mer. En ajoutant confort et raffinement à ces ambitions environnementales, Beachcomber, spécialiste de l'hôtellerie de luxe dans le Pacifique, rallie tous ceux qui croient en l'intelligente association du luxe et de l'écologie, déjà clients du North Island aux Seychelles ou des établissements Soneva en Asie, fleurons du concept. Difficile, en effet, de nos jours, de vendre une destination privilégiée dans un environnement non préservé. Deux mille quatre cents panneaux solaires le long de la piste d'atterrissage et une petite unité de transformation d'huile de coprah en support couvrent toute la demande en énergie. Une station d'épuration d'eau et une autre de désalinisation assurent l'alimentation potable et utilitaire. La récupération et le recyclage de tous les déchets liquides et solides sont associés à l'utilisation quasi exclusive des matériaux locaux. Enfin, l'idée de Brando d'aller chercher l'eau froide au fond de la mer - testée à l'Intercontinental de Bora-Bora qui s'associe à cette croisade écologique - est devenue une réalité. Le SWAC (Sea Water Air Conditioning) siphonne l'eau à 4 °C à 930 m de profondeur et alimente toute la climatisation - jusque dans le village du staff où chaque employé possède son propre studio. Alban, le coordinateur en développement durable chargé de calculer et limiter les déchets du resort, emmène volontiers les clients derrière les décors de ce luxueux refuge naturel - une façon d'interpeller leur fibre environnementale. Deux associations chargées des activités de recherche scientifique, de préservation et d'éducation, la Tetiaroa Society et la Te Mana O Te Moana (L'esprit de l'océan), sont garantes de ce refuge écologique. Une quinzaine de scientifiques et techniciens résident en permanence sur l'atoll, envoyés par les universités et instituts de recherche du monde entier. Etude du corail, des courants, impact du changement climatique sur la faune et la flore, programmes pédagogiques, formation de guides naturalistes. Mais le plus perceptible pour le touriste, c'est l'objectif atteint d'éradication des moustiques porteurs de la dengue, du Zika ou du chikungunya via un lâcher d'insectes mâles biologiquement stérilisés en laboratoire. Brando avait peur de modifier ce paradis dont il était devenu le propriétaire mais, déjà, le problème des moustiques le hantait.Evidemment, les 35 villas, érigées sans solvant, couvertes de palmes de pandanus et cachées dans les filaos, devant lesquelles pirogues et personnel discret assument tous les désirs marins et terrestres, n'ont plus rien à voir avec les paillotes des années 1970. Aujourd'hui, les stars continuent de rechercher l'expérience et la nature à l'état brut, mais sans renier le confort et les grands crus. Alors, se rendre à vélo de l'autre côté de l'île pour découvrir les vestiges habités ressemble un peu à un pèlerinage. Les minuscules farés, endommagés par un cyclone, sont restés comme à l'origine. Stéphane a posé sa roulotte au milieu : Bab's offre des hamburgers aux employés qui veulent casser la routine de la cantine. Avec ses ampoules de couleur, la guinguette tranche avec le luxe du resort. C'est pourtant ici que Tehotu, un des fils de Brando, le père de Cheyenne, vit une bonne partie de l'année. Dans une des cases ouvertes sur le lagon. Quand l'envie lui prend, il emmène les amateurs à la pêche à la mouche. Son fils Manea a aussi choisi de revenir sur les terres acquises par son grand-père et travaille pour la fondation créée par la famille, il pose des pièges à moustiques. Certains, dans le coin, se souviennent encore de l'acteur, se promenant nu sous un chapeau en fibres de palme qu'il a lui-même confectionné. Et couvert de piqûres de moustiques. Par Béatrice Demol.