Etonnant mais vrai : Wall Street a plus de morale que Donald Trump. Alors que le locataire de la Maison Blanche a tergiversé avant de prendre les mesures nécessaires, la Bourse a immédiatement sanctionné l'action Boeing. Au moment d'écrire ces lignes, le titre du constructeur américain avait déjà plongé de plus de 12% depuis le crash de l'appareil de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines, le 10 mars dernier. La sanction est d'autant plus forte que le Wall Street Journal a dévoilé que les autorités américaines ont ouvert une enquête sur le processus d'approbation par le régulateur du transport aérien des Boeing 737 MAX, dont le modèle 8 est impliqué dans cette catastrophe et dans celle du vol de la compagnie indonésienne Lion Air, en octobre dern...

Etonnant mais vrai : Wall Street a plus de morale que Donald Trump. Alors que le locataire de la Maison Blanche a tergiversé avant de prendre les mesures nécessaires, la Bourse a immédiatement sanctionné l'action Boeing. Au moment d'écrire ces lignes, le titre du constructeur américain avait déjà plongé de plus de 12% depuis le crash de l'appareil de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines, le 10 mars dernier. La sanction est d'autant plus forte que le Wall Street Journal a dévoilé que les autorités américaines ont ouvert une enquête sur le processus d'approbation par le régulateur du transport aérien des Boeing 737 MAX, dont le modèle 8 est impliqué dans cette catastrophe et dans celle du vol de la compagnie indonésienne Lion Air, en octobre dernier. Il était d'ailleurs temps que les Américains se bougent et ne donnent pas l'impression de prioriser la lutte contre la concurrence d'Airbus au détriment de la sécurité des passagers. D'autant que cette catastrophe aérienne a soulevé pas mal de questions. Si en Asie et en Europe, les autorités publiques ont réagi très vite en clouant au sol les appareils concernés, les Etats-Unis ont mis du temps avant d'agir à l'identique. Pendant deux jours, la décision a été de laisser " la vache à lait de Boeing continuer à transporter des passagers à travers les Etats-Unis, alors même que des pays comme la Chine, le Canada ou l'Europe le considéraient comme trop dangereux pour voler ", a même déploré Politico. Une attitude quecertains observateurs ont expliquée en rappelant que c'était la guerre commerciale qui se jouait hélas également au travers de ce drame. En clair, la Chine, qui aspire à devenir un jour un grand constructeur aéronautique, aurait réagi très vite car ses dirigeants se réjouissent de la déconvenue d'un des fleurons industriels américains. Quant aux Européens, s'ils ont été aussi rapides pour clouer ces appareils au sol, la question se pose aussi sur leur véritable motivation : auraient-ils été aussi rapides si c'était un Airbus et pas un Boeing qui avait été impliqué dans les deux catastrophes ? Au-delà de ces interrogations cyniques soulevées par mes confrères du Monde, ces derniers rappellent que cet horrible drame réveille une très vieille question. Aussi vieille que Voltaire et Rousseau. A savoir : quelle est l'attitude à prendre face aux catastrophes ? Au départ, les autorités américaines se sont montrées frileuses, affirmant que tant que la culpabilité du Boeing 737 MAX 8 n'était pas avérée, il continuerait de voler. C'est ce que Le Monde dénomme la présomption d'innocence appliquée non pas à un être humain mais à... une machine. En revanche, les députés américains n'ont pas hésité à faire pression sur Donald Trump et sur Boeing, car ils estimaient qu'en cas de doute, il fallait s'abstenir de faire voler ces engins. Leur attitude se calque sur le principe de précaution qui existe aujourd'hui pour le climat mais aussi pour les biotechnologies. Et c'est là qu'on se rend compte que la discussion sur ce principe de précaution n'est pas nouvelle. Le débat renvoie, comme l'écrit Le Monde, à la polémique entre Voltaire et Rousseau sur la destruction de Lisbonne en 1755, victime d'un séisme qui provoqua tsunami et incendies, entraînant la mort de dizaines de milliers d'habitants. Selon Voltaire, cette destruction était le résultat du hasard, d'un coup du sort, tandis que pour Rousseau, l'homme était responsable de tous ces morts car il avait édifié une ville trop dense dans un endroit dangereux. Ou quand le crash d'un avion de ligne ressuscite un débat vieux de plus de deux siècles...