C'est sur une trottinette électrique partagée que Frank Maene se balade avenue Louise quand il visite l'une des start-up bruxelloises, Keyrock ou Nodalview, dans lesquelles " il " a investi. L'homme est bien connu dans l'univers des start-up, lui qui dirige le fonds Volta Ventures, l'un des plus en vue en Belgique. Fondé en 2015, le fonds a réuni quelque 55 millions d'euros auprès d'une trentaine de grands noms de l'entrepreneuriat flamand comme Marc Coucke, Michel Akkermans (qui joue aussi un rôle opérationnel dans Volta), et bien d'autres comme Peter Hinssen.
...

C'est sur une trottinette électrique partagée que Frank Maene se balade avenue Louise quand il visite l'une des start-up bruxelloises, Keyrock ou Nodalview, dans lesquelles " il " a investi. L'homme est bien connu dans l'univers des start-up, lui qui dirige le fonds Volta Ventures, l'un des plus en vue en Belgique. Fondé en 2015, le fonds a réuni quelque 55 millions d'euros auprès d'une trentaine de grands noms de l'entrepreneuriat flamand comme Marc Coucke, Michel Akkermans (qui joue aussi un rôle opérationnel dans Volta), et bien d'autres comme Peter Hinssen. Le positionnement de Volta Ventures est très clair : investir très tôt ( seed ou early stage comme on dit dans le jargon) dans des start-up numériques liées au software et au Web, dans le Benelux. En moyenne, les tickets initiaux tournent autour d'un million d'euros, même si cela peut être moins dans certains cas. Depuis son lancement, le VC ( venture capital) belge a investi dans 18 start-up, majoritairement en Belgique et aux Pays-Bas (avec Sander Vonk qui vient de chez Liberty Global Venture Capital) où Volta a installé des bureaux. Un nombre d'investissements relativement limité quand on sait que les responsables du fonds reçoivent pas moins de 2.000 demandes de financement par an. " Il existe très peu de fonds VC privés dans l'univers des start-up numériques en Belgique, glisse un spécialiste du secteur. En gros, cela se résume à Volta Ventures et Fortino. Et Volta Ventures a un véritable attrait sur le marché : 2.000 dossiers par an est un score excellent. " A titre de comparaison, le fonds public wallon W.IN.G a communiqué, à l'occasion du bilan de ses trois ans cet été, avoir reçu 534 dossiers au total. Bien sûr, il est difficile de comparer : W.IN.G ne touche que les start-up wallonnes ou ayant une présence en Wallonie, alors que Volta Ventures cible aussi les start-up néerlandaises (50% de son dealflow) et flamandes où le nombre de projets est plus important. Par ailleurs, W.IN.G est généraliste tandis que Volta Ventures ne cible que les entreprises " internet and software ". Reste que Volta Ventures n'investit pas dans beaucoup de start-up. " Nous sommes forcément très sélectifs, admet Frank Maene. Sur l'ensemble des dossiers qui sont rentrés, nous en écartons généralement 75%. Et ensuite, il faut continuer l'écrémage pour identifier les pépites que l'on croit les plus prometteuses. " La petite équipe de Volta Ventures, présente physiquement en Belgique et aux Pays-Bas, rencontre néanmoins environ 25% des porteurs de projets avant d'effectuer une lourde sélection au fur et à mesure pour, au final, n'investir que dans quelques projets par an seulement. Moins de cinq ! Aujourd'hui, le portfolio du fonds s'articule essentiellement sur le software et le Web, mais dans une variété de domaines différents : la santé avec FibriCheck, le marketing avec Qualifio, les fintechs avec Cashforce, Yields.io ou Keyrock. Mais aussi l'immobilier avec Nodalview ou SweepBright. Des start-up financées par le fonds flamand assez tôt dans leur développement. C'est sur ce créneau que se positionne Volta Ventures, ce qui lui permet de s'impliquer concrètement dans la trajectoire des entrepreneurs. " Nous cherchions un VC qui prend aussi une place dans la stratégie et le développement de la start-up, détaille Thomas Lepelaars de Nodalview, jeune pousse francophone qui a récolté 1,7 million voici quelques mois via Volta Ventures. Frank Maene qui s'occupe de notre start-up est d'une grande aide et nous conseille dans les défis que nous rencontrons, notamment en vue de notre croissance. " Le responsable du fonds pousse ainsi Nodalview a dépenser un peu plus pour se structurer et grandir. " La start-up doit par exemple prendre conscience que cela peut valoir la peine d'engager un responsable RH spécifique pour l'aider à attirer et choisir les profils intéressants pour sa croissance, plaide Frank Maene. Le CEO ne doit pas tout faire tout seul. Je l'aide notamment à comprendre cela. " L'une des start-up phares de Volta Venture s'appelle Sentiance. Cette start-up anversoise capte les données des senseurs IOT ( Internet of Things) d'un smartphone, par exemple, et les analyse en détails pour comprendre le comportement des utilisateurs et leur environnement. Lancée en 2012, il s'agit probablement de la start-up la plus avancée du portefeuille de Volta Ventures : elle a déjà levé plus de 26 millions d'euros en plusieurs tours. Dont 1,5 million d'euros lors du premier tour, partagé entre Volta et Qbic en 2015 et plus tard Samsung, KPN et d'autres. Si dans Sentiance, Volta Ventures a investi plusieurs millions d'euros au fil des ans, ce n'est évidemment pas le cas pour toutes ses boîtes. Généralement, le ticket moyen du premier tour tourne, d'après Frank Maene, autour d'un million d'euros. Dans une poignée de start-up prises très tôt (en pré- seed), Volta Ventures n'avait engagé que des petits tickets. En 2016, FLAVR, une plateforme permettant aux particuliers de cuisiner pour leurs voisins (comme Menu Next Door) avait obtenu 450.000 euros. " Au début, on a vu Volta Ventures investir dans des boîtes vraiment très jeunes mais avec un succès mitigé ", glisse un pro du financement dans le numérique. En effet, c'est dans ces très jeunes pousses que Volta a déjà connu de la casse. FLAVR a rapidement mis la clé sous le paillasson, tout comme BitSensor. " C'est normal, tempère Frank Maene. L'univers des start-up est extrêmement risqué et l'on sait que seulement une sur 10 devient un énorme succès. Et ce succès doit compenser les pertes sur les start-up qui ne fonctionnent pas. C'est le modèle des VC qui veut cela. " Depuis lors, les investissements de Volta se font, d'après cet expert du secteur, " avec des montants un peu plus élevés et dans des boîtes un peu plus avancées, ce qui se révèle un peu moins risqué, la casse vient un peu plus tard ". Car là aussi, Frank Maene est réaliste : " Il est très probable que dans notre portefeuille actuel, d'autres entreprises fassent faillite. On le sait. Et on l'intègre dans le business ". Mais à ce stade, " même avec nos quatre petits échecs, nous sommes en positif sur l'ensemble de nos boîtes ". Comprenez : la valorisation du total des parts de Volta Ventures dans les start-up financées dépasse les montants effectivement investis. Une valeur théorique tant qu'aucune vente n'a été réalisée. " C'est encore un peu tôt pour une vente, détaille le managing director de Volta Ventures. Notre but n'est pas d'avoir un investissement d'un million d'euros dans une boîte qui vaudrait 2 millions en neuf mois, et cela même si le rendement paraît bon sur papier. Nous préférons observer la croissance et atteindre entre cinq et 10 fois le montant au bout de cinq à 10 ans. Tout l'enjeu est d'identifier au mieux les start-up les plus prometteuses. " Car si elle a bien conscience qu'elle peut investir dans des boîtes qui peuvent ne pas fonctionner, l'équipe essaie aussi d'être vigilante et ne pas manquer une pépite. Frank Maene se souvient, avant de diriger Volta Ventures, avoir laissé passer Fabien Pinckaers qui cherchait des fonds pour développer Odoo ou encore l'un des fondateurs de Criteo, boîte française désormais cotée en Bourse aux Etats-Unis et valorisée plus de 1,2 milliard de dollars... Certains esprits critiques s'étonnent de ne pas voir beaucoup de start-up soutenues par Volta réaliser de plus gros tours destinés à lever 40 ou 50 millions d'euros. Frank Maene riposte : " Le portefeuille est encore assez jeune et certaines des start-up sont actuellement en train de lever des montants entre 2 et 10 millions et d'autres plus. Cela va bouger en 2020 ". A mi-parcours, le fonds flamand a déjà investi près de la moitié de son butin et réalisé trois investissements du côté francophone dans Qualifio, Nodalview et Keyrock. Il devrait encore réaliser un ou deux investissements dans de nouvelles start-up. Le reste devant servir à accompagner les tours suivants des boîtes en portefeuille. Bref, le premier fonds Volta Ventures ne cherche plus qu'une ou deux nouvelles start-up. Mais ses responsables commencent à préparer un fonds Volta II. Rien ne serait encore très concret mais Frank Maene et son équipe ont déjà reçu des marques d'intérêt. L'idée ? Répliquer le modèle et le positionnement du fonds actuel. Avec le même genre de montants : un peu plus de 50 millions d'euros. " On voit aujourd'hui que sur notre créneau du pré-seed et du seed, il y a moins d'investisseurs disponibles, glisse Frank Maene. Le crowdfunding a moins la cote, une série de business angels ont perdu un peu de leur patience après avoir vu ou vécu plusieurs échecs. Du coup, on pense que c'est de nouveau le bon moment et qu'il y a de nouvelles opportunités pour nous. " Ce fonds devrait, si tout va bien, se concrétiser en 2020. Et devenir l'une des portes auxquelles la plupart des start-up belges iront frapper.