"Ils ont voulu détruire notre secteur ", explique un spécialiste. Les personnes incriminées sont les fonctionnaires de l'Union européenne (UE) et le secteur en question, celui de la vente des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, c'est-à-dire des papiers vous permettant à la fois de résider dans un pays qui n'est pas le vôtre aussi longtemps que vous le souhaitez et de vous déplacer dans le monde entier sans trop de contraintes. En 2020, les soupçons et l'hostilité de l'UE continueront de peser sur cette activité. Mais le secteur poursuivra sa croissance.
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"Ils ont voulu détruire notre secteur ", explique un spécialiste. Les personnes incriminées sont les fonctionnaires de l'Union européenne (UE) et le secteur en question, celui de la vente des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, c'est-à-dire des papiers vous permettant à la fois de résider dans un pays qui n'est pas le vôtre aussi longtemps que vous le souhaitez et de vous déplacer dans le monde entier sans trop de contraintes. En 2020, les soupçons et l'hostilité de l'UE continueront de peser sur cette activité. Mais le secteur poursuivra sa croissance. Chaque année, des milliers de passeports et des centaines de milliers de visas sont achetés grâce à ces programmes. Une centaine de pays du monde entier offrent un " visa doré " en échange d'un gros investissement. Une dizaine de pays vont encore plus loin et proposent des passeports à la vente, ce qui revient à monnayer leur citoyenneté : cinq îles des Caraïbes, le Vanuatu dans le Pacifique sud, la Jordanie et plusieurs membres de l'Union européenne, la Bulgarie, Chypre et Malte (la procédure autrichienne est moins formelle mais très coûteuse). Les prix oscillent entre 150.000 dollars à Vanuatu et un investissement d'au moins 2 millions de livres sterling (2,4 millions d'euros) pour un visa d'investissement britannique de niveau 1. Les inquiétudes de l'UE à l'égard de ce commerce sont compréhensibles. La souveraineté nationale appartient à ceux qui vivent dans un pays et qui détiennent son passeport. Pourtant, l'UE a clairement intérêt à ce que le passeport soit européen. Et un visa délivré par un membre de l'espace Schengen permet également l'entrée dans 21 autres pays de l'Union européenne. Ces programmes sont soupçonnés d'être utilisés à mauvais escient pour escroqueries, blanchiment d'argent et fraude fiscale. De nombreuses affaires douteuses ont en effet terni leur image. En 2018, en Grèce, un scandale a éclaté, révélant qu'un entrepreneur achetait des propriétés au prix du marché et les revendait très cher à des clients chinois pour l'obtention d'un titre de séjour (et les remboursait ensuite partiellement). En 2019, la Bulgarie a déchu de leur nouvelle citoyenneté bulgare un certain nombre d'investisseurs, soit parce qu'ils avaient menti sur leur compte, soit parce qu'ils n'avaient pas fait l'investissement promis, soit les deux à la fois. La position de l'Europe sur ce sujet inquiète les pays qui proposent des programmes de ce genre, hors UE. L'un des attraits des passeports des Caraïbes, par exemple, est que la plupart de ces passeports permettent d'entrer sans visa dans les pays de l'espace Schengen. Or la règle, devant être introduite en 2021 et qui imposerait un enregistrement préalable en ligne (pour éliminer les indésirables) à ceux qui n'ont pas besoin de visa pour entrer dans l'UE, risque de dissuader des acheteurs potentiels. Pour se défendre, le secteur des visas dorés fait valoir un certain nombre d'arguments. Le premier est qu'il effectue des contrôles plus stricts sur ses clients et qu'il facilite de moins en moins la vie des criminels. Le second est que, pour certaines petites économies en particulier, c'est une source de capitaux qui permet de réduire les déficits publics. Au Vanuatu, le secteur des visas dorés est aujourd'hui la plus importante source de recettes pour l'Etat. Même au sein de l'UE, à Malte, où le secteur de l'investissement contre titre de séjour se rapproche davantage d'une simple vente de passeport, il est à l'origine d'une partie des bonnes performances économiques récentes de l'île. Le secteur affirme également que seule une infime minorité de ses clients cherche à obtenir une deuxième résidence à des fins suspectes. La plupart craignent l'instabilité politique ou économique de leur pays, veulent que leurs enfants étudient à l'étranger ou en ont simplement assez des difficultés rencontrées lorsqu'ils veulent passer les frontières avec leur propre passeport. Et le nombre de ces migrants investisseurs est insignifiant comparé aux millions qui traversent les frontières par d'autres moyens. Mais ce qui freine surtout les fonctionnaires de l'UE, c'est la difficulté de s'immiscer dans les politiques de pays souverains en matière de passeports et de visas. D'autant plus qu'en 2020, la demande va encore augmenter. La Chine est depuis longtemps et de loin la plus grande source de ce genre d'investisseurs. Mais d'autres pays d'Asie, comme le Bangladesh et le Vietnam, sont également en passe de devenir des marchés de plus en plus importants. Il en va de même pour l'Afrique subsaharienne. " L'Union européenne a accepté que notre secteur d'activité ne disparaisse pas, dit l'expert du secteur. A contrecoeur. "