Je le confesse, j'ai été secoué par la récente interview de Nicolas Hulot sur France Télévisions. Par la sincérité de ses préoccupations, par son angoisse devant une politique des " bien trop petits pas ". Et plus encore par le dialogue de sourds entre l'ancien ministre français, promoteur de la taxe carbone, et un représentant des gilets jaunes. Il résonnait comme le choc des problèmes de fin de mois et des problèmes de fin du monde, pour reprendre cette très efficace formule de Nicolas Hulot.

Ce choc se reproduira-t-il à Bruxelles ? La manifestation pour le climat, initiée par plus de 70 associations francophones et néerlandophones, est en effet programmée entre deux actions de blocage sur les routes et zonings wallons. D'où ce risque d'apparaître comme une protestation de nantis, déconnectés des besoins très quotidiens des couches moins favorisées, sensibles notamment au prix du carburant. Heureusement, la manifestation des gilets jaunes envisagée la veille, aussi à Bruxelles, a été reportée, ce qui évite de renforcer la compétition entre les deux mouvements.

L'heure n'est cependant plus aux tergiversations : l'urgence climatique est là. " Les données scientifiques sont sans équivoque, assène l'Organisation météorologique mondiale, une agence des Nations unies. Si l'on ne réduit pas rapidement les émissions de gaz à effet de serre, et notamment de CO2, les changements climatiques auront des conséquences irréversibles et toujours plus destructrices pour la vie sur Terre. " La dernière fois que la Terre a connu une telle teneur en CO2 remonte à plus de 3 millions d'années. Il y a un côté effrayant à voir l'humanité courir à sa perte - ce n'est pas la planète qui est en jeu mais la faculté de l'espèce humaine à pouvoir y vivre en nombre -, alors qu'elle possède les ressources technologiques pour enrayer le phénomène. Pourquoi ce refus de regarder la réalité en face, en dépit des rapports scientifiques successifs indiquant une menace de plus en plus proche de nous ?

Il y a un côté effrayant à voir l'humanité courir à sa perte alors qu'elle possède les ressources technologiques pour enrayer le phénomène.

Non seulement il n'y a pas eu, en Belgique ou ailleurs, d'efforts massifs en vue de réorienter les modes de production et de déplacement. Mais, pire, les décisions ont souvent été détournées de leur objectif : les taxes et accises prélevées au nom de l'environnement n'ont pas spécialement servi à financer les politiques alternatives, en ce compris l'accompagnement social qu'elles impliquent. On ne sait plus s'il faut rire ou pleurer en voyant que la SNCB lance le billet à 5 euros pour le Black Friday (opération consumériste s'il en est) mais hésite à faire de même à l'occasion de la marche pour le climat de ce 2 décembre, marche qui inscrit le développement des transports en commun parmi ses revendications prioritaires.

Si le monde politique et les citoyens rechignent à changer leurs habitudes, les entreprises, elles, le font plus volontiers. Du moins celles qui osent s'inscrire résolument dans la vision de long terme. Que ce soit en isolation des bâtiments ou en valorisation des déchets, elles ont bien souvent un tour d'avance. Le nouveau président de l'Union wallonne des entreprises, Jacques Crahay, en a fait l'un des chevaux de bataille de son mandat. " L'utilisation des matières premières et la consommation de l'énergie sont les clés du futur de notre compétitivité, déclarait-il dans nos colonnes lors de sa prise de fonction. Nous ne pouvons pas attendre des décisions nationales ou internationales pour avancer. Chaque entreprise peut agir. " Une manière, aussi, de montrer que le défi climatique n'est pas celui d'un parti ou d'une coalition mais bien de l'ensemble de la société. Revenons à Nicolas Hulot pour conclure : il a tourné la page de la politique active mais continuera à mettre des propositions sur la table dans l'espoir que les uns et les autres s'en emparent . " Je veux aider à faire émerger les alternatives, dit-il. Je ne ferai rien qui divise. Sur ce sujet-là, on doit se rassembler. "