Le Wiels présente encore pendant quelques jours une exposition collective de huit artistes africains, dont cinq de ses anciens résidents. Ils y composent des créations viscéralement différentes, interrogeant l'Afrique actuelle, dans une manifestation où la transversalité est de mise. Au premier étage de ce bâtiment moderniste qui abritait autrefois la brasserie Wielemans-Ceuppens, on traque donc l'"afropolitanisme ", terme introduit...

Le Wiels présente encore pendant quelques jours une exposition collective de huit artistes africains, dont cinq de ses anciens résidents. Ils y composent des créations viscéralement différentes, interrogeant l'Afrique actuelle, dans une manifestation où la transversalité est de mise. Au premier étage de ce bâtiment moderniste qui abritait autrefois la brasserie Wielemans-Ceuppens, on traque donc l'"afropolitanisme ", terme introduit au début des années 2000 et qui vise la façon dont les villes du continent " noir " produisent leur propre esthétique poétique, y compris dans leurs échanges avec le Nord. Au Wiels, on remarque d'emblée les photographies de Georges Senga, natif de Lubumbashi, saisissant ce qu'il reste des cinémas ouverts lors de la colonisation belge - des salles désormais désuètes, rongées par le temps, la chaleur et l'humidité. Mais on croise d'autres modes d'observations révélatrices de l'Afrique actuelle. Il y a l'analyse visuelle du Nigérian Emeka Ogboh sur cette ville encore plus dingue que Kinshasa qu'est Lagos, sous forme d'envoûtant caisson lumineux. Ou encore cette interrogation ô combien légitime de Nelson Makengo, Rwandais vivant au Congo, qui aborde une denrée coulant de source chez nous mais qui, là-bas, s'avère capricieuse : l'électricité. Dans le film de Makengo, un père de famille vend ses lampes et autres ustensiles type led dans un Kinshasa qui ne sait jamais quand on va lui couper le jus. Malgré la taille des salles du Wiels, qui ne facilite pas toujours le son des vidéos présentées, cette Afrique-là est à voir. D'autant que le ticket d'entrée de l'expo permet l'accès à l'ensemble du bâtiment de l'avenue Van Volxem. Et donc un détour au troisième étage où l'artiste mexicain Mario Garcia Torres présente son dialogue pluridisciplinaire avec les héritages de l'art conceptuel. Décalage garanti sous perfusion intello. On l'avoue, on a moyennement accroché, mais on a continué à grimper. Jusqu'au cinquième étage, perché à une trentaine de mètres, où une terrasse en plein air garantit une vue sensationnelle sur Bruxelles. Peut-être la plus belle image du lot.