La vie politique britannique est tellement fluctuante qu'il est impossible de prédire de quoi sera faite la semaine prochaine, et encore moins l'année à venir. Certes, la large victoire des conservateurs aux élections générales du 12 décembre dernier a offert un boulevard au Premier ministre Boris Johnson pour négocier un Brexit à la date du 31 janvier, comme il s'y était engagé avant le scrutin. Mais le plus dur reste à faire. Une nouvelle négociation doit en effet seulement démarrer, qui aura pour objectif de formaliser la relation à venir avec le reste de l'Union. Elle doit aboutir avant décembre 2020.
...

La vie politique britannique est tellement fluctuante qu'il est impossible de prédire de quoi sera faite la semaine prochaine, et encore moins l'année à venir. Certes, la large victoire des conservateurs aux élections générales du 12 décembre dernier a offert un boulevard au Premier ministre Boris Johnson pour négocier un Brexit à la date du 31 janvier, comme il s'y était engagé avant le scrutin. Mais le plus dur reste à faire. Une nouvelle négociation doit en effet seulement démarrer, qui aura pour objectif de formaliser la relation à venir avec le reste de l'Union. Elle doit aboutir avant décembre 2020. Une seule chose peut donc être prédite avec certitude : en 2020, le Brexit va encore pomper l'énergie vitale du pays comme une sangsue géante, sans personne pour l'en empêcher. Et l'impact de ce Brexit peut se résumer en trois mots : division, dégâts et discrédit. Les anciens clivages entre électeurs travaillistes et conservateurs avaient certes déjà commencé à s'estomper avant le référendum de 2016, mais ce dernier a contribué à creuser un nouveau fossé culturel, entre les grandes villes, qui attirent de nombreux diplômés, et les régions, attachées à des valeurs plus traditionnelles. Ces nouvelles divisions sont en train de reconfigurer à la fois le Parti travailliste (déchiré entre sa fidélité envers la classe ouvrière et les nouvelles élites des grandes villes) et les Tories (qui se sont risqués au populisme national). Et même si la question du Brexit est " résolue ", il laissera des traces. Car il mettra à l'épreuve, parfois jusqu'à la rupture, les relations entre les différents piliers de la démocratie : le gouvernement et les députés ; les députés et leurs électeurs ; le gouvernement, le Parlement et la justice. Une situation qui creusera encore davantage le fossé entre les populations et cette classe politique qu'elles méprisent de plus en plus. Selon l'institut de recherche Hansard Society, 37 % des Britanniques estiment que le système nécessite " beaucoup " de changements - soit 10 points de pourcentage de plus que le record précédent, en 2010, lorsque les députés étaient enlisés dans un scandale de dépenses faramineuses. Le Royaume-Uni a connu assez rarement l'expression publique du mécontentement populaire entre l'arrivée de la démocratie en 1918 et le référendum de 2016. Ces derniers temps, il y a eu des manifestations presque toutes les semaines. Et la violence politique, qui jusque-là avait épargné le pays, pourrait faire son apparition. Le Brexit va également continuer de plomber la réputation du Royaume-Uni auprès de la communauté internationale. Depuis le référendum, le reste du monde se demande si les Britanniques sont encore ce peuple pragmatique qui sait toujours trouver des solutions. Quant à la renommée de sa diplomatie, le Brexit lui a porté un coup fatal. Les politiques et les diplomates britanniques ont en effet fait preuve d'un amateurisme ridicule face à leurs homologues européens. Le Royaume-Uni n'a apparemment toujours pas digéré la fin de son empire et le Brexit n'a fait que mettre cette situation en évidence. Le Brexit a également sapé le rayonnement mondial du Royaume-Uni. Son adhésion à l'Union européenne avait renforcé son poids aux Etats-Unis, tout comme ses relations étroites avec ce pays avaient accru son influence au sein de l'UE. Celle-ci avait décuplé la puissance du Royaume-Uni à l'international, lui permettant de passer des accords commerciaux avec des dizaines d'autres pays. En 2020, la promesse de Boris Johnson d'un " global Britain " (" Royaume-Uni mondial ") sera sérieusement mise à l'épreuve, à mesure que le pays perdra son rôle de pont entre l'Amérique et l'Europe, et que la Chine accroîtra sa propre puissance dans les pays émergents. Certes, les acteurs plus modestes peuvent survivre et même prospérer en compensant par une agilité supérieure. Mais pas avec une sangsue géante sur le dos.