Le Danemark s'apprête à prendre des mesures sociales et fiscales qui sont, il faut bien le dire, un exemple particulièrement édifiant, quoique fréquent et qui se rencontre souvent aussi en Belgique, de démagogie fiscale. Ce pays compte favoriser la prépension dès 61 ans des personnes ayant travaillé au moins 42 ans, et annonce en même temps que cette mesure sociale sera financée par une " taxe sur les riches ", ce qui paraît concerner essentiellement les banques, les fonds de pension et les " investisseurs très fortunés ".
...

Le Danemark s'apprête à prendre des mesures sociales et fiscales qui sont, il faut bien le dire, un exemple particulièrement édifiant, quoique fréquent et qui se rencontre souvent aussi en Belgique, de démagogie fiscale. Ce pays compte favoriser la prépension dès 61 ans des personnes ayant travaillé au moins 42 ans, et annonce en même temps que cette mesure sociale sera financée par une " taxe sur les riches ", ce qui paraît concerner essentiellement les banques, les fonds de pension et les " investisseurs très fortunés ". Le premier élément démagogique est de coupler deux mesures qui n'ont strictement rien à voir. On augmente les impôts de 400 millions et, par ailleurs, on prévoit une mesure sociale de plus. La réalité est que le budget est unique et que toutes les recettes financent toutes les dépenses sans qu'un lien puisse être fait entre les deux. Il est évident que personne ne sera remboursé des impôts supplémentaires si le nombre de candidats à la prépension est plus bas que prévu... Ensuite, on annoncequ'on fera payer une certaine catégorie, sans donner la moindre raison pour laquelle ces impôts doivent s'ajouter à tous les autres que les contribuables paient déjà. Et l'on en favorise une autre, sans expliquer pourquoi ces personnes ont un besoin particulier de prendre leur retraite plus tôt alors que l'espérance de vie ne cesse d'augmenter et qu'il est plutôt souhaitable de retarder l'âge de la pension, comme le font la plupart des autres pays. Mais bien sûr, on occulte que les personnes bénéficiaires sont certainement en majorité des électeurs du parti (social-démocrate) au pouvoir tandis que ceux qui vont payer les impôts supplémentaires ne le sont probablement pas. Surtout, on cache l'identité des véritables perdants de l'opération envisagée. Lorsqu'on taxe les fonds de pension, qui doivent distribuer en totalité le produit net de leurs investissements, il est évident que ce n'est pas le fonds qui paie : celui-ci est forcé de répercuter cela sur les retraités, ceux qui perçoivent les pensions payées par ce fonds. Donc la vérité est que les retraités vont indirectement payer une taxe pour les préretraités. En d'autres termes, ceux qui ont travaillé jusqu'à l'âge normal de la pension supporteront une charge qui bénéficiera à ceux qui quittent le travail plus tôt. De même, lorsqu'on taxe les banques, il est évident qu'il y aura une " translation d'impôt ". Et donc que ce seront les clients des banques, soit les épargnants et les investisseurs qui recourent à des crédits, qui, d'une manière ou d'une autre, vont payer. L'exemple concerne certes le Danemark (et en outre une taxe de relativement faible importance par rapport au budget de ce pays) mais il est particulièrement remarquable parce qu'on y retrouve un bon nombre des méthodes de pure communication, utilisées par les Etats pour expliquer les " redistributions " auxquelles ils procèdent. L'impôt restera toujours un " tribut " réclamé par voie de contrainte à ceux qui ont perdu : à l'époque romaine, c'était ceux qui avaient perdu une guerre ; aujourd'hui, ce sont ceux qui ont confié leur protection au parti qui a perdu une élection. Il serait plus simple d'expliquer que les partis au pouvoir prennent de force l'argent gagné par ceux qui ne votent pas pour eux et l'attribuent à leurs " clients ", leurs électeurs.