Pendant une majeure partie de 2020, l'initiative chinoise des nouvelles routes de la soie (ou Belt and Road Initiative, BRI) a été qualifiée de surcotée et de trop dispersée par ses détracteurs. La politique étrangère de Xi Jinping se caractérisant par un mélange d'investissements économiques, de diplomatie et de communication futée, le président chinois voulait profiter d'une conjoncture historique - le vacillement de la position dominante américaine - pour façonner l'ordre mondial à l'image de son pays. Les travaux d'infrastructures effectués à travers le monde qui, reliés les uns aux autres, tra...

Pendant une majeure partie de 2020, l'initiative chinoise des nouvelles routes de la soie (ou Belt and Road Initiative, BRI) a été qualifiée de surcotée et de trop dispersée par ses détracteurs. La politique étrangère de Xi Jinping se caractérisant par un mélange d'investissements économiques, de diplomatie et de communication futée, le président chinois voulait profiter d'une conjoncture historique - le vacillement de la position dominante américaine - pour façonner l'ordre mondial à l'image de son pays. Les travaux d'infrastructures effectués à travers le monde qui, reliés les uns aux autres, tracent de nouvelles routes métaphoriques de la soie par voie terrestre et (encore plus) par voie maritime, ont été estimés à 6.000 milliards de dollars. Les arguments présentés pour défendre ou dénoncer la BRI étaient exagérés. La Chine a déclaré son intention de montrer aux autres pays un mode radical de développement. Aux Etats-Unis, les détracteurs de cette politique ont affirmé que la Chine exportait son autoritarisme dystopique et piégeait délibérément les pays pauvres au moyen de la dette. Le vernis de la BRI a commencé à s'écailler avant que la pandémie de Covid-19 ne mette un coup d'arrêt à la croissance mondiale. Le projet phare des nouvelles routes de la soie était le couloir économique entre la Chine et le Pakistan (CPEC), dont les investissements et les emprunts sont estimés à 60 milliards de dollars. Quelques centrales électriques essentielles ont ainsi été construites, mais ce projet a dans l'ensemble raté ses cibles. Actuellement, les chantiers sont interrompus et les prêts renégociés. Le CPEC a négligé la précarité budgétaire du Pakistan ainsi que ses dynamiques politiques complexes. Ailleurs dans le monde, de la Malaisie au Sri Lanka en passant par les Maldives, l'ampleur même des activités économiques lancées par la Chine, qui veille à choyer des dirigeants corrompus, suscite le ressentiment des populations locales. Selon Andrew Small, qui travaille à Washington pour le centre de réflexion German Marshall Fund of the United States, cette méthode a sapé les objectifs économiques et stratégiques de la Chine. Et la pandémie n'a fait qu'aggraver la situation. Dans plusieurs régions du monde, quoique discrètement, la Chine doit refinancer des dettes et assouplir les conditions de nombreux prêts. Par ailleurs, vu la forte contraction du crédit, ses projets d'infrastructure dans les pays en développement seront revus à la baisse. Et pourtant, il est prématuré d'annoncer que la BRI a succombé au Covid-19. Au premier semestre 2021, le projet sera dopé par son volet sur la santé. Car la diplomatie est maintenant appliquée aux vaccins. La Chine en a homologué plusieurs, qu'elle tente de vendre à ses alliés de la BRI, y compris en proposant des facilités de paiement. De la sorte, Xi Jinping veut faire passer au second plan les pratiques abusives de son pays en matière de crédit et valoriser son aide à des Etats lui étant reconnaissants le long des nouvelles routes de la soie.