Bertrand Ippersiel, chef du service du développement territorial de la Ville de Namur, se félicite que divers opérateurs développent des projets ayant un véritable impact sur le territoire. La densification du tissu urbain namurois s'inscrit toutefois dans un cadre structuré, avec une attention particulière aux spécificités de chaque zone. Selon Bernard Voglet, architecte associé et administrateur du bureau l'Arbre d'Or, cette contextualisation des projets permet leur intégration mais fait également émerger des idées nouvelles.
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Bertrand Ippersiel, chef du service du développement territorial de la Ville de Namur, se félicite que divers opérateurs développent des projets ayant un véritable impact sur le territoire. La densification du tissu urbain namurois s'inscrit toutefois dans un cadre structuré, avec une attention particulière aux spécificités de chaque zone. Selon Bernard Voglet, architecte associé et administrateur du bureau l'Arbre d'Or, cette contextualisation des projets permet leur intégration mais fait également émerger des idées nouvelles. TRENDS-TENDANCES. Même si Namur est loin d'être la ville la plus densément peuplée de Wallonie, on a pu observer une densification au cours de cette dernière décennie. Est-ce une volonté des pouvoirs publics ou plutôt une évolution naturelle ? BERTRAND IPPERSIEL. C'est lié aux phénomènes naturels et aux opportunités, mais la Ville de Namur a défini ce qu'on appelle un périmètre d'agglomération. L'objectif est de recentrer l'urbanisation dans une zone prédéfinie où des actions sont menées afin de mettre en place une densification des tissus. Concrètement, comment est géré ce périmètre ? B.I. Le principe général est d'avoir une gestion différenciée du territoire. C'est dans le périmètre d'agglomération que vont être reconcentrés les besoins en termes de logements, mais aussi les conditions de cette densification à travers les services, les espaces verts, etc. A l'inverse, on va plutôt apaiser l'urbanisation et essayer de conserver les caractéristiques rurales du tissu en dehors du périmètre. BERNARD VOGLET. Auparavant, il y a eu des essais ou démarches des autorités avec les anciens plans communaux d'aménagement. Il y avait donc déjà une vision urbanistique. Celle-ci est peut-être démentie aujourd'hui mais peu importe, ces outils doivent évoluer et il y a des racines qui subsistent. Cette vision et ces outils empêchent-ils les erreurs ? B.V. Il y a eu des erreurs par le passé et je suis sûr qu'on se trompe encore à certains endroits aujourd'hui. Mais ce qui a peut-être changé, c'est qu'aujourd'hui, on travaille en équipe. Autour des projets, il y a énormément de gens et beaucoup de métiers qui travaillent ensemble. C'est un processus relativement long mais je pense qu'il est mieux construit aujourd'hui. On risque moins de commettre des erreurs graves car il y a des balises. Comment la population namuroise accueille-t-elle les nombreux projets sur son territoire ? B.I. Dans les quartiers existants, on remarque souvent beaucoup d'inquiétude par rapport à des projets importants, comme ceux qui comptent plusieurs centaines de logements. Outre l'aspect quantitatif ou parfois la forme, ce qui fait le plus peur est ce qu'induisent ces projets en matière de mobilité. B.V. La mobilité, l'égouttage, la densité, les gabarits. Ce sont les quatre questions qui prédominent à chaque fois lors des réunions publiques, et à juste titre. B.I. Il n'est pas facile d'apaiser ces craintes car ces projets induisent des changements de comportements. Or, ceux-ci prennent beaucoup plus de temps que de développer des projets. Il est important de faire de la pédagogie, pour que les gens comprennent pourquoi on y concourt. Ce n'est pas pour faire plaisir aux promoteurs, mais avec comme objectif l'intérêt général. L'avantage est que maintenant il y a des choses construites, de nouvelles formes de quartiers commencent à être habitées et on peut montrer que ça fonctionne. Il y a toujours des critiques ou des ajustements à prévoir mais on peut se féliciter que certains acteurs viennent avec des nouvelles propositions et osent prendre certains risques. Par exemple un quartier piéton sans garages, avec les parkings en entrée. Namur est recherchée et réputée pour sa qualité de vie : comment préserver celle-ci tout en densifiant certaines zones ? B.V. Je pense que l'élément le plus important, c'est l'espace public. Il n'y a pas d'autres réponses. Il est important de faciliter les contacts entre voisins et de soigner l'espace public, ainsi que ce qu'on apporte aux nouveaux habitants et à ceux qui sont déjà là. B.I. Il y a aussi d'autres éléments importants comme la diversité de logements pour que le projet soit le plus varié possible en termes d'accueil de population. On cherche à ce que ces projets participent à des éléments de cohésion sociale à travers les espaces publics ou encore des lieux de rencontre comme une maison de quartier. Parfois la qualité de vie d'un quartier tourne autour de l'aménagement de petits éléments comme un module de jeux pour les enfants dans un parc, un cheminement sécurisé pour aller à l'arrêt de bus, etc. Quels sont les projets les plus emblématiques envisagés actuellement ou prochainement à Namur ? B.V. Dans le centre-ville, on recense notamment la reconversion du site Asty-Moulin. C'est un projet qui me tient à coeur car c'est une zone qui n'a pas été exploitée très longtemps, qui dispose d'une réserve foncière assez importante à deux pas de la gare. On y a mené une réflexion sur la mobilité et le fait de posséder une voiture puisque le quartier sera piéton. Aux Casernes, ce genre de démarche est également présente puisqu'il est prévu une voiture partagée par noyau de circulation. Une autre approche emblématique de la ville, c'est évidemment le Grognon. On va voir comment les gens vont se l'approprier et comment le quartier va évoluer par après. B.I. On a la chance d'avoir des opérateurs qui prennent des risques pour développer des bouts de quartiers ou des quartiers un peu partout. Je suis partisan de la juste taille et non pas de programmes avec des milliers de logements, mais je trouve important de ne pas transformer la ville uniquement avec de petites interventions. Des projets sont à l'étude dans la plaine de Jambes sur des vastes terrains encore vierges qui présentent toutes les caractéristiques pour pouvoir être densifiés. On sait aussi que la Défense nationale va vendre prochainement les casernes du Génie de Jambes. De mémoire, ce sont 9 hectares en bord de Meuse avec une situation totalement exceptionnelle en plein coeur de l'agglomération. Il y a aussi l'écoquartier en construction à Poteresse et, en face, le développement d'un autre quartier est en train d'être étudié sur un ancien dépôt de ferraille. L'apport des opérateurs dans ces zones est significatif en ce qui concerne la capacité de consolider nos quartiers, d'attirer des nouvelles populations, d'accueillir aussi des jeunes ménages ou d'offrir des alternatives aux personnes plus âgées. Nous comptons environ une dizaine de projets de cet ordre-là, ce qui prouve que la ville a encore une réelle capacité d'accueil. Ces projets trouvent-ils acquéreurs assez facilement ? Est-ce que l'attractivité de Namur se vérifie dans la commercialisation des projets ? B.V. Ce qui se construit se vend assez facilement. On dit toujours que les projets sont concurrentiels entre eux mais jusqu'à preuve du contraire, cela ne se vérifie pas vraiment ici. A Poteresse par exemple, le promoteur m'a déclaré : " mon premier concurrent, c'est moi-même ", car ceux qui venaient pour un appartement achetaient finalement une maison. Du côté d'Erpent, par contre, on sent que l'attractivité est plus grande aujourd'hui pour les appartements que pour les maisons. Mais les quartiers restent encore à construire derrière, donc ça va évoluer. B.I. Quand on peut mettre de la maison unifamiliale - même dense -, on le fait car c'est une offre attendue par une grande partie de la population. On voit à présent apparaître des produits pour lesquels nous nous montrions plutôt réticents, comme des maisons de deux chambres avec des combles aménageables et, au final, ce sont des logements qui partent très bien. A Belgrade, ils ont par exemple été vendus très rapidement. La ville pourrait aussi être densifiée en hauteur, mais est-ce envisageable à Namur ? B.V. Il y a une espèce de ligne d'horizon au sein de la ville, donc lorsqu'un objet monte assez haut, ça se voit très vite. Dès qu'un élément sort, il faut qu'il soit réussi et c'est un critère très subjectif... B.I. De manière globale, tout ce qui est en train de se développer le long du faisceau des voies de chemin de fer se trouve dans un endroit propice à une densification verticale. Après, je ne pense pas qu'on rentrera un jour dans une logique comme celle autour du canal à Bruxelles avec de très hauts bâtiments. On voit maintenant émerger l'idée de parcs habités, c'est-à-dire des grands espaces ouverts avec des immeubles un peu plus en hauteur. Certains sites le permettent mais restent rares à Namur. On peut aussi clairement penser à d'autres formes, d'autres réponses. C'est ça, faire la ville : il ne faut pas forcément copier tout, il faut contextualiser, essayer de nouvelles choses, tenir compte des opportunités, etc. B.V. On peut aussi faire monter l'espace public plus haut. On voit apparaître sur les toits des immeubles des jardins, des bars ou des zones de jeux pour les gens qui habitent en dessous. C'est une façon d'utiliser l'espace autrement. A Namur, il y a des terrains avec des dénivelés assez importants où on pourrait se permettre de jouer avec ces particularités. Dans le futur, quelles seraient les solutions pour répondre aux besoins démographiques de Namur ? B.V. La ville s'est reconstruite sur elle-même continuellement et il n'y a pas de raison que ça s'arrête. On va continuer à jouer avec les contraintes et les avantages dont on dispose pour la faire évoluer. Quand un endroit sera saturé, on ira à côté ou on reverra les espaces autrement pour les reconditionner. B.I. Namur a la chance d'enregistrer une progression douce. L'an dernier, la ville a comptabilisé quelque 500 habitants supplémentaires, un nombre plus facile à " digérer ". Doucement, elle grandit, se consolide et elle doit le faire de manière intelligente. Quelle est justement la manière intelligente de développer ces projets qui mettent souvent de longues années à se construire ? B.V. Au fil du développement, des permis modificatifs vont être réintroduits, notamment parce que les techniques vont évoluer, les espaces vont peut-être changer. Par contre, le fil conducteur est lancé et ce que je demande aux promoteurs, c'est que l'histoire qu'on va raconter dans la première phase soit déjà là et que le projet évolue pendant des années sans être détérioré par la longueur. Le phasage de ce genre de dossier est fondamental. Ce n'est pas uniquement une question technique, il faut trouver des solutions pour que les éléments phares soient mis en place dès le départ et que l'histoire que l'on essaye de raconter dans les esquisses puisse être retrouvée rapidement, même si elle peut encore évoluer.