Dans les ressources humaines, l'heure est à la personnalisation et à l'expérience client. Dans un contexte où l'embauche est soutenue et où les entreprises s'arrachent les bons profils, il importe de faire la différence et de se démarquer de ses concurrents. Cela commence dès la phase de recherche du candidat mais doit se poursuivre dès après la signature du contrat. Les millennials ont été biberonnés au digital et réclament une véritable personnalisation de leur travail. C'est là qu'intervient Talmundo.

Créée en 2012, cette start-up belgo-néerlandaise s'est, au bout de deux ans, spécialisée dans le développement d'une solution cloud dédiée au processus d' onboarding des employés. Soit la période d'intégration de chaque nouvel employé dans l'entreprise avec, pour objectif, de le faire rapidement s'imprégner de la culture d'entreprise, de ses habitudes et pratiques, de le rendre rapidement opérationnel et, surtout, qu'il se sente bien dans son nouvel environnement.

" Nous avons décidé en 2014, après des essais dans d'autres domaines RH, de nous focaliser sur l' onboarding, explique le Belge Stijn De Groef, fondateur et CEO de Talmundo. Notre solution est ce qu'on appelle un SaaS, un logiciel en tant que service, qui est basé dans le cloud. Elle est standardisée mais contient une trentaine de modules que les entreprises décident ou pas d'activer. Le look and feel est différent pour chaque client. Le nouvel employé entre dans l'appli de sa future entreprise et pas dans une appli de Talmundo. Par rapport aux stars des applications RH, nous prenons, nous, résolument le parti de l'utilisateur. Celui qui écoute sa musique sur Spotify ou paie avec son smartphone. Et qui veut une appli simple et pratique à utiliser. Nous la personnalisons avec chaque client en fonction de ses besoins et désirs et de notre expérience. Nous programmons un véritable voyage avec une timeline précise pour l'activation des modules, notamment ceux liés au feed-back. "

Nous avons environ 10 % des grandes entreprises belges comme clients. Notre ambition est d'arriver à 50-60 %.

Garder le lien

L'appli est activée chez le futur collaborateur au moment de la signature de son contrat. A partir de là, son parcours va dépendre des modules que son nouvel employeur aura choisi d'activer et quand. L'appli donne l'impression que vous faites déjà partie de votre nouvelle entreprise. Mais sans oppression car nombreux sont les collaborateurs engagés qui travaillent encore pour un autre employeur.

" Tout est facultatif dans notre solution, poursuit Stijn De Groef, qui a lui-même travaillé dans les départements RH de grandes sociétés comme Swarovski et Goodyear. Sauf la fourniture de données personnelles, essentielles pour que le contrat démarre bien. C'est le module administratif que tout le monde active. Pour une banque, par exemple, il sert aussi à demander si le futur arrivant souhaite un clavier azerty ou qwerty. Chez Lidl, un de nos clients en Belgique et aux Pays-Bas, c'est par ce biais que le distributeur demande la taille et la pointure de ses nouvelles recrues. Il existe aussi un module microlearning qui donne une introduction sur des sujets importants pour l'entreprise. Chez BNP Paribas Fortis, par exemple, il est sur trois niveaux. Le nouvel arrivant en tant qu'employé, qui fournit toutes les infos sur le salaire ou les assurances, le nouvel arrivant en tant que client de la banque avec tous les avantages que cela peut représenter et le nouvel arrivant en tant qu'ambassadeur de son entreprise. Chaque client a une approche différente. Certains mettent l'accent sur les produits et les marques comme, par exemple, Bacardi. Enfin, le module feed-back est le plus important. Il permet au nouvel engagé de juger son expérience de recrutement, sa première semaine au travail, son accueil, etc. Nous défendons l'idée que les questions et le timing soient standardisés le plus possible. Afin de faire du benchmarking et de permettre à un client de voir où il se situe par rapport aux autres. "

Stijn De Groef, CEO de Talmundo " Pour l'instant, le but n'est pas de faire du bénéfice mais de se développer. " © PG

KMPG fut le premier client belge de Talmundo. Il a choisi l'appli comme moyen de garder le lien avec les étudiants qui avaient signé un contrat bien avant leur diplôme et dont certains se perdaient en route. Depuis, bien d'autres sociétés ont choisi la solution de la start-up belgo-néerlandaise : Telenet, BNP Paribas Fortis, Deloitte, ArcelorMittal, SAS, Swisscom, Coty, Lidl, Fluxys, etc. " Quatre-vingt pour cent de nos clients sont de grandes entreprises, poursuit Stijn De Groef. C'est logique, il faut un certain nombre de nouveaux engagés par an pour que l'appli soit rentable tant sur le plan financier qu'au niveau du temps nécessaire pour ajuster et configurer la solution. Le prix de la licence annuelle est calculé sur la base des engagements prévus. Si vous recrutez 1.000 personnes, le coût par engagé avoisine les 25 euros. Si vous n'en engagez qu'une vingtaine, cela peut monter jusqu'à 200 ou 250 euros. Nous avons environ 10 % des grandes entreprises belges comme clients. L'ambition est d'arriver à 50-60 %. Nous réfléchissons aussi à fournir l'appli en self-service aux PME. Mais c'est encore trop tôt. Notre atout, c'est la personnalisation et le temps que nous prenons pour répondre sur mesure aux besoins des clients. "

Rentable en 2019

Talmundo emploie aujourd'hui 25 personnes. Dix travaillent à La Haye, 10 autres à Anvers. Cinq autres collaborateurs sont disséminés dans le monde, notamment au Brésil pour répondre aux besoins de clients américains ou ayant des filiales américaines comme Bacardi ou ArcelorMittal. Talmundo poursuit son développement et a aujourd'hui 10 postes ouverts tant dans le commercial que dans la gestion des clients et le développement de la solution. La société n'est pas encore rentable mais a reçu en un an 1,8 million d'euros de TIIN, une société néerlandaise de venture capital et de private equity.

" Pour l'instant, le but n'est pas de faire du bénéfice mais de se développer, sourit Stijn De Groef. Nous espérons être rentables au milieu de l'année prochaine. Nous sommes déjà bénéficiaires certains mois, ce qui prouve que le business model est bon. Fin 2017, le chiffre d'affaires atteignait 1 million d'euros. Nous espérons le doubler en 2018 et au moins le tripler en 2019. Le premier trimestre 2018 est excellent et conforme à nos prévisions. Fin de cette année, nous verrons où nous en sommes. Faudra-t-il un autre tour de table ? Sera-t-il temps de s'adosser à une société plus grande comme Randstad ou Manpower qui se lancent dans la digitalisation de leurs services ? Pour un entrepreneur qui, à chaque tour de table, perd un peu de ses actions, trouver le bon timing est un vrai challenge. Mais je n'exclus pas que nous continuions seuls comme Odoo en Wallonie. "

Offensive française

En attendant, Talmundo profite pleinement de l'effet Macron et du dynamisme qui règne dans les milieux économiques français. Coup sur coup : elle a signé un contrat avec Engie pour son siège social à Paris et avec le département Benefits & Rewards du groupe Sodexo qui va tester la solution à Paris et sur un ou deux sites avant de, peut-être, l'implémenter dans le monde entier. Ce développement outre-Quiévrain va s'accompagner de l'engagement de deux collaborateurs spécialement dédiés. Talmundo a aussi gagné une compétition organisée par la RATP, la Stib parisienne. " Elle nous a sélectionnés parmi des centaines de start-up, conclut Stijn De Groef. Nous avons déjà gagné un stand tous frais payés au prochain salon Viva Technology, très important en France. En outre, avec les autres start-up sélectionnées, nous allons pouvoir pitcher pendant cinq minutes face à des DRH. Si nous gagnons, la RATP nous offrira un contrat de 25.000 euros. Ainsi qu'une campagne d'affichage sur leur réseau. Si ma maman voit nos affiches dans le métro de Paris, elle pourra se dire que son fils a fait quelque chose de sa vie. "