Le dollar canadien (CAD) a connu un mauvais début d'année : la monnaie a perdu 2 % par rapport au dollar américain depuis le 1er janvier. En février 2013, le dollar canadien valait encore autant que son pendant américain. Depuis, le " loonie " a perdu près de 30 % de sa valeur. Par rapport à l'euro, le recul depuis le début de cette année dépasse 5 % - en raison de l'étonnante robustesse de la monnaie unique.
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Le dollar canadien (CAD) a connu un mauvais début d'année : la monnaie a perdu 2 % par rapport au dollar américain depuis le 1er janvier. En février 2013, le dollar canadien valait encore autant que son pendant américain. Depuis, le " loonie " a perdu près de 30 % de sa valeur. Par rapport à l'euro, le recul depuis le début de cette année dépasse 5 % - en raison de l'étonnante robustesse de la monnaie unique. La contre-performance du dollar canadien est en partie liée à la baisse du cours du pétrole et à la guerre commerciale latente qui l'oppose à son grand voisin du sud. Le secteur pétrolier revêt une importance primordiale pour l'économie canadienne, dont il représente un quart des exportations totales. La faiblesse du cours du pétrole a lourdement affecté le secteur, en provoquant une nette diminution des nouveaux investissements. En outre, les relations traditionnellement excellentes avec les États-Unis ne cessent de se détériorer. Après que le Canada a durci les conditions d'importation de produits laitiers américains, Donald Trump a instauré une taxe de 3 à 24,1 % sur les importations de bois canadien. Cette décision unilatérale a ulcéré Ottawa, même si le Canada ne peut se permettre d'entretenir de trop mauvaises relations avec les États-Unis. Le pays tire en effet énormément profit de l'ALENA, la zone nord-américaine de libre échange. Les exportations canadiennes vers les États-Unis ont doublé depuis 1993, alors que l'excédent commercial a plus que triplé. Trois quarts des exportations canadiennes partent pour les États-Unis. Mais ce n'est pas tout. Fin avril, on a appris que Home Capital Group (HCG), une banque de taille relativement modeste spécialisée dans les crédits hypothécaires plus risqués, était en manque de liquidités après une accélération des retraits des épargnants. La banque s'est vue contrainte de combler le trou avec un prêt d'urgence de 2 milliards de dollars canadiens à un taux de 22,5 % ( ! ). HCG s'est retrouvée en difficulté quand l'Autorité canadienne des marchés financiers l'a accusée de ne pas avoir informé suffisamment tôt les investisseurs qu'elle avait rompu tout lien avec 45 agents immobiliers qui avaient systématiquement saisi des informations erronées concernant les revenus des acheteurs dans leurs demandes de crédit hypothécaire. Bien que HCG ne soit qu'un acteur de taille relativement réduite, on craint que ces difficultés ne soient que le sommet de l'iceberg. Le marché public canadien est en surchauffe, avec des hausses des prix à deux chiffres dans deux des trois plus grandes villes du pays. À Toronto, les biens immobiliers ont augmenté de 30 % en un an. Vancouver a vu ses logements enchérir de 11 % dans le même temps. Le gouvernement a instauré une nouvelle taxe de 15 % sur les achats par les étrangers pour freiner ces hausses de prix. On peut cependant se demander si cela suffira pour éviter un krach immobilier. Un krach immobilier serait un nouveau coup dur pour l'économie canadienne. Au plus fort de la bulle immobilière américaine, les investissements dans l'immobilier neuf représentaient 7 % du produit intérieur brut (PIB) américain. Le Canada est au-dessus de ce niveau depuis plus d'une décennie. La croissance économique canadienne est désormais moins tributaire du pétrole que de l'immobilier. Si l'économie ne s'est pas contractée en février, c'est uniquement en raison de la forte hausse de l'activité dans le secteur immobilier (construction et ventes) et des activités qui y sont liées, comme les prêts hypothécaires et les rémunérations des avocats. Une crise immobilière affecterait également les banques canadiennes - qui sont sorties à peu près indemnes de la crise financière. En effet, la hausse immobilière est en grande partie financée par la dette. Les crédits hypothécaires représentent 52 % des nouveaux prêts bancaires, contre 21 % pour les crédits des entreprises. L'inquiétude suscitée par l'endettement élevé des ménages et les marchés immobiliers ont incité l'agence de crédit Moody's à revoir à la baisse la note de six des plus grandes banques canadiennes. Il n'est cependant pas encore question de crise immobilière. HCG pourrait être aisément racheté par un concurrent, et les nouvelles mesures du gouvernement canadien pourraient refroidir le marché immobilier à Toronto. De plus, le secteur bancaire canadien est bien capitalisé. Cela n'empêche que la confiance des investisseurs dans l'économie canadienne s'est à nouveau dégradée. Le risque est réel que le dollar canadien continue à perdre du terrain par rapport au dollar américain, d'autant que la Réserve fédérale relève progressivement ses taux. Si vous détenez des obligations en dollar canadien, vous pouvez les conserver, même si nous conseillons de limiter leur exposition à maximum 5 % de votre portefeuille total. Évitez également les émetteurs du secteur immobilier. Les investisseurs qui n'ont pas de dollar canadien en portefeuille ont tout intérêt à attendre que la clarté soit faite concernant le dénouement de l'affaire HCG et l'évolution des prix immobiliers au cours des mois à venir. LA SURCHAUFFE DU MARCHÉ IMMOBILIER PEND COMME UNE ÉPÉE DE DAMOCLÈS AU-DESSUS DE L'ÉCONOMIE CANADIENNE.