C'est une belle histoire, digne d'Ernest Solvay, l'inventeur d'un procédé de fabrication de la soude, qui a rendu le patronyme célèbre en Belgique et développé un empire industriel. Mohamed Takhim, 42 ans, lui, a inventé un procédé pour fabriquer du phosphate, indispensable pour l'agriculture, au départ de minerai pauvre. Une invention très écologique, développée par sa société Ecophos, basée à Louvain-la-Neuve. La production classique, avec du minerai riche, peu abondant, est polluante. " Elle génère six tonnes de déchets par tonne de soude produite, difficiles à traiter, explique-t-il. Notre procédé n'en produit que 30 kg, bien plus aisés à traiter. " Il est également moins cher que la production traditionnelle de phosphate, qui utilise un minerai très concentré, rare, dont le cours est très élevé (plus de 150 dollars la tonne).
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C'est une belle histoire, digne d'Ernest Solvay, l'inventeur d'un procédé de fabrication de la soude, qui a rendu le patronyme célèbre en Belgique et développé un empire industriel. Mohamed Takhim, 42 ans, lui, a inventé un procédé pour fabriquer du phosphate, indispensable pour l'agriculture, au départ de minerai pauvre. Une invention très écologique, développée par sa société Ecophos, basée à Louvain-la-Neuve. La production classique, avec du minerai riche, peu abondant, est polluante. " Elle génère six tonnes de déchets par tonne de soude produite, difficiles à traiter, explique-t-il. Notre procédé n'en produit que 30 kg, bien plus aisés à traiter. " Il est également moins cher que la production traditionnelle de phosphate, qui utilise un minerai très concentré, rare, dont le cours est très élevé (plus de 150 dollars la tonne). Comme Solvay, Mohamed Takhim multiplie les usines à l'étranger. Il possède une usine à Rotterdam, une autre en Bulgarie. En 2017, il a ouvert Dunkerque. L'an prochain, ce sera le tour de l'Inde, puis de huit usines en Chine à travers une joint-venture signée cette année.Ce développement est l'aboutissement d'un long parcours qui a débuté au Maroc. C'est là que Mohamed Takhim, encore lycéen, a imaginé un procédé de purification du phosphate, dont son pays natal est grand producteur. Une petite révolution pour l'exploitation de cette matière précieuse et méconnue. " Comme l'oxygène ou l'eau, elle est indispensable à la vie, dit-il. Il en faut pour faire pousser les plantes : 80 % des phosphates sont utilisés pour fertiliser les champs. " Mohamed Takhim est venu présenter son invention au salon Eurêka, à Bruxelles, en 1995. Il avait à peine 19 ans. Il y a impressionné des investisseurs qui l'ont aidé à lancer Ecophos, alors qu'il poursuivait encore ses études (en ingénieur procédé chimique et MBA Skema Business School à Paris). Débute alors un long périple pour valider le processus et mettre au point la production industrielle. Aujourd'hui, le temps de la récolte est arrivé. Avec ses premières usines, Ecophos peut montrer son savoir-faire et convaincre banquiers, investisseurs et partenaires pour s'exporter. " L'an passé, j'ai passé 228 jours en voyage", précise-t-il. Le groupe réalise un chiffre d'affaires consolidé de 151 millions d'euros en 2017 et occupe 350 personnes, dont une moitié en Belgique. Les usines sont soit détenues en propre (Dunkerque), soit en joint-venture (Chine). Mais Ecophos vend également son procédé, en échange de royalties. Un groupe russe va ainsi ouvrir une immense usine au Kazakhstan pour exploiter du minerai de phosphate pauvre, abondant dans ce pays. Côté belge, il n'y a pas (encore) d'usine. " Je cherche 5 à 10 ha à Anvers, mais le terrain manque ", précise Mohamed Takhim. L'étape suivante consistera à exploiter les boues des centrales d'épuration, incinérées, très riches en phosphate.La succession semble assurée. L'inventeur est l'heureux père d'une petite fille, Sofia, sept ans en janvier. " Elle a voulu avoir un petit labo de chimie, comme moi à son âge, dit-il, ému. Elle adore les cristaux. Je lui ai dit que ceux du phosphate sont très petits. Elle m'a répondu que ça ne faisait rien et m'a demandé de lui en donner un grand sac. "