Dans le monde littéraire, l'année compte deux rentrées, comme les deux fournées d'un boulanger investi et inventif, ou les deux mi-temps d'un match duquel on changerait en cours de route l'intégralité des joueurs. Ou des joueuses.
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Dans le monde littéraire, l'année compte deux rentrées, comme les deux fournées d'un boulanger investi et inventif, ou les deux mi-temps d'un match duquel on changerait en cours de route l'intégralité des joueurs. Ou des joueuses. Dans cette nouvelle fournée-équipe de janvier, il faut compter avec la Belge Sophie Weverbergh dont le premier roman Précipitations aura de quoi vous emporter et combler vos carences vitaminiques hivernales. Son livre paraît chez Verticales, sérieuse maison parisienne aujourd'hui rattachée à Gallimard. Son autrice est née au début des années 1980 et, après des études de lettres, a gravité autour de l'écriture de façon plus alimentaire qu'artistique. Ici, elle se rattrape d'un sacré coup. Dans les atouts majeurs: la maîtrise et la très belle langue de Sophie Weverbergh, ses longues phrases bien balancées, sa façon de raconter un Brabant wallon flétri, des scènes mémorables, magnifiques envolées, comme celle le long du bar où Pétra livre son intimité à celui qu'elle nomme, non sans ironie, le clown - parce que c'est son vrai métier, clown, et qu'elle est coulrophobe, c'est-à-dire qu'elle en a justement une phobie, des clowns. D'autres grands moments se déroulent devant le lavabo d'une cuisine, chez le concessionnaire et bien sûr au cirque. C'est un texte d'aujourd'hui, mais pas dans l'air du temps: un texte d'aujourd'hui qui a saisi les enjeux de la littérature contemporaine et nous raconte Pétra avec justesse et beaucoup de poésie. On est dans la peau de cette femme, qui s'appelle elle-même marâtre, on est dans sa peau qui tire, dans sa tête qui grésille et c'est difficile d'en sortir à la fin. Bref, on est plongé dans l'univers décentré d'une autrice qu'il nous tarde déjà de retrouver.