Qu'y a-t-il de plus poisseux que le glaçage des petits fours servis aux sommets de l'Union africaine (UA)? Peut-être l'ironie des discours prononcés par ceux qui les mangent. Entre des repas largement financés par les donateurs occidentaux, les dirigeants africains montent à la tribune pour dénoncer l'excessive influence de l'Occident. Malgré toute cette hypocrisie, ils ont raison sur un point: les dons peuvent entraîner des problèmes économiques et saper la souveraineté.
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Qu'y a-t-il de plus poisseux que le glaçage des petits fours servis aux sommets de l'Union africaine (UA)? Peut-être l'ironie des discours prononcés par ceux qui les mangent. Entre des repas largement financés par les donateurs occidentaux, les dirigeants africains montent à la tribune pour dénoncer l'excessive influence de l'Occident. Malgré toute cette hypocrisie, ils ont raison sur un point: les dons peuvent entraîner des problèmes économiques et saper la souveraineté. L'économiste zambienne Dambisa Moyo faisait valoir dans son livre L'Aide fatale, en 2009, que l'aide accroît la pauvreté en alimentant la corruption et en renchérissant les exportations. "L'aide n'est pas bienfaisante, elle est pernicieuse", écrivait-elle. Quand le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a déclaré plus tard "Il est évident que le bus de l'aide ne va pas emmener l'Afrique là où elle doit aller" , il exprimait une idée répandue sur le continent. Pourtant, l'aide a continué d'augmenter, passant de 129 milliards de dollars en 2010 à 169 milliards en 2019. L'Afrique en est depuis longtemps le principal bénéficiaire. En 2021, cette tendance va s'inverser. Les pays riches réduisent l'aide directe d'environ un tiers en raison de leurs propres problèmes. Les répercussions immédiates seront mauvaises. Bill Gates, le philanthrope, assure que le Covid-19 et les réductions d'aides sapent 25 ans de progrès en matière de santé. D'après les estimations de la Banque mondiale, 100 millions d'individus supplémentaires pourraient basculer dans l'extrême pauvreté (qui pourrait donc toucher entre 703 et 729 millions de personnes). Cependant, il y aura des changements positifs à long terme. Les envois d'argent vont devenir encore plus importants que l'aide. Ceux-ci, après avoir diminué de 23% pour passer à 37 milliards de dollars en 2020, devraient légèrement repartir à la hausse en 2021. Une bonne partie de l'argent envoyé dans leur pays d'origine par les migrants va à l'éducation et au logement. Une petite portion de ces fonds est volée par des responsables corrompus. De nombreux pays africains consacrent les maigres fonds de l'aide à des filets de sécurité sociale, et non à des projets grandioses et dispendieux. Or, si l'aide diminue, de nombreux pays vont devoir prélever plus d'impôts. Pour ce faire, ils vont devoir promettre une meilleure gouvernance, plus de transparence, plus de démocratie. Et il y aura peut-être moins de petits fours dans les grands raouts officiels.