Ce petit virus qui fait, hélas, parler de lui quotidiennement étonne chaque jour nos concitoyens. Il y a de quoi. A en croire certains commentateurs, il a plus fait à lui seul pour diminuer la pollution que tous les discours écologiques depuis des années. Sinon, comment expliquer que des bancs de poissons soient revenus dans les canaux habituellement pollués de Venise ?
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Ce petit virus qui fait, hélas, parler de lui quotidiennement étonne chaque jour nos concitoyens. Il y a de quoi. A en croire certains commentateurs, il a plus fait à lui seul pour diminuer la pollution que tous les discours écologiques depuis des années. Sinon, comment expliquer que des bancs de poissons soient revenus dans les canaux habituellement pollués de Venise ? Au niveau de la finance, ce virus aura même réussi ce que le PTB n'aurait jamais pu rêver : faire en sorte que la plupart des entreprises mondiales, et en particulier les banques, s'abstiennent de distribuer des dividendes à leurs actionnaires. Les militants du PTB doivent jubiler car c'est en soi une prouesse : non seulement les actionnaires (forcément capitalistes) souffrent déjà très fortement dans leur portefeuille avec la chute des cours de Bourse mais, en plus, ils sont privés de dividendes. Bref, c'est la double peine pour ces " affreux capitalistes " même si nos " camarades " oublient que l'épargnant modeste est également frappé via sa sicav ou son épargne-pension. La meilleure preuve de cette descente aux enfers du capital, c'est la chute vertigineuse de l'action KBC. Bien que cette banque soit considérée comme l'une des mieux gérées au monde, le cours de son action a diminué de moitié depuis le début de la crise (- 45%). Autant l'avouer, l'ampleur de la perte est énorme et n'est pas justifiée par les fondamentaux de la bank van hier. Mais il faut ajouter que la glissade a été accentuée en Bourse lorsque la direction de la KBC a décidé de reporter la distribution d'un dividende vers le mois d'octobre. Comment faire autrement, lorsque la Banque centrale européenne (BCE), l'autorité de contrôle, enjoint toutes les banques à faire preuve de solidarité et à renoncer à distribuer des dividendes ? Mais attention, contrairement à ce que le grand public peut lire sur les réseaux sociaux, ce virus n'est ni de gauche ni de droite. Il est juste cruel et agnostique sur le plan politique et religieux. Il n'y a qu'à regarder la carte de l'épidémie pour enlever le moindre doute. Les " camarades " du PTB doivent aussi se souvenir qu'il frappe plus durement les pays pauvres que les pays riches. En Inde, 70% du PIB reposent sur l'économie informelle. Dit prosaïquement, la population locale mange le soir ce qu'elle a gagné durant la journée. En clair, comment organiser ou même envisager un confinement avec une économie de la survie ? En Occident, la situation est plus gérable, même s'il faut rappeler que ce virus frappe plus durement les personnes les moins qualifiées (horeca). Aujourd'hui, ce virus pose un cruel dilemme aux dirigeants politiques occidentaux. Chacun sait que la sortie du confinement sera sans doute graduelle, histoire d'éviter un retour de l'épidémie. Nathalie Muylle, notre ministre de l'Economie, ne s'en est pas cachée auprès de la presse flamande. Selon les experts, l'idéal serait que les écoles reprennent leur vie normale en premier lieu. Ensuite, ce serait au tour des collaborateurs en mode télétravail. Puis, ce serait la réouverture des commerces. Et, enfin, le retour de l'horeca à la vie normale ! Bien entendu, ce n'est qu'un scénario élaboré par les experts parmi d'autres. Mais qu'on ne se leurre pas: experts ou pas, la décision finale appartiendra aux politiques. Le hic magistral (et les politiques le savent, d'où leur prudence de Sioux), c'est que si on veut éradiquer à 100% l'épidémie et être sûr qu'elle ne revienne pas en une seconde vague, il faudrait nous confiner jusqu'en juin ou juillet. Soyons réalistes, l'économie ne s'en relèverait pas. Il faudrait non pas quatre ou cinq mois pour revenir à la normale mais sans doute quatre ou cinq ans. Le choix des politiques est donc cornélien : opter pour une guérison totale ou sauver l'économie ? Dans un style moins nuancé, Donald Trump avait déjà dit en substance la même chose : " il ne faudrait pas que le remède soit pire que la maladie ". Le débat ne fait donc que commencer avec un autre danger à la clé : qu'on ait deux crises, sanitaire et économique, qui s'éternisent.