A lire les chiffres des immatriculations, le secteur automobile belge semble se remettre de la crise du Covid-19. En juin et en juillet, les immatriculations de voitures neuves avaient presque atteint leur niveau des mêmes mois en 2019 alors qu'elles sont en berne presque partout en Europe.
...

A lire les chiffres des immatriculations, le secteur automobile belge semble se remettre de la crise du Covid-19. En juin et en juillet, les immatriculations de voitures neuves avaient presque atteint leur niveau des mêmes mois en 2019 alors qu'elles sont en berne presque partout en Europe. En moyenne, dans l'Union européenne, les immatriculations ont reculé de 22,3% en juin, premier mois post-confinement, contre à peine -1,8% pour la Belgique (donnée de l'Association des constructeurs européens, dernier mois disponible). Même en Allemagne, où les pouvoirs publics ont réduit la TVA (de 19% à 16%) et amélioré les primes à l'achat pour les voitures électriques, les immatriculations de juin ont reculé de plus de 30%. Les importateurs belges ne sablent pas le champagne pour autant. Ces chiffres rassurants sont un trompe-l'oeil. Ils " reflètent surtout un rattrapage ", estime Philippe Dehennin, président de la Febiac (fédération des importateurs d'automobiles). Le retour à des chiffres " normaux " dès juin est surtout l'effet de livraisons différées par le confinement des commandes effectuées lors du Salon de l'auto de janvier, qui est une spécificité belge, et des " retards de livraison occasionnés par l'arrêt des usines ". La Febiac redoute un recul de 25% sur l'ensemble de l'année. " Juillet n'efface pas le 'trou' de mars, avril et mai : avec seulement 261.137 immatriculations après sept mois, le marché reste en recul de -26,6 % ", continue Philippe Dehennin. L'an dernier, on comptabilisait en effet 355.598 immatriculations pour la même période : soit une différence de 94.461 véhicules ! Certaines marques ont toutefois quasi rattrapé le temps perdu par la pandémie. C'est le cas de BMW qui a immatriculé 66% de voitures en plus en juillet 2020 (vs 2019). " Nous avions fait un bon Salon, avec des modèles livrables qui font du volume, comme le nouveau SUV BMW XI, les nouvelles Série 1 ", déclare Jeroen Lissen, porte-parole de BMW Belux. Cela a permis de limiter le recul à -8,86% sur les sept premiers mois. Les situations sont très variables selon les marques, la disponibilité ou la présence ou pas de nouveaux modèles. Pour Volkswagen, l'effet de rattrapage n'est guère visible car la nouvelle Golf n'était pas encore disponible à la livraison dans ses versions les plus vendues. Mercedes affiche un net recul pour juillet (-38,3%) mais l'an dernier, l'été avait été marqué par une vente exceptionnelle d'un stock d'autos avant un changement de normes d'émission. En revanche, Toyota a quasiment retrouvé les chiffres des sept premiers mois de 2019 grâce à sa forte position historique dans la motorisation hybride et à une grosse livraison pendant le confinement à la société i-mens (soins à domicile à Bruxelles et en Flandre). Les importateurs attendent avec anxiété les chiffres des prochains mois, lesquels devraient fléchir après l'effet Salon. Malgré le regain de popularité de la voiture face à la méfiance sanitaire frappant les transports en commun, le climat économique incertain n'encourage pas l'achat de voitures neuves. Il pousse davantage l'occasion ( lire l'encadré " L'occasion fait mieux "). Même le marché de la voiture de société, stabilisateur des périodes de crise, pourrait s'éroder. " Le fait que beaucoup de sociétés et entreprises souffrent fortement de la crise du Covid-19 impacte ce marché ", indique Joost Kaesemans, porte-parole de Febiac. " Nous pensons que le marché se situera à 430.000 immatriculations cette année, contre 550.000 en 2019, avance Jean-Marc Ponteville, porte-parole du groupe D'Ieteren Auto. Beaucoup d'entreprises restent prudentes pour le second semestre. Nous n'anticipons pas une envolée du marché mais plutôt un semestre faible. Ce qui est préoccupant, c'est que nous voyons le marché des deux prochaines années à 450.000 immatriculations. " D'Ieteren Auto a du reste annoncé des mesures de restructuration pour adapter son réseau de distribution à cette nouvelle réalité. L'électrification est une voie qui pourrait toutefois relancer le marché à terme. Le monde politique est plus enclin aujourd'hui à pousser les véhicules zéro émission que les autres. Les représentants du secteur en Belgique, Febiac et Traxio, n'ont toutefois pas obtenu un soutien temporaire de l'Etat (fédéral ou Régions) à la vente des voitures, comme chez nos voisins. Ils espèrent encore un plan public pour accélérer le déploiement des bornes de recharge publiques, comme aux Pays-Bas où " différentes mesures sont prévues pour porter à 1.700.000 le nombre total de points de recharge d'ici 2030 ", précise Philippe Dehennin. " Un fonds national de mutualisation des investissements en installation de recharge pour véhicules électriques sur la voie publique, dans les copropriétés et dans les bureaux permettra d'y supporter un parc de 2.000.000 véhicules électrifiés dans 10 ans ", ajoute-t-il.