L'Accord de Paris est simplement le dernier exemple d'un accord qui désavantage les Etats-Unis au bénéfice exclusif des autres pays, laissant les travailleurs et les contribuables américains en payer les frais en pertes d'emplois, baisses de salaires, fermetures d'usines et baisse significative de la production ". Le 1er juin dernier, dans la Roseraie de la Maison-Blanche, Donald Trump expliquait pourquoi les Etats-Unis se retiraient de l'Accord de Paris sur le climat. Il a certes rempli de joie une partie de ses électeurs qui attendaient qu'il concrétise ses promesses de campagne. Mais il a surtout jeté une belle confusion sur le sens de l'accord signé en 2015 à Paris et sur ses conséquences.
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L'Accord de Paris est simplement le dernier exemple d'un accord qui désavantage les Etats-Unis au bénéfice exclusif des autres pays, laissant les travailleurs et les contribuables américains en payer les frais en pertes d'emplois, baisses de salaires, fermetures d'usines et baisse significative de la production ". Le 1er juin dernier, dans la Roseraie de la Maison-Blanche, Donald Trump expliquait pourquoi les Etats-Unis se retiraient de l'Accord de Paris sur le climat. Il a certes rempli de joie une partie de ses électeurs qui attendaient qu'il concrétise ses promesses de campagne. Mais il a surtout jeté une belle confusion sur le sens de l'accord signé en 2015 à Paris et sur ses conséquences. Présenter cet accord sur le climat comme une obligation injuste pour les Etats-Unis est simplement faux. L'accord est en effet non contraignant : les 194 pays signataires représentent la planète entière, moins la Syrie et le Nicaragua. Même la Corée du Nord a posé son paraphe au bas du texte ! Et ces pays ont déterminé eux-mêmes leurs engagements. Les Etats-Unis se sont, par exemple, engagés à réduire d'ici à 2025 leurs émissions de carbone de 26 à 28 % par rapport au niveau de 2005. Comme le soulignait Robert Stavins, professeur en affaires publiques à Harvard : " Si Donald Trump avait le sentiment que la contribution qui avait été fixée par Barack Obama dans l'Accord de Paris était injuste, il lui suffisait de l'abaisser plutôt que de rejeter l'accord dans son entier." Heureusement d'ailleurs, une partie des Etats-Unis poursuivra l'effort. La moitié des Etats américains ont déjà mis en place des programmes de production d'énergies renouvelables, la Californie prenant très clairement la tête de la fronde et de nombreux pouvoirs locaux - des grandes villes comme New York, Washington, Pittsburgh, pour ne citer qu'elles - ont signifié qu'ils continuaient à aller de l'avant. De même, un grand nombre de géants industriels (des pétroliers Chevron, Exxon Mobil, ConocoPhillips, etc.), des grands manufacturiers (General Electric, General Motors, etc.), des producteurs d'électricité (National Grid, etc.) et même des mines de charbon (Arch Coal, Peabody Energy, etc.) continuent à souscrire à l'Accord de Paris, de même que la propre fille de Donald Trump, Ivanka, et son époux Jared Kushner. Au sein même de l'administration américaine, de grandes divergences apparaissent. Rex Tillerson, le secrétaire d'Etat américain (l'équivalent de ministre des Affaires étrangères), soutenait la COP 21 quand il était patron d'ExxonMobil. Et il continue dans cette voie : " Je crois qu'il est important que les Etats-Unis continuent à siéger à la table où l'on débat de la manière dont on affronte les menaces dues au changement climatique, qui requièrent une réponse mondiale. Aucun pays ne va résoudre ces problèmes tout seul ", déclarait-il en mai. Mais un des soutiens les plus inattendus à l'accord provient du Pentagone, le ministère américain de la Défense. Le secrétaire à la Défense, l'ancien général James Mattis a, un mois avant l'annonce du retrait des Etats-Unis de l'accord sur le climat, tenu un discours très étonnant devant une commission du Sénat américain : " Les changements climatiques impactent la stabilité des régions où nos troupes opèrent aujourd'hui (...). Le changement climatique peut être un moteur d'instabilité et le département de la Défense doit être très attentif au potentiel impact négatif engendré par ce phénomène." Dan Coats, qui dirige la National Intelligence, c'est-à-dire les services de renseignements américains, abonde : il s'inquiète de ce que cette année 2017 sera encore parmi les plus chaudes dans les annales météorologique mondiales. " Ce réchauffement, a-t-il noté, devrait engendrer davantage d'événements météorologiques intenses et extrêmes, répartis de manière inégale dans le temps et la géographie. " Pourquoi donc les patrons américains du renseignement, de la défense et des affaires étrangères, qui n'ont pas précisément le profil de militants de Greenpeace, se sentent directement concernés par le climat ? Parce que de nombreuses études montrent que le changement climatique fait non seulement peser de grands risques économiques, écologiques et démographiques dans le futur, mais qu' il est aussi, depuis des années, un des principaux moteurs d'instabilité politique et de conflits dans le monde. En 2007 déjà, le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Ban Ki-Moon, avait déclaré que le Darfour (300.000 morts, 2,7 millions de personnes déplacées), à l'ouest du Soudan, était la première guerre causée par le changement climatique : la fréquence des pluies s'était réduite et les déplacements de population qui en avaient résulté avaient attisé les conflits ethniques et religieux. Ce cas n'est pas isolé. A Potsdam, des chercheurs de l'Institut de recherche sur les effets climatiques ont montré que, surtout dans les pays " ethniquement fractionnés ", l'arrivée d'un événement climatique accroît sensiblement le risque de conflit. Cette corrélation entre le climat et l'instabilité politique a été confirmée par une autre étude, réalisée par trois chercheurs de la Columbia University et publiée dans la revue Nature. Selon le trio, le phénomène El Niño et le réchauffement global de la zone Pacifique ont joué un rôle dans 21 % des conflits depuis 1950. Ainsi, la sécheresse qui a ravagé la Chine en 2010 a sans doute été un des moteurs du Printemps arabe : elle a obligé Pékin à acheter massivement du blé à l'Egypte, qui n'en a plus eu suffisamment pour sa propre population. Agnès Sinaï, dans Le Monde diplomatique, a rappelé qu'entre juin 2010 et février 2011, en Egypte, la tonne de blé est passée de 157 à 326 dollars et le prix du pain à triplé, " ce qui a accru le mécontentement populaire contre le régime autoritaire du président Hosni Moubarak ", conclut-elle. L'exemple le plus frappant est sans doute celui de la Syrie. Ce conflit a causé en cinq ans la mort d'un demi-million de personnes, en a blessé 2 millions, a poussé à l'exil près de 5 millions de réfugiés et en a déplacé, à l'intérieur du pays, 7 millions d'autres. Or, tout a commencé alors que la Syrie vivait, depuis 2006, la plus importante sécheresse depuis 900 ans. Une sécheresse clairement causée par le changement climatique qui avait rehaussé le niveau de la Méditerranée et diminué l'humidité du sol. " Cette sécheresse, constate Vikram Mansharamani, professeur à l'université de Yale, a ruiné les exploitations agricoles, forcé 1,5 million d'habitants des régions rurales à se réfugier dans les villes, où se trouvaient aussi des réfugiés irakiens, et décimé le bétail. " Cet effondrement agricole, en déstabilisant la société syrienne, a ainsi accru l'opposition à Bachar el-Assad et facilité l'implantation de Daesh en Syrie et en Irak. Face à ces évolutions, un général américain, Martin Dempsey, avait plaidé, en 2015 déjà, pour davantage d'implication dans l'aide au développement et dans la réduction de ces déséquilibres causés en partie par le climat. " Balancer un tapis de bombes sur Daesh n'est pas la solution ", avait-il dit. Visiblement, il n'a pas été entendu par la Maison-Blanche. Au sein même de l'administration américaine, de grandes divergences apparaissent.