" Toutes les participations de l'Etat fédéral vont être passées à la loupe dans les prochains mois au sein d'un groupe de travail. Quand je dis toutes, c'est toutes. Il n'y a pas de raison que l'on examine une privatisation de Belfius et que l'on ne regarde pas d'autres entreprises. Nous allons donc, par exemple, examiner la situation de Proximus mais aussi de la SNCB. " Dans un entretien donné à L'Echo à la fin des vacances d'été, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt avait donc été clair. Tout doit partir.
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" Toutes les participations de l'Etat fédéral vont être passées à la loupe dans les prochains mois au sein d'un groupe de travail. Quand je dis toutes, c'est toutes. Il n'y a pas de raison que l'on examine une privatisation de Belfius et que l'on ne regarde pas d'autres entreprises. Nous allons donc, par exemple, examiner la situation de Proximus mais aussi de la SNCB. " Dans un entretien donné à L'Echo à la fin des vacances d'été, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt avait donc été clair. Tout doit partir. Ce n'est pas étonnant alors que la croissance ne redémarre que très lentement, que le rendement de certains impôts laisse à désirer, que les instances européennes conservent un regard vigilant sur l'évolution de notre dette publique et que notre endettement reste bien au-delà de 100 % du PIB. " Contrairement à un pays comme la France où l'on a procédé à beaucoup de nationalisations après la Deuxième Guerre mondiale puis avec l'arrivée de François Mitterrand à la présidence, historiquement, l'Etat belge n'a jamais été un grand actionnaire ", constate Etienne de Callataÿ. La Belgique n'a donc pas beaucoup dans ses tiroirs. Ouvrons-les tiroirs. On y trouve trois grands types d'actifs qui sont, pour une bonne part, logés dans la SFPI, le bras financier de l'Etat fédéral. Les premiers sont des prises de participations pour accompagner des sociétés privées. Parmi les plus importantes, il y a les 4,5 % dans le gestionnaire des Bourses européennes Euronext (valorisé fin 2016 à plus de 60 millions d'euros), 2,7 % dans la SIR Befimmo (35 millions), des parts dans la société aéronautique Asco (24 millions), 2,1 % dans Fluxys (22 millions). Le deuxième type d'actifs sont des participations pour lesquelles la Société fédérale de participations et d'investissement joue le rôle d'un holding public : la SFPI possède 26 % de bpost, mais l'Etat en possède aussi directement 25 %. Aux cours de Bourse d'aujourd'hui, ce bloc de 51 % vaut environ 2,4 milliards d'euros. Autre participation importante : les 27 % dans Brussels Airport. Et puis, la SFPI agit aussi en mission déléguée, investissant pour le compte du gouvernement. C'est là que se trouvent quelques gros morceaux et notamment les participations réalisées en 2008 pour sauver notre système financier. Ainsi, après la vente d'un bloc de 2,5 % du capital de BNP Paribas Fortis en mai dernier, la SFPI conserve encore 7,8 % d'actions du groupe français, qui vaut environ 6,5 milliards selon les cours de Bourse actuels. Elle détient aussi 50,02 % de Dexia, 43 % de Royal Park Investments (la bad bank héritée de Fortis dans laquelle il ne reste plus rien, sauf des litiges. Des litiges qui, paradoxalement, sont généralement gagnés : en avril dernier, RPI a ainsi distribué 40 millions de dividendes et réduit son capital en remboursant 20 millions à ses actionnaires). La SFPI possède aussi 25 % de Vitrufin (Ethias Finance). Et naturellement 100 % de Belfius. L'Etat possède aussi en direct quelques beaux actifs : 25 % dans bpost, mais aussi 53,5 % dans Proximus (un bloc qui vaut aujourd'hui environ 5,3 milliards). L'Etat est aussi propriétaire de la Loterie Nationale, de la SNCB, ainsi que du gestionnaire du réseau ferroviaire Infrabel. Dans cet état des lieux, tout n'est pas vendable et une réflexion doit encore aboutir sur ce que l'Etat veut garder comme actifs. Mais BNP Paribas Fortis, bpost, Ethias, Belfius, Proximus (évoqué récemment par Didier Reynders), plus les quelques participations liquides (Euronext, Fluxys), pèsent ensemble une vingtaine de milliards d'euros. On sait déjà que l'an prochain, une partie (30 ou 40 % ? ) de Belfius sera introduite en Bourse. La banque est valorisée environ 8 ou 9 milliards d'euros alors que l'Etat l'avait payée 4 milliards lors de la scission de Dexia en 2012. Ce sera donc une bonne affaire pour les finances publiques. Toujours au niveau des participations dans le secteur financier, une nouvelle cession d'un bloc de BNP Paribas Fortis après celle intervenue en mai est toujours possible. En revanche, la piste qui consistait à céder Ethias à un privé (Ageas était sur les rangs) est abandonnée pour deux ans, afin de donner de l'air au management et de s'accorder avec les Régions flamande et wallonne. On a aussi entendu le ministre des Finances Johan van Overtveldt évoquer la SNCB. Mais il semble y avoir eu un malentendu. Le Premier ministre Charles Michel a immédiatement précisé qu'il n'était pas question de vendre nos " chemins de fer ". En réalité, le groupe ferroviaire se rationalise (de 140 filiales diverses et variées, il ne reste plus qu'une quarantaine) et, au sein du gouvernement, un groupe de travail analyse ce qui doit rester et ce qui peut être valorisé. " Nous avons par exemple cédé à CMI, en juin dernier, 82 % du bureau d'études Transurb ", souligne François Bellot, le ministre des Transports et de la Mobilité. Et puis, il y a l'immobilier. La Régie des Bâtiments possède, outre quelques immeubles de prestige (le Théâtre de la Monnaie, les serres de Laeken, les musées des Beaux-Arts, du Cinquantenaire, de Tervueren, etc.), près de 800 bâtiments de bureaux. L'Etat pourrait certes réaliser encore une nouvelle opération de sale and lease back à l'image de celles réalisées entre 2000 et 2006, mais les grands bâtiments (tour des Finances, cité administrative, etc.) sont déjà partis. Et une nouvelle opération est à considérer avec prudence. En commentant ces ventes, la Cour des Comptes n'a pas été particulièrement tendre, parlant d'opérations " faibles et mal structurées "... Il est vrai que si ces opérations ont rapporté immédiatement 1,3 milliard, les loyers que l'Etat doit désormais payer s'élèvent à environ 1,8 milliard d'euros sur une trentaine d'années. Lorsque l'on parle immobilier, on songe également à la SNCB, qui est un grand propriétaire. Elle détient environ 1.800 bâtiments totalisant 2 millions de m2 et 5.800 hectares de terrains. On a pu lire récemment dans la presse que certains experts valoriseraient ce patrimoine à 20 milliards d'euros. C'est sans doute très fortement exagéré. Ce sont des chiffres dont on ignore la source et qui sont " très excessifs ", dit une source proche de la SNCB. Aujourd'hui, dans le bilan consolidé du groupe, l'immobilier au sens large est valorisé à 7,4 milliards d'euros environ. Une valorisation qui reflète bien la valeur de ce patrimoine car elle a été effectuée récemment, en 2014, lors de la restructuration du groupe en deux entités (SNCB et Infrabel). " Ce montant comprend quatre types de biens, précise le ministre de la Mobilité et des Transports François Bellot. Il y a les biens indispensables (gares, ponts, parkings, etc.). Il y a ceux qui ne sont pas utilisés aujourd'hui, mais qui devraient l'être demain (les terrains nécessaires aux extensions de parking, par exemple). Il y a les biens dont nous n'aurons plus jamais besoin (les 10 hectares à côté de la gare d'Ottignies, par exemple). Et ceux sur lesquels nous hésitons encore. " La valorisation des biens de la troisième catégorie, ceux que la SNCB cherche à vendre, est toutefois délicate. " Les bâtiments non utilisés sont aussi, souvent, non entretenus et leur valeur se dégrade très vite. Quant aux terrains, ils sont parfois frappés de charges environnementales, tels que les 20 hectares de Bruxelles Ouest, qui doivent être décontaminés car ils ont abrité des produits sidérurgiques et pétroliers ", observe François Bellot, qui ajoute que la facture environnementale peut effacer complètement les gains de la vente. Il n'y a donc pas de grands bénéfices à attendre. Et s'il y en a, ils resteront dans le groupe SNCB. " Les bénéfices serviront à moderniser les gares et les équipements, ajoute François Bellot. C'est un fantasme de croire que la SNCB est assise sur un magot ", lâche-t-il. PIERRE-HENRI THOMAS"Toutes les participations de l'Etat fédéral vont être passées à la loupe dans les prochains mois au sein d'un groupe de travail. Quand je dis toutes, c'est toutes. " - Johan Van Overtveldt, ministre des Finances L'Etat possède aussi en direct quelques beaux actifs : 25 % dans bpost, mais aussi 53,5 % dans Proximus.