Dans la drôle de fable qu'est Chien (2015), de Samuel Benchetrit, le personnage principal se faisait compagnon canin. Le héros de Reviens, son nouveau roman, est déjà à quatre pattes quand nous faisons sa connaissance. Ecrivain remarqué pour une première oeuvre sur les banlieues, l'homme est en effet bien en peine de pondre la moindre page de son prochain livre sur Pline l'Ancien dont tout le monde se fout, y compris son éditeur. Séparé de sa femme, il erre dans la chambre de son fils parti pour un voyage en solitaire dans le Grand Nord. Le souvenir d'une vie à deux emplit l'appartement où la déprime se consume au rythme de nombreuses cigarettes et d'e-mails parcellaires. Poursuivi par le fisc, en panne sèche d'inspiration, le narrateur ne pouvait imaginer ce qui allait suivre, ni même le lecteur.
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Dans la drôle de fable qu'est Chien (2015), de Samuel Benchetrit, le personnage principal se faisait compagnon canin. Le héros de Reviens, son nouveau roman, est déjà à quatre pattes quand nous faisons sa connaissance. Ecrivain remarqué pour une première oeuvre sur les banlieues, l'homme est en effet bien en peine de pondre la moindre page de son prochain livre sur Pline l'Ancien dont tout le monde se fout, y compris son éditeur. Séparé de sa femme, il erre dans la chambre de son fils parti pour un voyage en solitaire dans le Grand Nord. Le souvenir d'une vie à deux emplit l'appartement où la déprime se consume au rythme de nombreuses cigarettes et d'e-mails parcellaires. Poursuivi par le fisc, en panne sèche d'inspiration, le narrateur ne pouvait imaginer ce qui allait suivre, ni même le lecteur. Se retrouver à faire la lecture en maison de retraite de romans de gare, répondre avec conviction à un spam d'escroc et partir à la recherche d'un canard dans la périphérie de Paris pour séduire une infirmière bègue composent un programme, disons, décalé. Samuel Benchetrit explique avoir rédigé ce roman comme son personnage agit : en déambulation. " C'est un livre qui m'est tombé dessus, comme ça. Je l'ai écrit un peu en mode automatique, les sujets me sont venus les uns à la suite des autres. " Après avoir parlé " de types qui s'effondraient ", l'auteur souhaitait marcher dans l'autre sens mais pas à reculons, et donc convier " un personnage sclérosé qu'on découvre dans un moment dépressif de sa vie mais qui va trouver la lumière ". Mystique ? " Je voulais m'intéresser à un écrivain entre deux livres. C'est quelqu'un qui retrouve une réalité qu'il avait abandonnée, ses problèmes ont grandi autour de lui, nous explique-t-il tout en recadrant les apparences. On peut avoir l'impression que ce personnage déteste l'humanité. Je crois plutôt qu'il est naïf. " Au fil des stations de ce chemin de croix à la Lewis Carroll, l'incongruité nous prend par la main. Les yeux ronds comme des billes, on se laisse porter de rebondissements en personnages étranges. Avec la conviction du désespéré, on observe le héros reprendre pied dans le concret. Mais pourquoi cet aventurier de la lose se lance-t-il dans ces quêtes invraisemblables ? La raison se trouve dans la correspondance épisodique entre le père et son fils. Les deux s'échangent, avec une économie de mots, anecdotes et banalités. Dans leurs silences de " vrais mecs ", l'affection explose pourtant. " Ce qui m'intéresse par rapport au fils, c'est cette pudeur que peuvent avoir les enfants déjà très jeunes. Dès qu'ils vont à l'école, il leur arrive des choses qui ne nous regardent plus. Et c'est tant mieux ! Quand on leur demande 'Ça a été l'école ? ', ils nous répondent 'Ouais ouais'. Derrière ce 'ouais ouais' se cache une vie sociale, avec ses bonheurs et sa violence. " " On attend de nos enfants des nouvelles que nous sommes nous-mêmes incapables de donner ", écrit l'auteur dans Reviens. Le titre résonne comme une imploration lancée aux marins du bord du quai. " On dit à nos enfants de faire attention, des conseils qu'on ne suivrait même pas nous-mêmes. Les parents veulent qu'ils vivent mieux qu'eux. Et pourtant, on leur dit de se méfier, on les charge de négatif. " Lui-même père, Benchetrit en a fait lui-même l'expérience et pointe l'illusion de la mission parentale. L'auteur nous rappelle à ce titre l'adage de Jacques Brel : " ce qui compte, c'est l'intensité d'une vie, et pas la durée d'une vie ". Après Chien, il s'amuse encore à observer les rapports qu'ont les adultes avec les enfants et les animaux, " les seuls êtres que l'on tutoie directement ". Dans J'ai toujours rêvé d'être un gangster, son film sorti en 2008, l'auteur-réalisateur créait déjà ce genre de personnages extrêmement attachants par leur singularité, des étrangers au monde, drôles et tendres. Ces adjectifs apparaissent comme convenus mais ô combien adéquats pour qualifier cette histoire également profonde et déchirante, réservant son lot d'émotions fortes et capable de vous arracher une petite larme.