Le nouveau confinement qui ne dit pas son nom est le fruit d'un échec majeur. Nous n'avons pas réussi, ces derniers mois, à trouver le juste équilibre entre le risque et la vie, entre l'économique et le sanitaire. Et nous voilà sanctionnés. Durement. Le gouvernement est obligé de frapper d'une manière excessive, injuste, et pourtant nécessaire.
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Le nouveau confinement qui ne dit pas son nom est le fruit d'un échec majeur. Nous n'avons pas réussi, ces derniers mois, à trouver le juste équilibre entre le risque et la vie, entre l'économique et le sanitaire. Et nous voilà sanctionnés. Durement. Le gouvernement est obligé de frapper d'une manière excessive, injuste, et pourtant nécessaire. Oui, ces mesures sont disproportionnées. Car la fermeture des bars et des restaurants donne le coup de grâce à un secteur important, pourvoyeur d'emplois peu qualifiés, qui était déjà sur les genoux. On doute que le demi-milliard d'euros dégagé in extremis vendredi puisse suffire à le maintenir à flot. Des moyens supplémentaires devront donc être trouvés pour aider à la reconversion des milliers de personnes qui perdront leur emploi dans cette branche d'activité sinistrée. Oui, ces mesures sont injustes. Car le problème n'était pas tant l'horeca que le relâchement généralisé observé à la fin de l'été. Un phénomène encouragé par une communication désastreuse, consécutive à la bataille d'experts qui s'est jouée en septembre et qui s'est soldée par la décision funeste de lâcher la bride alors que le virus reprenait de la vigueur - soit au pire moment. " C'est un peu comme si, au début d'une récession, une banque centrale relevait ses taux ", déplore l'économiste de l'ULB Mathias Dewatripont. A cela s'ajoutent un système de traçage trop peu efficace et l'absence d'un gouvernement fort, autant d'éléments qui nous ont coûté des semaines. Un retard fatal, lorsque l'on est confronté à un virus au développement exponentiel. Mesures injustes, encore, car elles sont dictées par des impératifs aussi bien médiatiques que sanitaires. Qui se souvient de la grippe asiatique de 1956-1958, ou de la grippe de Hong Kong de 1968, qui avaient provoqué dans nos pays davantage de décès que le coronavirus aujourd'hui ? Qui se rappelle de la virulente grippe de 2015 (6.000 décès en Belgique) ? Mais face à l'omniprésence médiatique du Covid-19, il fallait frapper l'opinion. Mesures nécessaires, pourtant. D'abord, pour éviter que les hôpitaux soient sursaturés à la mi-novembre et que le système sanitaire s'effondre. Ensuite, pour rappeler à l'ordre certains citoyens qui, au nom d'une notion mal comprise de la liberté, trouvaient que le port du masque était une insupportable mesure dictatoriale. Des citoyens qui ont oublié cet impératif - la liberté est le droit de chacun, mais qui est limité au respect de l'autre - et qui seraient sans doute les premiers à hurler si un de leurs proches, ou eux-mêmes, n'avaient plus accès aux soins hospitaliers... Mesures nécessaires, aussi, pour endiguer une crise de défiance à l'égard du monde politique et de sa capacité à gérer un pays. Le résultat de tout ceci est donc un comportement schizophrène, imposant à l'économie un stop and go extrêmement dommageable. Il est trop tard pour se lamenter. Mais il est encore temps de tirer les leçons de ces événements, en regardant les pays qui ont géré nettement mieux que nous cette épidémie, sans pour autant être des dictatures. On songe à la Corée du Sud, à l'Allemagne, à la Nouvelle-Zélande, dont les trois qualités suivantes nous manquent cruellement : une rapidité dans le traçage, qui a permis d'éviter le développement de clusters ; une constance, qui a empêché un relâchement prématuré ; et une adhésion de tous, qui a accentué l'efficacité des mesures arrêtées. Des qualités qu'il nous faudra acquérir si nous voulons éviter un troisième confinement.