Que vous parliez de recyclage des matelas, de tri des déchets par lecture optique ou d'incinération des déchets hospitaliers, vous retrouvez souvent un même nom: le groupe Suez est en effet présent sur toute la chaîne de valeur du monde des déchets, avec 46 sites d'exploitation en Belgique. Cette présence devient aujourd'hui cruciale, tant l'économie circulaire - et donc la gestion des déchets - est au coeur de tous les plans de relance. "L'élément crucial dans ce domaine, c'est le choix du bon partenaire, explique Philippe Tychon, CEO de Suez Recycling & Recovery Belgium. Nous ne sommes pas des vendeurs de valises ou de bouteilles mais nous avons pu nous associer avec Samsonite pour produire des valises à partir de plastiques recyclés ou avec Sources Alma pour bientôt remettre sur le marché des bouteilles d'eau recyclées. Nous avons besoin de tels partenariats, nous ne pouvons être seuls pour couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur, de la collecte à la mise sur le marché de matières premières reconditionnées."
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Que vous parliez de recyclage des matelas, de tri des déchets par lecture optique ou d'incinération des déchets hospitaliers, vous retrouvez souvent un même nom: le groupe Suez est en effet présent sur toute la chaîne de valeur du monde des déchets, avec 46 sites d'exploitation en Belgique. Cette présence devient aujourd'hui cruciale, tant l'économie circulaire - et donc la gestion des déchets - est au coeur de tous les plans de relance. "L'élément crucial dans ce domaine, c'est le choix du bon partenaire, explique Philippe Tychon, CEO de Suez Recycling & Recovery Belgium. Nous ne sommes pas des vendeurs de valises ou de bouteilles mais nous avons pu nous associer avec Samsonite pour produire des valises à partir de plastiques recyclés ou avec Sources Alma pour bientôt remettre sur le marché des bouteilles d'eau recyclées. Nous avons besoin de tels partenariats, nous ne pouvons être seuls pour couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur, de la collecte à la mise sur le marché de matières premières reconditionnées." Ces partenariats doivent être menés localement, à la fois pour des raisons de rentabilité économique (plus les déchets voyagent, moins leur traitement est rentable) et de cohérence écologique. "Ça n'aurait pas de sens de consommer en transport le C02 économisé dans le processus", pointe Philippe Tychon. Le "local" est ici à considérer dans un rayon de 300 à 400 km, incluant le Benelux et le nord de la France, histoire d'avoir les volumes suffisants pour alimenter les unités de recyclage. "Cette stratégie, mise en place il y a cinq ans, porte ses fruits, poursuit notre interlocuteur. Nous sommes engagés dans la construction de six nouvelles unités de tri et de recyclage qui devraient être opérationnelles en Belgique d'ici 2023." Elles représentent ensemble 200 millions d'euros d'investissement. Ces unités emploieront 200 personnes et traiteront 300.000 tonnes de déchets. Mais avant ces lignes de tri et ces unités de recyclage, parfois technologiquement très sophistiquées, il y a la collecte des déchets. Un travail plus basique, et a priori moins rentable, mais que Suez ne compte pas délaisser pour autant. "Notre présence dans la collecte nous apporte une connaissance des flux et nous aide à anticiper les besoins de nos clients en matière de recyclage, reprend Philippe Tychon. C'est pourquoi nous assumons ce service avec nos propres équipes. Elles sont nos ambassadrices sur le terrain pour faire remonter les infos. Le contenu de votre poubelle n'est plus le même qu'il y a 10 ans et ce sera encore différent dans 10 ans. Les outils doivent être évolutifs et flexibles pour suivre la dynamique des flux de déchets." Ces derniers mois, par exemple, le succès du commerce en ligne a fait exploser le volume des déchets de carton. Suez dispose de quelque 700 camions, répartis en une vingtaine de dépôts, pour mener ces collectes de déchets ménagers (30%) ou industriels (70%) en Belgique. La collecte des déchets ménagers relève, selon les endroits, des communes, des intercommunales ou de la Région (Bruxelles). Certaines entités la sous-traitent via des marchés publics. Grâce à cela, Suez est présent sur le territoire d'une dizaine d'intercommunales à travers le pays. La collecte s'effectue aussi via les bulles à verre, les conteneurs à roulettes disposés dans des endroits "stratégiques" (Suez en déploie 80.000 dans le pays), les conteneurs industriels et bien entendu les "recyparcs" par lesquels transitent désormais plus de la moitié des déchets ménagers. En Wallonie, les déchets de ces recyparcs appartiennent aux intercommunales, des sociétés comme Suez assurant alors uniquement des prestations de transport vers les unités de traitement. "A nouveau, c'est important pour connaître l'évolution des flux et donc les besoins de nos centres de tri et de nos unités de recyclage", précise Philippe Tychon. En Flandre, les intercommunales qui, une fois n'est pas coutume, sont plus nombreuses et plus petites qu'en Wallonie, cèdent la propriété des flux des recyparcs aux firmes privées, chargées ensuite d'y apporter "les solutions appropriées". L'objectif est bien entendu de recycler une part toujours plus grande de cet imposant volume de déchets. Pour ce faire, il faut disposer de centres de tri très performants. Suez en a aménagé à Liège et tout récemment à Gand afin de trier des déchets industriels auparavant destinés à l'incinération. Le groupe achève aussi la construction d'un centre de tri à Ghlin, avec son partenaire Vanheede et les intercommunales Idea et Ipalle. L'idée est d'anticiper l'élargissement annoncé du contenu des "sacs bleus" en parvenant à trier, grâce notamment à la lecture optique, jusqu'à 14 fractions de plastiques, métaux et cartons à boissons. Cet investissement de 30 millions d'euros permettra de traiter 50.000 tonnes de déchets et créera une centaine d'emplois. L'usine devrait être opérationnelle cet automne. "Nous n'allons pas ensuite recycler nous-mêmes toutes ces fractions mais plutôt nous concentrer sur un ou deux flux sur lesquels nous pourrons trouver le bon partenaire pour développer quelque chose, explique Philippe Tychon. En ce domaine, il faut faire des choix. Si vous n'atteignez pas un volume de 40.000 à 50.000 tonnes par an, les unités de recyclage ne sont ni économiquement ni écologiquement intéressantes." En l'occurrence, le choix est de miser sur le recyclage des bouteilles PET, en partenariat avec la société française Sources Alma. Ils ont lancé la construction d'une unité de traitement à Couillet dont les activités devraient démarrer à la fin 2022 et qui emploiera une quarantaine de personnes. Les autres fractions triées à Ghlin seront cédées à d'autres recycleurs, via l'organisme Fost Plus. Les équipes de Suez sont déjà largement impliquées dans le traitement des déchets plastiques, notamment dans ses installations d'Etalle (Luxembourg). Elles y transforment des plastiques industriels en granules, qui entreront ensuite dans la fabrication d'éléments rigides comme des sièges ou des tableaux de bord. Mais il n'y a pas que les plastiques. On retrouve en effet Suez dans le recyclage des matelas (Sombreffe), du verre (Anvers et Charleroi) et même des "papiers confidentiels" (Erembodegem). Il s'agit de documents émanant par exemple des banques et des assurances et qu'il faut broyer sans que leur contenu puisse être divulgué. "C'est une niche très spécifique mais qui est importante pour une série d'acteurs belges", précise Philippe Tychon. Après traitement, la matière est revendue à des papetiers. L'unité de Sombreffe anticipait habilement le passage à l'obligation de reprise des vieux matelas. D'autres obligations se profilent pour les batteries de véhicules, les panneaux photovoltaïques ou les huiles usagées. Suez y prête attention évidemment, mais veille à ne pas se disperser. "Les batteries de voitures, c'est trop spécifique pour nous, estime le CEO de Suez Recycling & Recevory Belgium. En revanche, nous faisons des tests pour les panneaux photovoltaïques. C'est assez logique: nous traitons déjà le verre et les composants chimiques. Or, que trouve-t-on dans ces panneaux? Un film chimique avec une série de spécificités, qui est placé sur du verre. Nous cherchons comment décomposer ces matières, pour pouvoir les retraiter. Et cela, nous le faisons avec les concepteurs aussi pour voir dans quelle mesure ils pourraient récupérer le verre ou d'autres matières pour la construction de nouveaux panneaux. C'est cela qui donne du sens à l'ensemble et c'est pour cela que nous devons toujours travailler en partenariat." Notre interlocuteur étend d'ailleurs cette notion de partenariat à la sphère publique pour que les aspects législatifs confortent la dynamique industrielle, comme cela semble être le cas pour les matelas. Les différents plans de relance mettent un net accent sur la construction. Cela va fatalement générer un joli volume de déchets. A nouveau, Suez ne se disperse pas et tente une petite innovation avec un projet pilote de recyclage du plâtre mené à Pecq avec la société Dufour (autre gros collecteur de déchets) et l'intercommunale Ipalle. Un domaine intéressant car, jusqu'à présent, le plâtre finit toujours en décharge. "On incite de plus en plus les entrepreneurs à trier leurs déchets, à séparer le bois, les métaux, les bricaillons et maintenant le plâtre, dit Philippe Tychon. Sur un gros chantier, vous avez aujourd'hui 10 conteneurs différents pour récupérer les matières. Et quand il y a un conteneur de terre, l'entrepreneur peut la réutiliser sur un autre chantier. Cette dynamique nous rend tous écoresponsables." Malgré les efforts de tri et de recyclage, 43% des déchets ménagers collectés en Wallonie sont incinérés ou, comme préfèrent le dire les acteurs du secteur, connaissent une "valorisation énergétique". Suez ne pouvait manquer une étape aussi importante du cycle des déchets: on le retrouve dans quatre incinérateurs, dont les deux plus gros de Wallonie (Thumaide et Herstal). Or, le gouvernement wallon ambitionne de réduire de moitié l'incinération des déchets. "C'est une évolution nécessaire et progressive sur une dizaine d'années, précise le CEO de Suez Belgique. Les volumes destinés à la valorisation énergétique baissent, on en a retiré les déchets organiques, les matelas ou la fraction ' + ' des PMC. Mais il y aura toujours des résidus qu'il faudra incinérer et il faudra donc conserver les installations les plus récentes. Ce fut pareil avec les décharges: on a développé de nombreuses alternatives mais il y a toujours deux décharges en Wallonie et elles sont bien nécessaires pour certains déchets." Illustration de ce raisonnement: Suez et Indaver construisent dans le port d'Anvers une unité de valorisation énergétique des déchets de bois, baptisée E-Wood. Elle sera alimentée par du bois d'une qualité trop faible pour entrer dans les cycles de recyclage et qui servira de combustibles pour produire de l'électricité et alimenter des réseaux de chaleur. "Cet outil approprié permettra d'optimiser la valorisation de ces déchets, avec une utilisation locale de l'énergie produite", ajoute Philippe Tychon. La valorisation énergétique ne signifie pas la disparition totale du déchet: un quart du volume subsiste sous la forme de résidus de combustion ou mâchefers. Celles-ci peuvent être utilisées pour des fonds de route mais, depuis peu, Suez vient de leur trouver une destinée plus prometteuse. Sa toute nouvelle usine de Gand (Valomet) a développé une technologie permettant de récupérer une série de métaux (surtout de l'aluminium et de cuivre mais aussi de l'or). Sur 100 kg de particules, on retrouve jusqu'à 40 kg d'aluminium et 10 kg de cuivre. Les métaux récupérés sont, assure-t-on, d'une qualité identique à la production initiale et cela au terme d'un processus générant beaucoup moins de CO2 que l'extraction minière. L'usine gantoise aura une capacité de 13.000 tonnes et pourrait retraiter des mâchefers provenant d'une bonne partie de l'Europe.