1. Emprunter la " french " High Line

A Manhattan, la transformation d'une ancienne voie de chemin en une allée piétonne surélevée, la High Line, est devenue une attraction touristique majeure. A Paris, la coulée verte - un nom peu engageant - ne connaît pas la même affluence. Sans être aussi réussie que son homologue new-yorkaise, cette défunte ligne de train qui traverse le 12e arrondissement sur 4,5 kilomètres apporte un regard neuf sur la ville et l'architecture. Grâce au point de vue en hauteur, on dialogue en face-à-face avec des immeubles étonnants. On a parfois littéralement le nez dans le salon des habitants qui ne doivent pas partager le même enthousiasme...
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A Manhattan, la transformation d'une ancienne voie de chemin en une allée piétonne surélevée, la High Line, est devenue une attraction touristique majeure. A Paris, la coulée verte - un nom peu engageant - ne connaît pas la même affluence. Sans être aussi réussie que son homologue new-yorkaise, cette défunte ligne de train qui traverse le 12e arrondissement sur 4,5 kilomètres apporte un regard neuf sur la ville et l'architecture. Grâce au point de vue en hauteur, on dialogue en face-à-face avec des immeubles étonnants. On a parfois littéralement le nez dans le salon des habitants qui ne doivent pas partager le même enthousiasme... Toutes les constructions ne sont pas dignes d'intérêt, loin de là, mais certaines réalisations sont surprenantes. Ainsi, à proximité du point de départ, au début de l'avenue Daumesnil, le promeneur découvre, entre deux feuillages, les " Habitations à Bon Marché " construites rue Abel entre 1913 et 1923. Des logements sociaux en briques bicolores remarquables que les passants, en bas sur le trottoir, semblent ne pas voir. Tout comme les badauds perchés sur ce défunt pont ferroviaire ignorent peut-être qu'en dessous d'eux, se trouve le viaduc des Arts. L'endroit rassemble sous des arches des dizaines d'ateliers et métiers d'art, comme la restauration de pianos Pleyel et la boutique de design africain Saargale. Deux points de vue, deux balades en une. Coulée verte René-Dumont, ouverte tous les jours de 8 h à 21h30 en semaine, le week-end de 9 h à 21h30, accès à hauteur du 1 avenue Daumesnil, Paris 12e. On rêverait d'y déposer ses valises. Pas pour une nuit ou deux mais pour toujours. A l'ombre de la basilique du Sacré-Coeur, L'Hôtel particulier (c'est son nom) se dévoile dans une impasse privée, gardée par une grille et un code d'entrée. Le dernier îlot de ce que fut, à la Belle Epoque, le maquis de Montmartre où venaient se mettre au vert les bandes criminelles qu'on appelait les Apaches et qui terrorisaient Paris. Le discret passage avec ses pavés de guingois se transforme en sentier étroit, envahi par la végétation et la roche. Derrière un portail en métal, on découvre le plus petit hôtel de Paris. Une belle maison de style Directoire, meublée dans un esprit cosy. Cinq suites à peine avec vue sur un jardin de 900 m2, aménagé par Louis Benech, paysagiste renommé. Cette ancienne propriété de la famille Hermès transformée en établissement hôtelier il y a quelques années accueille aussi un restaurant à l'extérieur. Un air irrésistible de guinguette. L'acteur et réalisateur américain John Malkovich est fan de l'endroit. On le serait pour moins. Hôtel Particulier Montmartre, 23 avenue Junot, Paris 18e, www.hotelparticulier.com. Compter à partir de 400 euros la nuit. Plus remuant que le parc Monceau, moins chic que le Luxembourg, le parc de la Villette situé dans le populaire 19e arrondissement parisien n'a pas le prestige de ses aînés. En revanche, il bouillonne d'initiatives culturelles. Avec l'inauguration de la Philharmonie de Paris, une salle de spectacle avant-gardiste dessinée par Jean Nouvel, le plus grand espace vert parisien (55 hectares) a gagné aussi en respectabilité. Les séances estivales de cinéma en plein air, gratuites mais sur réservation, se déroulent, elles, dans une ambiance bon enfant. Elles ont plus que jamais la cote au moment où les salles obscures reprennent timidement du service. Pour cerner l'esprit de ce rassemblement à ciel ouvert, on dira que le " pop " du tire-bouchon a remplacé avantageusement le " crunch, crunch " du seau à popcorn. Nappes à carreaux, saucissons et baguettes tradition sont légion sur le gazon. A la tombée de la nuit, on range la bouteille de rouge et on se fait une toile car, accessoirement, on est venu pour voir un film (projeté sur un énorme écran gonflable). Pour des raisons sanitaires, les transats et couvertures qui étaient disponibles sur place les années précédentes ont été rangés au placard. Mieux vaut prévoir une petite laine. Au programme de cette nouvelle édition, une thématique éclectique qui fait la part belle aux " grands espaces ". Les classiques ( Easy Rider, Little Big Man, Thelma et Louise) côtoient les grosses machines ( Mad Max : Fury Road, Le Seigneur des anneaux) qui jouent du coude avec les films d'auteur ( Grizzly Man, etc.). Le mélange des genres ne connaît heureusement pas de geste barrière. Cinéma en plein air de La Villette, du 22 juillet au 23 août, Prairie du Triangle, 211 avenue Jean Jaurès, Paris 19e, www.lavillette.com On peut, en cette saison, siroter un spritz couleur au coucher de soleil. C'est joyeux comme du Toto Cutugno, rafraîchissant, inconséquent. Mais se délecter d'un (très) bon vin de Bourgogne à l'ombre des branchages, c'est une autre affaire. Les Climats est un restaurant gastronomique, auréolé d'une étoile au Michelin, qui a fait des Pouilly-Fuissé, Gevrey-Chambertin, Aloxe- Corton et autres appellations concurrentes aux bordeaux son domaine de prédilection. Plus de 2.800 références (de 24 à 8.610 euros) sont proposées à la carte de cette excellente table qui conserve pieusement dans ses caves 27.000 bouteilles. Emmanuel Kouri, un jeune chef trentenaire formé chez Yannick Alléno et Pierre Gagnaire, a été nommé l'an passé en cuisine. Au menu, turbot vendéen et bouquet d'épinards aux coquillages, lieu jaune au bouillon de langoustines, suprême de volaille cuit au xérès. Le décor, avec sa mosaïque et ses vitraux, est au diapason du raffinement ambiant. Il s'agit de l'ancienne maison des Dames des Postes qui hébergea à partir de 1905 les opératrices des PTT. Par beau temps, mais seulement pour le repas du midi, on peut profiter du jardin arrière, coupé du monde. La campagne à la ville. Un seul regret : le recours à du gazon de synthèse au milieu de la chlorophylle, dissonant comme une sonnerie de téléphone portable en plein concerto... Les climats, 41 rue de Lille, Paris 7e, www.lesclimats.fr Bien sûr, on peut reprocher au Molitor ses tarifs prohibitifs. La première année, il vous en coûtera 5.000 euros de cotisations et de droit d'entrée pour faire trempette dans cette piscine privée (et chauffée) aux dimensions quasi-olympiques (46 mètres de long). Plus qu'un coup de fusil, une clé d'étranglement, même si à ce prix-là, il est autorisé ¬ c'est une chance ! ¬ de barboter dans le second bassin, intérieur, long de 33 mètres. Il existe une autre solution. Pour un peu moins de 300 euros, la formule L'Escale donne accès pour la journée aux installations. Un massage ou un soin visage d'une heure est inclus dans l'offre estivale. Mais pour s'adonner à la brasse coulée dans ce décor Art déco, pourquoi ne pas faire un doublé et se lover dans des draps frais puisque le Molitor est aussi un hôtel cinq étoiles ? Les chambres sont idéalement disposées le long d'une double coursive qui surplombe le bassin. Une disposition atypique qui confère à ce luxueux complexe une allure très chic de paquebot immaculé. Construite durant les années folles, avant d'être rebâtie, la piscine ne fut pas toujours le rendez-vous des happy few. Pour une piécette, les Parisiens venaient s'y rafraîchir sans avoir le sentiment de faire partie des privilégiés. Quand bien-même on trouve dans les archives de la maison des photos de Johnny Weissmuller le jour de l'inauguration. Un cliché de 1929 montre le futur acteur de Tarzan en maillot une pièce à l'effigie de l'établissement. A l'époque, il était un jeune médaillé olympique déjà très courtisé... Laissé à l'abandon à la fin des années 1980, le Molitor est devenu le terrain de jeu des graffeurs. Les promoteurs n'ont pas oublié ce passé rebelle imprégné de volutes d'aérosol. La décoration d'une soixantaine de cabines a été confiée à des street-artistes débutants ou confirmés comme Monsieur Chat. Idée séduisante et originale : ce n'est pas tous les jours que l'on peut visiter une galerie d'art en maillot de bain. Pour admirer la Rolls du footballeur Eric Cantona " repeinte " par l'artiste Jon One, on est prié d'enfiler un pantalon, l'oeuvre trônant majestueusement dans le lobby. Les délices aquatiques ne sont pas les seuls atouts de cette adresse singulière du 16e arrondissement. Juste en face, se trouve le magnifique jardin des serres d'Auteuil et à quelques minutes de marche, les terrains de tennis de Roland-Garros. Le tournoi du Grand Chelem sur terre battue étant reporté cette année en septembre prochain, voici l'occasion de programmer un parfait doublé : crawl le matin, passing-shots l'après-midi. Hôtel Molitor, 13, rue Nungesser et Coli, Paris 16e, www.mltr.fr Vous avez tout connu ? Le cabane dans les arbres, l'hôtel de glace en Laponie, le chalet à Aspen et même la navette spatiale d'Elon Musk ? Heureusement, il reste la péniche. Même amarré, le bateau fluvial à fond plat transporte sa petite mythologie romantique. On se prend pour Michel Simon dans L'Atalante, le batelier au grand coeur qui a rompu les amarres. On est prêt au grand sacrifice pour vivre l'aventure. Mais s'il y a un hamac, un barbecue pour les grillades et un vélo pour faire des petites balades, c'est encore mieux. On trouve tout cela à bord de l'Oviri, une péniche d'origine belge de 200 m2 posée à Issy-les-Moulineaux, sur un petit bras de Seine, à une encablure de Paris. L'herbe y est plus verte que dans la capitale, le fond de l'air plus pur. Adieu klaxons, stress et incivilités. La Seine se languit. On peine à croire qu'à cinq minutes du gîte flottant de Christophe Inizan, les travaux de forage du Grand Paris ont commencé. On voit passer des cygnes, des cormorans, un héron cendré ou le tramway que l'on aperçoit en contre-haut de la berge. Deux cabines de 40 m2 et 27 m2, sobrement décorées et équipées d'une cuisine, sont proposées à la location, à l'écart de la partie occupée par le propriétaire. Sur le pont, on peut se laisser aller à ne rien faire. Un canoë est là, au cas où. Mais pagayer, n'est-ce pas trop d'agitation ?Péniche Oviri, 309, Quai de la Bataille de Stalingrad, 92130 Issy-les-Moulineaux.Tel. : 0033 06 60 91 32 25. A partir de 200 euros par nuit pour deux. Le rooftop a la cote. Et la sensation parisienne du moment s'appelle Laho, un toit-terrasse perché à 60 mètres d'altitude, au sommet d'un immeuble de bureaux, à côté de la gare de Lyon. La promesse du panorama à 360° est tenue. La tour Eiffel, Notre-Dame, Montmartre, l'île Saint-Louis, Montparnasse : rien ne manque à l'appel du sight & seeing. L'endroit, fraîchement inauguré, est spectaculaire. Et la carte tient la route. L'assiette de charcuteries et le carpaccio de légumes comblent avec subtilité les petits creux. Le soin apporté à la végétalisation du toit et à l'aménagement en escaliers est la plus belle réussite. Ce n'est pas juste un carré de pelouse et trois transats jetés sur un caillebotis mais un vrai travail qui a été mené par le bureau Architectures & Jardins avec la collaboration de l'agence Sous les fraises, spécialisée dans les fermes urbaines. Un potager central, inaccessible, délivre des effluves de romarin, de thym et de camomille. Tout autour, des parcelles de lavandes, de rosiers et de jasmins étoilés forment un parcours structuré et libre à la fois. " L'idée était qu'au fil des saisons, il y ait toujours des éléments qui attirent le regard, que ce morceau de nature sur la plus haute terrasse de Paris soit toujours une découverte ", explique Eglantine François, paysagiste. Enivrant. Laho, 5-9 rue Van Gogh, Paris 12e, www.laho-rooftop.fr. Ouvert du mardi au samedi de 18 h à minuit.