S'il est une constante sur les marchés financiers ces dernières semaines, c'est l'extrême volatilité. L'indice Vix mesurant la volatilité implicite du S&P 500, l'indice boursier de référence aux Etats-Unis et dans le monde, a établi un nouveau record à plus de 85. Plus haut que les 80,74 atteints à l'automne 2008 quand le secteur financier tout entier était menacé. Et il ne semble pas qu'une décrue de la volatilité soit pour tout de suite. Pour échapper à cette nervosité extrême, il faut se tourner vers des valeurs refuges, censées apaiser votre portefeuille quand les marchés financiers s'agitent.
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S'il est une constante sur les marchés financiers ces dernières semaines, c'est l'extrême volatilité. L'indice Vix mesurant la volatilité implicite du S&P 500, l'indice boursier de référence aux Etats-Unis et dans le monde, a établi un nouveau record à plus de 85. Plus haut que les 80,74 atteints à l'automne 2008 quand le secteur financier tout entier était menacé. Et il ne semble pas qu'une décrue de la volatilité soit pour tout de suite. Pour échapper à cette nervosité extrême, il faut se tourner vers des valeurs refuges, censées apaiser votre portefeuille quand les marchés financiers s'agitent. L'or est souvent considéré comme la valeur refuge par excellence. Le métal jaune n'a pourtant pas tenu son rang au cours du mois de mars. Loin de sa réputation d'actif décorrélé, il a même plutôt connu une évolution parallèle aux marchés boursiers même si moins prononcée. Comment l'expliquer ? Les spécialistes évoquent plusieurs raisons comme le fait que des investisseurs soient contraints de générer à tout prix des liquidités, vendant tout ce qui leur passe sous la main, y compris des positions spéculatives sur l'or. James Luke, gestionnaire de fonds chez Schroders, souligne aussi que " l'or a été acheté comme couverture pour des positions sur indices ( actions, Ndlr). Il se peut que l'ampleur de la chute du marché boursier rende nécessaire de liquider ces positions de couverture dans un environnement de baisse de la liquidité. " Le spécialiste de Schroders se montre par contre plus confiant pour l'avenir. " Il est intéressant de noter que les détaillants d'or physique font état de ventes records... Nous sommes dans la phase initiale d'une augmentation structurelle des investissements dans l'or, tant par les investisseurs privés que par les banquiers centraux ", poursuit James Luke. Il souligne notamment que les banques centrales vont continuer d'appliquer une politique monétaire extrêmement accommodante, d'autant plus au vu des programmes de soutien envisagés par les Etats. Les taux vont donc demeurer très bas, ce qui est favorable au métal jaune qui devrait dépasser les 2.000 dollars l'once au cours des années à venir selon James Luke. Il est loin d'être le seul à recommander l'or, mais les dernières semaines ont montré que pour investir dans le métal précieux, il faut aussi accepter une certaine dose de volatilité. En temps normal, les actions et les obligations de référence agissent en vases communicants. Quand les Bourses vont mal, les investisseurs se réfugient vers des titres considérés " sans risque " comme les bons du Trésor américain ou les obligations des pays les plus solides de la zone euro (Allemagne, Pays-Bas, etc.). Ces dernières semaines, actions et obligations ont pourtant baissé de concert, comme le montre la remontée très rapide du rendement du Bund allemand à 10 ans - taux et cours évoluant en sens inverse. Aux Etats-Unis, " le taux à 10 ans a connu (mardi dernier) sa plus forte hausse depuis l'ère Volcker ", le président de la Réserve fédérale qui avait dompté l'inflation galopante au début des années 1980, selon Michael Schumacher, stratégiste taux chez Wells Fargo. Pour Richard McGuire, stratégiste chez Rabobank, cela reste surprenant, mais peut s'expliquer de différentes façons. D'une part, la faible liquidité a pu interférer avec les signaux de marchés. D'autre part, les investisseurs ont pu revoir leur définition de ce qu'ils considèrent comme sûr alors que les Etats ont annoncé de vastes plans de soutien. A l'heure d'écrire ces lignes, le compteur affiche déjà près de 2.000 milliards de dollars et de nouvelles mesures sont déjà annoncées, notamment aux Etats-Unis. Ces déficits supplémentaires gonfleront les dettes des Etats. Les observateurs ne s'attendent toutefois pas à ce que cette tendance se poursuive. Les banques centrales ont déjà annoncé de nouveaux plans de rachats d'actifs, essentiellement d'obligations souveraines, de 750 milliards d'euros pour la Banque centrale européenne et de 700 milliards de dollars pour la Fed. Et elles pourraient encore accentuer leurs interventions si les taux et l'inflation n'évoluent pas dans le sens recherché. Ces rachats absorbent le surplus de dettes et soutiennent les cours. Dans la zone euro, les obligations des pays périphériques, plus rentables mais plus risquées, pourraient également profiter de la création de corona bonds, des obligations européennes communes. Selon des informations des agences Bloomberg et Reuters, la chancelière allemande Angela Merkel n'y serait plus opposée. L'expression n'a jamais autant tourné en boucle à Wall Street. Le cash, c'est- à-dire les liquidités, est devenu la protection ultime. Selon une enquête mensuelle de Bank of America Merrill Lynch, même les gestionnaires de fonds accumulent le cash, craignant tous les actifs. Toutes ces liquidités ont tendance à privilégier les monnaies dites sûres comme le dollar américain, devise de référence pour une grande partie des investisseurs, et le franc suisse dont la réputation n'est plus à faire. Si vous êtes attiré par la monnaie helvète, vous devrez toutefois accepter de subir des taux négatifs, le taux directeur de la Banque nationale suisse étant de -0,75%. En euros, vous pouvez par contre encore échapper aux taux négatifs en optant, par exemple, pour le livret d'épargne. Les comptes réglementés offrent toujours un rendement minimum légal de 0,11%. Ils bénéficient aussi d'une garantie à concurrence de 100.000 euros par personne et par banque. Si disposer des liquidités en période de crise est réconfortant, ne perdez toutefois pas de vue qu'aux taux actuels, le compte d'épargne perd de la valeur année après année sous l'effet de l'inflation. Après une chute quasiment généralisée, les Bourses ont connu des évolutions plus hétéroclites la semaine dernière. Les investisseurs commencent à faire la distinction entre perdants et (rares) gagnants du coronavirus. Colruyt a, par exemple, connu une véritable envolée la semaine dernière à l'image de l'ensemble du secteur de la grande distribution. Les marchés anticipent des chiffres extrêmement solides pour le premier trimestre au vu du comportement des consommateurs qui sont nombreux à stocker. Cette fièvre acheteuse devrait également stimuler les marges grâce à la grande rotation dans les rayons et une guerre des prix mise sous l'éteignoir. Le Conseil national de sécurité a annoncé l'interdiction de toutes les promotions et les rabais (pour limiter le surstockage) en Belgique. Toutefois, Colruyt devra aussi absorber l'impact de la fermeture de ses enseignes non alimentaires (Dreamland, Dreambaby et Fiets !). La question de l'influence de ces stocks des consommateurs sur les ventes futures se pose également. Autre secteur en vue : celui des télécoms. La principale raison de cet engouement est le recours accru aux réseaux, que cela soit par ceux pratiquant le télétravail ou par ceux qui tentent d'occuper le temps quand ils sont confinés chez eux. La récurrence de cet apport se pose toutefois comme pour de nombreuses valeurs pharmaceutiques citées comme bénéficiaires potentiels de l'épidémie. Gilead s'est ainsi illustré en Bourse grâce au remdesivir, dans la dernière phase des études cliniques pour le traitement du Covid-19, mais l'apport estimé en termes de chiffres d'affaires se limite à quelques dizaines ou centaines de millions de dollars en 2020, voire 2021, selon les estimations des analystes. Pour un groupe qui dégage un chiffre d'affaires annuel de plus de 20 milliards de dollars, cela reste assez limité. Il faut en effet se méfier des fausses bonnes idées comme certains investisseurs en ont déjà fait les frais. Plébiscités dans un premier temps, les fabricants de masques médicaux asiati- ques ont ensuite lourdement chuté. Le graphique du fabricant japonais Kawamoto est extrêmement parlant à ce niveau. Après l'envolée, les marchés se sont interrogés sur l'impact à long terme et la capacité du groupe à produire davantage. Il reste enfin quelques cas plus spécifiques comme Flow Traders. Cette firme néerlandaise de trading haute fréquence est spécialisée dans l'apport de liquidités pour les placements indiciels comme les ETF. Quand les marchés s'agitent comme ces dernières semaines, Flow Traders profite d'une hausse des volumes ainsi que de meilleures marges. En effet, les écarts entre cours acheteur et vendeur sont plus élevés quand les Bourses sont plus volatiles. A titre de comparaison, son bénéfice net avait bondi de 89% en 2015 quand les Bourses s'étaient montrées un peu plus volatiles en raison des craintes entourant la Grèce, la croissance de la Chine et l'évolution des taux. Rebelote en 2018, la chute des Bourses, sur fond de tensions commerciales sino-américaines, avait gonflé son bénéfice net de 131%.