Tout commence par une brève dans le journal : " Nous venons d'apprendre la mort accidentelle d'Anaïs Clément, la directrice du Théâtre Réseau ". Anaïs Clément est morte, mais c'est bien de sa vie, de ses pensées, de ses choix, de ses voyages, de ses amitiés dont il va être question pendant tout ce roman. Celui qui raconte l'histoire est en fait le gratte-papier chargé par l'avocat d'Anaïs de régler quelques aspects peu importants de la succession. En l'occurrence, il doit trier tous les documents du semainier de cette femme dont il ne sait au départ rien. C'est un homme (dont on ne connaîtra jamais le nom) un brin misogyne et borné, avocat raté chargé des basses tâches...

Tout commence par une brève dans le journal : " Nous venons d'apprendre la mort accidentelle d'Anaïs Clément, la directrice du Théâtre Réseau ". Anaïs Clément est morte, mais c'est bien de sa vie, de ses pensées, de ses choix, de ses voyages, de ses amitiés dont il va être question pendant tout ce roman. Celui qui raconte l'histoire est en fait le gratte-papier chargé par l'avocat d'Anaïs de régler quelques aspects peu importants de la succession. En l'occurrence, il doit trier tous les documents du semainier de cette femme dont il ne sait au départ rien. C'est un homme (dont on ne connaîtra jamais le nom) un brin misogyne et borné, avocat raté chargé des basses tâches d'un cabinet réputé. Sa mission prend rapidement un tour obsessionnel : cet homme veut comprendre qui était Anaïs et se prend à la fantasmer tout en épluchant ses écrits. Au final, c'est de lui dont on apprend beaucoup, jusqu'au coup de théâtre final. Le livre alterne ainsi monologue du narrateur (les " irruptions ") et écrits d'Anaïs Clément pour tisser un double portrait de deux personnages que pourtant tout semble opposer : la réussite professionnelle et sociale pour l'une, une relative transparence et platitude pour l'autre. La première édition parue du " Semainier " remonte à l'année 1982. Il s'agit en fait d'un des trois romans publiés à ce jour par Anne-Marie La Fère, née en 1940 à Bruxelles, ancienne journaliste, critique littéraire, productrice et " grande voix " de la RTBF. Si on peut la (re)découvrir aujourd'hui, c'est grâce au travail de Sarah Dombret, qui a fondé en 2019 la maison d'édition Névrosée qui s'attelle à sortir de l'ombre les écrivaines belges. Névrosée, un nom que l'on adore ou que l'on déteste, commente la maison d'édition : " Pourquoi ce mot-là et pas un autre ? Mais parce que précisément c'était l'insulte faite à ces femmes pour les décrédibiliser ". Névrosée (comme hystérique, d'ailleurs) est un mot plein de connotations négatives. " Appeler notre maison d'édition Névrosée, c'était donc plein de choses : un retournement de stigmate comme on l'explique souvent, mais aussi notre manière de faire l'éloge de la folie, réhabiliter, en même temps que ces femmes, un mot qui mérite plus de nuances et de subtilités que ce que le langage commun lui donne aujourd'hui. " Les 12 premiers titres du catalogue sortis fin 2019 couvrent déjà plus de 100 ans de littérature belge. On peut y découvrir Une Parisienne à Bruxelles (1875) de Caroline Gravière, le plus ancien, ou Nu-tête (1991) d'Anne François dans les plus récents. En ce qui concerne Le semainier, Sarah Dombret raconte l'histoire de cette réédition dans une préface au début de l'ouvrage. Des moments de joie : le cava que les deux femmes buvaient lors de leurs rencontres parce qu'il y avait " toujours quelque chose à fêter " ; et des moments de partage autour de la littérature. Sur Le Semainier, Sarah Dombret dit ceci : " En travaillant à sa réédition, en relisant ce texte après nos nombreuses entrevues, j'ai soudain compris que si ce texte m'avait émue, c'est que, sans être aucunement autobiographique, c'est toute la richesse, l'âme, l'espièglerie de la femme qui erre entre les lignes du récit ". Une amitié était née, ce qui est heureux pour nous, lectrices et lecteurs. Car c'est aussi sur base d'amitiés que se construit la littérature que nous consommons.