Nous ne sommes pas encore sortis de notre confinement mais cela n'empêche pas les dirigeants d'entreprise de déjà préparer le monde de demain. C'est le cas aussi des dirigeants de compagnies aériennes. Le plus optimiste de la bande, Michael O'Leary, le fondateur de Ryanair, a d'ailleurs le sourire aux lèvres. Surtout lorsqu'un journaliste s'avise de lui rappeler que ses concurrents estiment que la reprise de l'activité aérienne sera très lente et extrêmement difficile. Là, son sourire se fait encore plus carnassier.
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Nous ne sommes pas encore sortis de notre confinement mais cela n'empêche pas les dirigeants d'entreprise de déjà préparer le monde de demain. C'est le cas aussi des dirigeants de compagnies aériennes. Le plus optimiste de la bande, Michael O'Leary, le fondateur de Ryanair, a d'ailleurs le sourire aux lèvres. Surtout lorsqu'un journaliste s'avise de lui rappeler que ses concurrents estiment que la reprise de l'activité aérienne sera très lente et extrêmement difficile. Là, son sourire se fait encore plus carnassier. L'attitude de ce patron atypique étonne d'autant plus que Ryanair n'a que très peu d'avions qui volent en ce moment (90% sont cloués au sol). Alors, pourquoi réagit-il à contre-courant ? Parce que, selon lui, les voyageurs vont se ruer dès que possible vers les destinations touristiques. Sans doute pas en juin mais en juillet et en août, certainement : " Les ménages du nord de l'Europe qui sont restés confinés dans des appartements voudront partir en vacances avant que les enfants ne retournent à l'école ", dit-il. Sûr de lui, MICHAEL O'LEARY ajoute même que cette reprise des vols se fera sur fond d'une guerre des prix impitoyable. Sans fioritures, il dit qu'il se fiche des prix qui seront affichés par sa compagnie. Peu importe que les prix soient affichés à 9,99 euros, 4,99 euros ou 99 centimes car ce que Michael O'Leary veut, c'est remettre les équipages dans les avions et faire décoller ceux-ci. Et La rentabilité, cher Monsieur ? Ici encore, outre le fait que sa compagnie a du cash (à l'inverse des transporteurs traditionnels), le patron de Ryanair précise que la guerre des prix sera compensée par la baisse du coût du carburant et des tarifs des aéroports. Son scénario rose n'est pas partagé par les compagnies traditionnelles. D'abord parce qu'elles souffrent davantage que les low cost de cette épidémie (avions plus anciens, staff plus coûteux). A titre d'exemple, Lufthansa perd un million d'euros par heure. Le chiffre n'est pas le fruit d'un calcul au doigt mouillé mais le résultat cumulé des pertes de la compagnie allemande. Bref, c'est la catastrophe. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la reprise des vols - même si elle a lieu rapidement - risque de ne pas être rentable. Motif ? Pour respecter les règles de distanciation sociale, une partie des sièges sera sans doute immobilisée. L'association des transporteurs aériens (Iata) suggère de laisser vide le siège central. En d'autres mots, les compagnies aériennes devront tabler sur un taux de remplissage de maximum 66%. Pas idéal pour récupérer les pertes de mars à juin... La logique voudrait que les compagnies aériennes augmentent les prix des billets pour compenser. Possible, sauf si la guerre des prix promise par Michael O'Leary déboule comme prévu. Pourquoi celui-ci s'en priverait-il ? Lui et ses collègues d'EasyJet n'ont pas les bilans plombés des compagnies classiques. Pourquoi ne pas asséner le coup de massue fatal à ces dernières pour avoir le champ libre sur les vols européens ? Si oui, en 2020, Darwin aura le visage d'O'Leary. Bien entendu, les passagers des vols longs-courriers pourraient aussi servir de variable d'ajustement pour compenser les pertes enregistrées sur les vols courts. Mais avec un pouvoir d'achat en berne, pareille option restera sans doute théorique. Ce n'est pas tout : pour espérer retrouver la faveur des passagers, les compagnies aériennes devront imposer le port du masque, désinfecter minutieusement chaque avion (aller et retour), distribuer du gel hydroalcoolique à bord, sans oublier qu'elles devront tenir compte de la distanciation sociale qui fera perdre du temps à l'embarquement, synonyme d'une moindre rotation des avions. En résumé, la sortie du confinement ne sera pas une promenade de santé et aura un coût financier qu'il faudra assumer (merci l'Etat) ou refiler aux clients. Mais comme le faisait remarquer le défunt Jacques Chirac, " les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ". Car les compagnies traditionnelles devront aussi composer avec la concurrence du train, du moins sur des liaisons aériennes de moins de trois heures. Et donc, oui, demain, il sera possible d'assister à une forte diminution du nombre de vols entre villes européennes et à une hausse des tarifs aériens (Darwin a flingué la concurrence...). Avouons-le, pour le climat, ce ne sera pas un drame... mais pour les amateurs de city-trips, la pilule sera amère.